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Biographie

André-Marie Tala


Auteur, compositeur, arrangeur, interprète, claviériste, guitariste virtuose et percussionniste, André-Marie Tala, né le 29 octobre 1950 à Bandjoun (Ouest Cameroun), navigue dans le tchamassi et le bend skin camerounais, teintés de soul, de pop ou de funk et chantés en bamiléké, en douala, en ewondo, en bamoun..., en français ou en anglais. Son tube « Hot Koki » (« Speed up » ou « Accélérez » en bamiléké), au beat (tchamassi / soul), lance sa carrière internationale en 1973. Il sera plagié par l’Américain James Brown, « The Godfather of Soul », sous l’intitulé « The Hustle »...

Orphelin de mère à 4 ans et de père à 12 ans, André-Marie Tala, surnommé le « Stevie Wonder camerounais », se tourne alors vers la musique, notamment la guitare, comme moyen de substitution. C’est à cette époque qu’il fabrique sa première guitare faite d’un bidon d’essence (caisse de résonance), d’un manche à balai et de fils de pêche, afin de reproduire les sonorités reproduites par ses idoles nationales ou diffusées à la radio, comme le makossa, le bikutsi, le mangambeu et surtout le tchamassi. À ses 17 ans, il s’intéresse à la soul music, au rock, au folk song, au funk et aux chanteurs yé-yé (ou yéyé) français dont Claude François, Dick Rivers, Eddy Mitchell, Michel Polnareff, Richard Anthony, Michel Berger et notamment Johnny Hallyday. Fort de ses diverses influences musicales, André-Marie Tala crée, à la fin des années 1960, son propre orchestre, Rock Boys, avec lequel il réalise ses premiers spectacles révélant ses premières compositions dont « Les peines du travail » et « Honore ton père et ta mère », deux titres qui connaissent un réel succès d’estime. Au début des années 1970, le groupe Rock Boys prend le nom de Black Tigers (Les tigres noirs) et accueille Sam Fan Thomas, un jeune et talentueux guitariste-chanteur qu’il accompagnera pour l’enregistrement, en 1976, de son premier 45 tours, Tavorsi – Kalamo (Je ne me fâche avec personne).

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La popularité de Black Tigers est telle que de nombreuses stars de la musique camerounaise s’intéressent à cet artiste qui investit la scène musicale nationale. En 1972, André-Marie Tala rejoint Paris où il fait la connaissance de Manu Dibango devenu son mentor. Il y réalise alors Je vais à Yaoundé, un énorme tube acoustique sur fond de tchamassi repris plus tard par nombre de ses compatriotes. Suit Sikati / Pardonne-moi, un 45 tours qui connaît autant de réussite. Mais il faut attendre 1973 et la sortie de l’album Hot Koki au beat tchamassi / soul pour que ce non voyant au talent insoupçonné soit reconnu sur la scène internationale. Le succès du titre « Hot Koki » est tel qu’il sera plagié par « The Godfather of Soul », l’Américain James Brown, sous l’intitulé « The Hustle ». Suit Na Mala Ebolo / Mwouop, un 45T vendu à plus de 120.000 exemplaires et qui lui vaut de représenter le Cameroun au concours Africavision 1973 à Libreville, au Gabon. L’année 1974 le voit composer le titre « Londie » pour la musique du film « Pouss Pouss » réalisé par son compatriote Daniel Kamwa, et en 1976, il réalise Black Woman (dédié à la femme noire). Suivra, en 1978, un procès contre James Brown qui va durer 4 ans mais remporté par l’artiste camerounais, avec d’énormes indemnités à la clef (la totalité des droits d’auteur). De 1981 à 1984, André-Marie Tala sort des albums qui connaissent tous un énorme succès : Tala 81, Soul Tchamassi et Je vais à Yaoundé, un titre qui sera repris par plusieurs de ses compatriotes.

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En décembre 1984, à Paris, André-Marie Tala participe, aux côtés de nombreux autres artistes africains, à l’enregistrement du 45 tours, Tam-Tam pour l’Ethiopie, un au projet initié par Manu Dibango et réunissant une trentaine de musiciens et de chanteurs africains. Dépassant les frontières et les clichés, Tam-Tam pour l’Ethiopie sonne l’urgence de sauver des dizaines de milliers de vies dans une course contre la famine.
A partir des années 1990, il commence à développer le bend skin, une danse et une musique de l’ouest du Cameroun, largement diffusé par les taxis et les motos taxis appelés « zemidjans ». En 1993, il enregistre Ben Skin, suivi, en 1999, de Koungne, un album aux couleurs bend skin, afro-pop, funk ou rap africain, dédié aux jeunes Africains. L’année 2000 le voit être sacré « Meilleur artiste d’Afrique Centrale » qui sera couronné aux Kora Awards à Sun City, en Afrique du Sud. Fidèle à son style musical, André-Marie Tala réalise successivement Source des montagnes (2006) et Ben Skin Beats (2009) avant de fonder en 2012, à Douala, une école de musique, soutenu par Bocom Petroleum S.A., une entreprise créée en 2006 par l’homme d’affaires camerounais Dieudonné Bougne, dirigée par Paul Dengoue Fansi et spécialisée dans la distribution, le soutage maritime, l’importation et l’exportation des produits pétroliers.

Artiste hors pair, André-Marie Tala reste à l’écoute, clamant ses vérités sur les valeurs culturelles africaines, l’esclavage, les problèmes économiques de l’Afrique bien que dotée d’énormes richesses minières, le désoeuvrement de la jeunesse ou encore l’unité africaine et le panafricanisme.

 

par   Nago Seck  7 mai 2007 - © Afrisson

Bibliographie