Ses prises de positions polémiques, son reggae afro-mandingue et sa voix limpide ont fait de lui l’incarnation d’une jeunesse africaine en pleine effervescence.
Echec américain et succès ivoirien
De son vrai nom Seydou Koné, Alpha Blondy fonde au lycée son premier groupe, « Atomic Vibrations » puis part terminer ses études au Liberia et aux USA où il se lie au milieu jamaïcain de New-York. Après l’expérience de plusieurs groupes dont il devient le chanteur (dont celui de « Monyaka »), Alpha Blondy rencontre Clive Hunt, un producteur jamaïcain qui l’arnaque et lui vole les bandes de ses titres. Alpha décide alors de retourner au pays : il y sera lancé par Fulgence Kassy alors producteur de l’émission « la Première chance » et enregistre en 1983 son premier album Jah Glory dont le titre « Brigadier Sabari » qui dénonce les violences policières sera trois fois disques d’or. Alpha Blondy accumule bientôt les tubes avec « Cocody Rock », « Sweet Fanta Diallo » et « Binrou Wee Were ».
Jah Houphouet
Bientôt célèbre dans toute l’Afrique de l’Ouest, le jeune « voyou » vêtu d’un treillis, défenseurs des jeunes et des déshérités et porteur d’un message de paix devient la coqueluche de la jeunesse. Son succès est tel que le gouvernement ivoirien lui organise un concert en 1983 à Yamoussoukro : 15 000 personnes y assisteront. Sa réputation gagne bientôt l’Europe : en 1985, il enregistre un autre succès, « Rasta Poué » et se produit au Zénith à Paris. Son succès foudroyant s’explique par la beauté de ses mélodies, un reggae aux couleurs mandingues et ses messages puissants émaillés de proverbes africains.
En 1986, paraît « Apartheid is nazism » qui confirme son exigence en matière musicale (arrangements des cuivres et des guitares) et sa philosophie : paix, liberté, lutte contre l’intolérance. Ses textes laissent apparaître sa foi en l’homme. Le titre « Jah Houphouet » qui pose son reggae sur la voix du Président est un hommage au leader historique du pays.
Conflit israélo-palestinien
Sa rencontre avec le chanteur français Julien Clerc lors de sa tournée à Abidjan le médiatise en France. Il sort bientôt Jérusalem enregistré et mixé à Tuff Gong Studio (Kingston) avec les Wailers. Cet album introduit par un chant hébreu, hommage à la ville sainte des trois religions du livres (juifs, chrétiens, musulmans) et appel à la paix entre juifs et arabes sera renforcé par son message en hébreu au Maroc, en arabe en Israël.
En 1990, SOS Guerre Tribale dénonce les dangers des replis identitaires, un message prémonitoire annonçant les troubles futurs de la Côte d’Ivoire.
Yitzhak Rabin
Après des relations houleuses avec le showbiz français (il annulera deux concerts au Zénith à Paris), Alpha se passionne pour le multipartisme et dénonce l’immaturité politique dans Masada (1992) - « multipartisme, c’est pas tribalisme ». Il y évoque la guerre du golfe, le drame libérien et rend hommage à Fulgence Kassy décédé des suites du SIDA. Réconcilié avec le showbiz occidental, il reprend bientôt ses tournées en Occident et enregistre plusieurs albums dont « Yitzhak Rabin » (1998) enregistré en Jamaïque dans le studio Tuff Gong de Bob Marley en compagnie de Rita Marley et d’Errol Brown, un hommage à l’homme de paix assassiné. Ces titres comme « Armée française » et « les Imbéciles » sont toujours le signe de son engagement .
Suivront Elohim et Paris Bercy 2000 (2001), Amen et Merci en 2002. Dans le cadre de ses 20 ans de carrière, il effectue cette même année une tournée dans toute l’Afrique de l’Ouest , annulant néanmoins deux concerts au Burkina Faso, pour raisons de sécurité, les deux pays (Burkina et Côte d’Ivoire) traversant une sérieuse crise politique.
En guerre contre l’ivoirité
Le non respect des accords de Marcoussis signés le 25 janvier 2003 plonge bientôt le pays dans le chaos et les règlements de compte. Persécuté par les jeunes patriotes du président Gbagbo qui le dénonce comme un homme du nord, Alpha Blondy voit sa famille menacée physiquement mais poursuit néanmoins sa carrière internationale devenant un féroce dénonciateur du concept d’ivoirité.
En février 2003, il est nominé aux Grammy Awards puis tient la tête d’affiche dans la fiesta des sud après une tournée aux Etats-Unis, au Canada et à l’île Maurice, une année conclue avec la sortie d’un Live au Zénith reprenant des titres comme « Masada », « Jérusalem », « Cocody Rock » et « Multipartisime ». En 2005, sort l’album Radical Roots from the Emperor of African Reggae, une compilation du label Union Square qui permet de redécouvrir des titres comme « God Bless Africa » et « Who are you ». Tête de pont du reggae africain, Alpha Blondy s’est également lancé dans la production : il a créé un label discographique et un studio d’enregistrement, le studio Roger Fulgence Kassy en mémoire à l’animateur de la RTI qui a contribué à lancer sa carrière.
par Nago Seck - Sylvie Clerfeuille 7 mai 2007 - © Afrisson
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