Afrisson

Biographie

Ahamada Smis

   Youssouf Ahamada

Auteur, compositeur et slameur marseillais né aux Comores, Youssouf Ahamada aka Ahamada Smis s’illustre par ses textes poétiques relatant sa terre natale (l’histoire, le patrimoine culturel, les contes ou les berceuses), mais aussi ses compositions flirtant avec le hip hop, les chants swahili et les musiques roots de l’archipel (afro-ngoma (afrobeat comorien), twaraab (ou taarab), sambé, mgodro) ? de la Réunion (maloya) ou encore du Congo Kinshasa (RDC) (rumba congolaise)…

Ahamada Smis a un chemin, une trace faite de musiques et de mots. Appelons cela du slam, puisque c’est le label collé par l’air du temps. Depuis 10 ans, il chemine et charge son baluchon de colporteur de mots. Les mots usés ne lui font pas peur : chacun d’eux offre sa part de sincérité. Alors oui, poésie, foi, rencontres, origines signifient quelque chose dans son histoire. Cet enfant des Comores débarqué à 11 ans à Marseille a toujours été poète. A l’heure où les rappeurs français jouaient les gangsters à l’américaine, lui, parlait colombe, douceur et gouttes d’eau. Même en restant dans le hip hop, je voulais réunir les publics. Aujourd’hui, le slam me le permet. En 1989, IAM, Black Tigers Force, MB Force squattent la station de métro Vieux Port. À leurs côtés, il pose ses mots sur des faces B. Après 6 ans d’hibernation, Ahamada reprend l’écriture en 1998 avec l’idée d’en faire un jour son métier. Il est rapidement soutenu par le Collectif Hip Hop 3ème Œil qui apprécie sa douceur et sa forte identité. Les concerts se multiplient jusqu’en 2001, année où il décide de sortir son premier Maxi 45T Gouttes d’eau (feat. Boss One & M.O.U.C.H.), sur le label Colombe Records qu’il vient de créer. Ses textes mi chantés mi parlés sont soutenus par un beat mêlant hip hop et afro-ngoma (afrobeat comorien) entre autres, avec des riffs de guitare acoustique à la couleur andalouse et une rythmique basse soutenue assurée par Jacko-Jack.

Dans la continuité de son travail, Ahamada réalise en 2003 l’E.P (6 titres) Où va ce monde ? (feat. Boss One & Degun), sorti sur son même label Colombe Records. Il participe ensuite à French Connection (avec, entre autres, Shurik’n, Faf La Rage), une compilation germanique qui lui ouvre les portes d’une tournée en Allemagne, dont une participation aux Francofolies de Berlin ; sa prestation sera d’ailleurs diffusée dans l’émission “Trax” sur Arte. Ahamada Smis est aussi un activiste. En 2003, il participe à plusieurs compilations qui marquent son implication dans la société civile, comme Sur un air positif (contre le sida) ou encore Stop à l’affront (contre le racisme). Ahamada Smis a pris son temps au sens propre de l’expression. Il s’est approprié le temps, s’en est fait un compagnon. Chaque année passée l’a enrichi. Même quand la musique de ses écouteurs avait du mal à percer sous les scies de la menuiserie métallique (son premier métier), il chuchotait, scandait et se construisait un univers à contre-courant. Il aurait pu dire la rue, les foyers, broder sur le bitume et s’en faire une légitimité, il préfère dire sa vérité.

Ahamada Smis, c’est aussi l’organisation de soirées hip hop au Café Julien, du festival “Marseille Cosmopolite” (2006), des ateliers d’écriture musicale pour les jeunes des cités ou encore des conférences sur la littérature orale comorienne pour préserver l’héritage. Dans son opus Être (2010), les mélodies arabisantes, les chants swahili et les rythmes africains croisent des textes slammés, rappés ou chuchotés en français : rumba congolaise (“Racines” avec Staff Benda Bilili) ou encore chants xhosa sud-africains (“Femmes 1, 2 & 3” avec Sibongile Mbambo). Dans un esprit ouvert à tous les vents de création, ce colporteur de mots perpétue la transmission orale des Comores et se nourrit de l’énergie du rap. Être est réalisé et enregistré par Ulrich Edorh au studio Da Town (Marseille) et masterisé au studio Color Sound (Paris). Quant à l’album Origines (2013), c’est l’exploration d’un genre nouveau. Ahamada Smis nous transporte dans une fusion entre musiques traditionnelles des Comores et poésie urbaine (slam/rap), dans un esprit afro-ngoma (afrobeat comorien).

* Source : http://www.colomberecords.com

 

par   Nago Seck  5 novembre 2010 - © Afrisson