Afrisson

Biographie

Aura Msimang

   Aurélia Lerato Grace Msimang-Berton

Chanteuse à la voix immense, la Sud-Africaine Aura Msimang s’est illustrée aux côtés d’artistes aux couleurs musicales diverses : Jimmy Cliff, Bob Marley, Lee Perry, Bankie Bank, Mory Kanté, Manu Dibango ou encore Maxime Le Forestier.

Une vie d’errance

Les parents d’Aura Msimang

Née à Johannesburg, Aurélia Lerato Grace Msimang Borman plus connue sous le nom de Aura Msimang grandit dans l’état libre d’Orange dans un milieu intellectuel : en Afrique du Sud où l’on garde les noms des deux parents, son père, Borman, est enseignant, et sa mère, Msimang, une assistante sociale s’occupant d’adolescents à problèmes.
Le « Bantou Education Act » voté par le gouvernement sud-africain et destiné à limiter l’accès aux études secondaires et supérieures aux jeunes noirs bouleverse son destin. Son père démissionne et entraîne Aura et une partie de sa famille dans une vie errante qui dure plusieurs années. Ils séjournent successivement au Botswana, au Zimbabwe, en Zambie, en passant par le Congo Belge (actuelle République Démocratique du Congo) à l’époque de Patrice Lumumba pour se terminer en Sierra Leone. C’est là qu’Aura termine ses études et entre en contact avec le monde musical, côtoyant de jeunes groupes sierra léonais. Mais si le périple familial s’arrête, celui d’Aura Msimang continue : elle s’envole bientôt pour 1’Angleterre puis pour les Etats Unis où les années 1960 et le mouvement hippie jettent leurs derniers feux. Elle n’a que 21 ans et porte en elle l’héritage et la fierté des Zoulous, Sans, Sothos, Khosas...La conscience noire bat alors son plein : « Les USA ont été pour moi un véritable bouleversement culturel. Il m’a fallu lutter pour y vivre », confie-t-elle.

Aura Msimang et ses longs dreads locks

Aura se partage alors entre la coiffure (les tresses africaines font fureur dans le milieu noir américain) et les danses zulu dans le ballet Nkanyezi (« Les Etoiles » en zulu). Pourtant ce retour aux sources culturelles se double d’une passion pour le jazz dont elle fréquente les grandes pointures : « Mon mari, Art Lewis, batteur de jazz originaire de Louisiane, que j’ai rencontré en 1972 à New York, m’a fait découvrir et aimer le jazz des John Coltrane, Charlie Parker…et m’a présenté à des artistes dont Don Cherry et Ed Blackwell ». Un an plus tard, Aura Msimang Lewis intègre la troupe théâtrale C.A.R.T. (Caribbean American Repertory Theatre) qui lui permet d’obtenir une bourse d’un an pour l’école dramatique de Kingston en Jamaïque. En fait ce sont ses longs « dread locks » (coiffure rasta) qu’elle a laissé pousser bien avant son départ de l’Afrique qui l’ont quelque part aidé à avoir cette allocation : « A cause de mes dreads locks, tous les Américains pensaient que je venais des Caraïbes. Ils ne savaient pas que cela existait aussi en Afrique. Ca m’a sans doute facilité l’obtention de la bourse. De plus je faisais partie d’une troupe théâtrale caribéenne ». Cette bonne fortune est vite gâchée par la mort, la même année en Sierra Leone, de sa mère.

Brother Jimmy Cliff

A Kingston, parallèlement à ses cours, elle est choriste de Bob Marley, Jimmy Cliff, Lee Perry et de plusieurs autres artistes. Mais bientôt l’envie d’une carrière musicale l’emporte sur le reste et son entrée réelle dans ce milieu se fera par le biais du reggae : Jimmy Cliff avec qui elle entretient de bons rapports l’embarque comme choriste pour une tournée en Afrique francophone. C’est la découverte du Sénégal et du groupe Xalam, de la Gambie et des Super Eagles (devenu Ifang Bondi) dont les artistes, après le retour des musiciens de Jimmy Cliff en Jamaïque, les accompagnent pour le reste de la tournée gambienne. Jimmy Cliff et Aura Msimang découvriront d’autres instrumentistes talentueux lors de leur passage au Mali et en Sierra Leone. A Londres, elle participe à l’enregistrement de Punky Reggae Party de Bob Marley produit par Lee Perry : « Ce fut pour moi un grand moment de ma vie remplie du plus grand respect que l’on peut avoir pour quelqu’un. Je tiens à le dire parce que j’aime beaucoup ce que faisait Bob Marley », dit-t-elle. Tout en collaborant avec Jimmy Cliff, elle monte son propre groupe à Kingston, Full Experience, en compagnie de l’Américaine Pamela Reid et de la Guyanaise Candie Mc Kenzie. Nous sommes en 1978 et le trio enregistre plusieurs titres en vue d’un album, mais le master s’est envolé, et pour le co-producteur Jimmy Cliff himself, il est perdu. Découragée, Aura lâche la Jamaïque et retourne aux USA. En 1980, alors qu’elle se trouve à Miami, elle reçoit un coup de fil de son vieux pote Jimmy Cliff qui lui propose de faire partie de sa tournée européenne dont des extraits de concerts « live » figureront dans le film « Bongo Man ».

