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Biographie

Abeti Masikini

   Elisabeth Finant

Auteure, compositrice née en 1954 à Kisangani (Congo Kinshasa), Elisabeth Finant aka Abeti Masikini, grande diva de la scène congolaise, a largement contribué à populariser le soukouss, comme en témoigne sa fameuse interprétation de “Je suis fâché”, un titre composé par le Camerounais Georges Seba. Abeti Masinikin disparaît le 28 Septembre 1994 à l’hôpital de Villejuif, en France, des suites d’un cancer...

Issue de l’ex Haut Zaïre, Elisabeth Finant aka Abeti Masikini naît dans une famille bourgeoise : cette métisse est la fille de Marie Masikini et de Jean- Pierre Finant, Député et premier Gouverneur de la Province Orientale d’origine belge et futur lumumbiste assassiné par Mobutu. Très tôt, elle obtient l’aval de ses parents pour se consacrer à la musique. Alors qu’elle a tout juste neuf ans, son père lui offre pour son anniversaire un orgue sur lequel elle fait son apprentissage musical. A l’âge de 17 ans, celle qui se fait alors appelée Betty Finant monte son premier groupe avec son petit-frère Jean Abumba (guitare) et commence à se produire dans les clubs.

Concours de circonstances

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Bella Bellow immortalisée sur un billet de banque.

Abeti chante bientôt dans les boums et les fêtes de quartiers. A l’âge de treize ans, elle décide de concourir dans un festival de la chanson et remporte la troisième place, après avoir interprété des succès d’Edith Piaf, de Miriam Makeba et de Mireille Mathieu. Le Zaïre découvre alors cette petite fille à la voix prometteuse qui devient bientôt la coqueluche de toutes les fêtes du pays.

Bella Bellow

Sa carrière professionnelle se dessine avec la venue au Zaïre (actuel Congo Kinshasa) de la chanteuse togolaise Bella Bellow qui lui fait rencontrer son producteur, Gérard Akueson. En 1971, ce dernier, son futur mari, l’entraîne dans une tournée africaine où elle se fait remarquer par sa présence scénique et ses chorégraphies. Elle puise son inspiration dans les contes et les musiques du folklore congolais, notamment de sa région qu’elle agrémente de rumba binaire et chante en swahili, sa langue maternelle, mais aussi en lingala (langue la plus parlée du pays). Ses origines Swahili lui vaudront d’ailleurs quelques inimitiés dans la communauté Lingala, à l’exception de Franco, un des seuls artistes congolais à la soutenir. Ses textes parlent bien sûr d’amour mais dénonce parfois les tares de la société zaïroise : le titre “Biso Basi” qui dénonce le machisme de la tradition sera même censuré.

Les Redoutables

En 1972 Abeti Masikini s’entoure, sous l’impulsion de son mari Gérard Akueson, de talentueux musiciens qui deviendront un groupe très populaire dans les années 1970/1980, Les Redoutables d’Abeti, accueillant à des périodes diverses : des musiciens d’horizons divers : Kalala, Mampuya, Matuti, Malage de Lugendo (voix, choeurs), Ntumba Bibich (guitare solo), Bingana (guitare mi-solo), Watunda (guitare rythmique), Masibu (basse), Komba Bellow & Doukouré (batterie, percussions) ou encore Makengele (trompette, trombone), Denis Hekimian (batterie électronique), Boffi (batterie, Simmons), Michel Alibo (basse), Lokassa (guitare rythmique), Dally Kimoko (guitare mi-solo), Rigo (guitare solo), Philippe (synthé), Komba (percussions), Alain Hatot (sax ténor), Bolognesi (trombone), Eric Jeansseran (trompette), Georges & Marilou Seba, Dada, Nyboma, Ballou Canta (choeurs)…
L’orchestre Les Redoutables d’Abeti accompagnera la diva congolaise lors de ses concerts et tournées aux quatre coins du monde et réalisera l’album Towela Nini, produit par Gérard Akueson, le mari de “La Reine du soukouss parfumé”. Ils accompagneront également Roger Tchaou (maxi 45T De’nto - Cotonou / Dassignan), Pamelo Mounk’A (album La métamorphose) et le guitariste virtuose congolais Docteur Nico lors de l’enregistrement de son album Mikalay (1984) et de sa tournée américaine aboutissant à Aux USA, son ultime album paru en 1985, l’année de sa disparition (22 septembre 1985).

L’Olympia et le Carnegie Hall

Le 19 février 1973 à l’Olympia à Paris (France), Abeti Masikini, son groupe Les Redoutables et ses danseuses-choristes, Les Tigresses, déclenchent l’enthousiasme du public : la chanteuse signe bientôt son premier contrat discographique européen avec Pierre Cardin. Sort alors Bibile, un 30 cm qui la révèle au public occidental. Deux ans plus tard, 3000 spectateurs l’acclament au Carnegie Hall de New-York (USA) où son soukouss très rythmé fait un triomphe. Plusieurs propositions américaines suivent mais Abeti qui doit respecter les contrats signés en Europe retourne à Paris et enregistre un disque chez Pathé Marconi avant d’entamer une tournée africaine.

L’Abeti chinoise

Pendant toute la période des années 1970. Abeti se produit régulièrement avec son Super Abeti Show au ciné Palladium de Kinshasa, enregistrant en 1977 l’album Motema Pasi repris plus tard par Chu Mi Yin, l’une des vedettes de la chanson chinoise, se définissant comme “La nouvelle Abeti chinoise”. En 1978, le titre “Kupekusa” devient le tube des footballeurs de l’équipe nationale du Zaïre. Il lui faut attendre 1986 pour que se monte une véritable tournée internationale. Elle enregistre En colère et donne une série de concerts avec son groupe Les Redoutables et ses danseuses Les Tigresses. Abeti donne son plus grand concert au Zenith en 1988 avec comme invités Nzongo Soul et Bernard Lavilliers avant d’effectuer une tournée dans toute la Chine l’année suivante. Elle a donné son dernier concert à Kinshasa le 15 Décembre 1990. Elle décède le 28 Septembre 1994 d’un cancer à l’hôpital de Villejuif, en France.

ITW à propos de Tien An Men

J’étais à Pékin au moment des événements de la place Tien An Men. Les étudiants défilaient et les autorités parlaient de fête pour expliquer la présence de la foule. Toute communication avec les musiciens chinois qui jouaient avec nous était interdite. A la fin de chaque concert, nous étions reconduits à notre chambre sans pouvoir partager avec eux le plaisir de la tournée”, confie Abeti Masikini, disparue le 28 Septembre 1994 à l’hôpital de Villejuif, en France, des suites d’un cancer... .

* Sources :
Itw d’Abeti & crédit photo : Sylvie Clerfeuille, Paris, 1990.
La Voix d’Or du Zaïre, Berthrand Nguyen Matoko.

 

par   Sylvie Clerfeuille  2 août 2007 - © Afrisson