Originaire de la région du fleuve au nord du Sénégal, Baaba Maal s’est imposé sur la scène internationale grâce à sa voix puissante au timbre clair, ses compositions originales à base de sonorités « pulaar » et sa présence scénique.
Mansour Seck, l’ami d’enfance
D’origine halpulaar (peule), Baaba Maal grandit auprès d’une mère compositrice - chanteuse et d’un père muezzin à l’immense et belle voix. Plus tard, il fait ses classes dans les troupes traditionnelles où il chante en s’accompagnant de la kora, du riti (violon à une corde) et du hoddu, un luth peul de 3 à 4 cordes joué à la manière reggae. Après une formation à l’école des Arts de Dakar, il enregistre en 1984, en duo avec son ami d’enfance, le guitariste non voyant Mansour Seck, Djam Leelii, un album acoustique avec guitare, voix, percussions et balafon. Un an plus tard, il fonde Dande Lenöl (« la voix du peuple » en peul), un groupe composé d’une dizaine d’artistes de diverses régions du pays, rejoint plus tard par son frère Ameth Male comme choriste. Son premier grand concert a lieu au théâtre Daniel Sorano à Dakar en février 1986. Sa prestation et le diffusion du concert sur le petit écran le font connaître du grand public sénégalais : sa musique s’appuie sur les rythmes traditionnels halpulaars. Son style se veut international et tient compte de plusieurs influences : musique électro-acoustique ou synthèse de rythmes et de mélodies du folklore halpulaar (wango, ripo, yela), de mbalax, de reggae, de funk et de rock. Parmi les premiers à moderniser le beat halpulaar, Baaba Maal allie les instruments traditionnels comme les tambours sabars wolofs et le tama (tambour d’aisselle) aux synthétiseurs, guitares électriques, cuivres et batterie. En Octobre 1986, il décide de se rendre en France.
Le chantre de la cause halpulaar
Artiste engagé, militant de la cause halpulaar, de l’environnement, de la justice et de la liberté, Baaba Maal est considéré par la jeunesse sénégalaise comme l’un de ses porte-paroles. En janvier 1988 à Dakar, il déclare qu’il n’ira pas chanter en Mauritanie, protestant ainsi contre la suprématie des Maures sur le pouvoir (par rapport aux Mauritaniens noirs) et réclamant la libération de certains prisonniers noirs. Ses textes chantés en pulaar évoquent des sujets socio-politiques et historiques. Baaba Maal sera d’ailleurs nommé représentant du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), une reconnaissance officielle de son engagement…
Firin’ in Fouta, l’envol
Wango, le premier album à l’avoir lancé sur la scène internationale est une fusion du rythme peul « wango », de mbalax wolof et de pop. Fidèle à sa démarche musicale, il réalise ensuite Taara (1990), un opus qui lui ouvre les portes des medias et lui permet de réaliser une tournée européenne. Lors de son étape à Londres, il rencontre Peter Gabriel qui l’invitera à poser sa voix sur son album Passion. En 1991, il change de cap en proposant dans le disque Baayo, une musique lyrique sénégalaise (halpulaar, mandingue, sérère, wolof) jouée avec des instruments acoustiques (hoddu ou xalam, percussions sabar, tamani, guitare) et chantée d’une voix puissante au timbre clair. Suivent plusieurs enregistrements cassettes ou CD. 1993 : Lam Toro (CD), Yélé (cassette) ; 1994 : Tono, Tim Timol (cassettes) et surtout Firin’ in Fouta, un album enregistré entre Dakar (Sénégal), Londres et Bath (Angleterre). Le titre « African Woman » finit par convaincre les sceptiques et lui vaut un succès planétaire couronné par trois années de tournées. En 1995, il participe au festival Africa Fête aux USA puis se rend à Nouakchott en Mauritanie pour deux concerts mémorables (19 / 20 octobre). En 1996, Baaba Maal est nominé aux Grammy Awards aux Etats Unis dans la catégorie « Musiques du monde ». Quelques mois plus tard, il assure la première partie de Carlos Santana à Wembley à Londres en Angleterre. L’artiste sénégalais visitera lors de ce long périple l’Afrique du Sud (festival « Arts Alive International » de Johannesburg), la Hollande, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Scandinavie, l’Amérique...La fin de cette année 1996 est marquée par la parution des cassettes Aïwa et « Souvenirs ».
1998 le voit enregistrer Nomad Soul, un album dédié à sa communauté d’essence nomade et réalisé avec ses musiciens et ses lointains cousins jamaïcains, Robbie Shakespear et Luciano. On y retrouve les musiciens/producteurs anglais, Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno alias « Brian Eno » et Simon Emmerson, américain, Jon Hassel, et écossais, Howard Bernstein dit « Howie B ».
Hommage à Duke Ellington
Le 16 octobre 2004, il est invité comme vocaliste par Manu Dibango lors de l’hommage à Duke Ellington et Milt Jackson au Barbican, la célèbre salle de spectacles à Londres (Angleterre), en compagnie de Courtney Pine (sax), Slim Pezin (guitare), Noël Ekwabi (basse) et les cuivres de l’Orchestre de la Lune.
Le 22 juin 2009 paraît chez Because Music Télévision, un album qui parle de l’invasion récente du petit écran en Afrique. Il y rend aussi hommage aux femmes (« A Song For Women »)...
Une des grandes voix du continent africain, Baaba Maal est, depuis juillet 2003, l’« émissaire pour la jeunesse » du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), contribuant à la sensibilisation des jeunes sur le SIDA, notamment dans sa communauté pulaar (peule) du Nord du Sénégal.
par Nago Seck 9 février 2007 - © Afrisson