L’année 1983 la trouve plus sereine et déterminée : elle s’est mise à l’écriture. Bientôt elle décide de reprendre les routes et accompagne Bankie Banks dans une tournée à travers les Antilles anglaises, avec à la clé, un film, « Cool Runnings ». A son retour à New York, Aura monte en 1984 Lerato Production, une structure ayant pour but de promouvoir les musiques africaines. La même année, elle reçoit des mains de Lee Perry son fameux master expurgé de nombreux morceaux à l’exception de cinq titres, mais encore point d’album car la Sud-Africaine, ayant vent de la montée des musiques africaines en France, décide de s’embarquer pour Paris avec son démo. Nous sommes en 1985.

L’Afrique musicale à Paris

Arrivée en mars 1986, le milieu musical africain de la capitale française l’avale bien vite : Aura Msimang fait la connaissance de Otis Mamba Mbaye alors manager de Mory Kanté. Aussitôt elle est engagée pour faire les choeurs en malinké dans la formation du « djéli-forgeron » (griot-forgeron) guinéen pour sa tournée de promotion de 10 Cola Nuts puis repart aux Etats-Unis (pour raison de titre de séjour). Elle revient à Paris en avril 1987, chante en douala avec Manu Dibango, retourne une fois de plus aux USA pour les mêmes raisons puis est contactée en novembre 1987 par Maxime Le Forestier pour imprimer sa voix immense dans Né quelque part. C’est avec ce dernier avec qui elle restera deux ans et demi qu’elle apprend le français. Pourtant Aura Msimang ne se contente pas de rouler avec les grands noms du showbiz français. Elle rencontre en 1988 les responsables du label Blue Moon qui contactent le producteur incontournable du reggae anglais originaire de l’île de la Barbade (Caraïbes), Denis Bovell, pour concocter son premier maxi 45, Azania (nom donné à l’Afrique du Sud par les membres du mouvement Black Conscience de Steve Biko). « Le titre « Azania » est une chanson dédiée à Steve Biko et aux jeunes Sud-Africains noirs morts pendant les manifestations estudiantines de 1976 à Soweto. J’y tiens beaucoup car elle est faite par une Sud-Africaine exilée qui a toujours gardé sa nationalité et la conscience de ce qu’elle est ». Tout en travaillant avec le chanteur à textes Maxime Le Forestier, Aura Msimang s’adonne à partir de 1989 au jazz sud-africain avec son compatriote Chris McGregor (auteur, compositeur, pianiste) et son groupe, Brotherhood of Breath. Quelques mois plus tard, Blue Moon produit les titres de son master « historique » enregistré avec Full Experience. Sort enfin, plus de dix ans après, son premier album Aura meets Lee Scratch Perry at Black Art Studio (1990).

MacGregor & Brotherhood of Breath

La même année à Rennes, alors que Chris McGregor est atteint, en pleine tournée, d’une maladie dont il ne survivra pas, Aura Msimang continue néanmoins à respecter ses engagements avec le reste du groupe (malgré quelques annulations), à l’exception des seuls concerts à l’extérieur des frontières françaises, toujours à cause de ses éternels problèmes de visas de sortie. « La mort de Chris McGregor, autre exilé Sud-Africain qui a beaucoup apporté au rapprochement des Noirs et Blancs de mon pays, a été pour moi un choc plus que terrible. J’ai vraiment éprouvé de gros chagrins. Comme lui, je suis aussi une exilée ». Avant la fin de l’année, elle monte son propre groupe composé d’Africains et d’Européens, Aura & The B.E.S (Black Experience in Sound) et développe une musique qui repose sur les rythmes « kwela » des townships (ghettos) sud-africains auxquels viennent se greffer d’autres musiques du continent africain (afro-beat, rumba, maringa...), du jazz, du blues et du reggae. Toujours en quête de découvertes, Aura Msimang participe au disque de Tony Coe, Les voix d’Itxassou et prête sa voix au groupe sénégalais Wa Yégo formé par l’ex-guitariste du groupe Xalam, Samba Yigo Dieng. Quelques années plus tard, elle s’installe à Bruxelles (Belgique) où son album Itshe, un folklore zulu que lui chantait sa mère lorsqu’elle était enfant et qui est depuis devenu sa source de réconfort, est produit en 2000 par Jean-Paul Dispaux pour Idest. Deux ans plus tard, elle décide de rentrer définitivement en Afrique du Sud pour apporter son expérience aux jeunes et contribuer au développement culrel et artistique de son pays. En 2006, elle est l’invitée de la Semaine de la Francophonie à Maputo en Mozambique.

 

par   Nago Seck  7 août 2007 - © Afrisson