Afrisson

Biographie

Bonga

   Jose Adelino Barcelo de Carvalho
Artistes Angola | Naissance : 1943

Artiste militant, « Bonga » ou « Bonga Kwenda » a porté sur la scène internationale les musiques populaires angolaises dont le semba, y greffant de la morna capverdienne et de la rumba congolaise. Ses textes empreints de poésie reflètent la révolte de l’homme colonisé que l’on dépossède de son identité.

Ngola Ritmos, précurseur du semba moderne

JPG - 30.4 ko
Le groupe Ngola Ritmos - Liceu Vieira Dias (gauche) - 1950’s

Né en 1943 à Kipri au nord-ouest de Luanda en Angola, d’un père angolais et d’une mère congolaise (R.D.C.), José Adelino Barcelo de Carvalho alias « Bonga Kwenda » passe son enfance dans les bidonvilles de Luanda appelés « muceques » (« bâtis avec le sable » en kimbundu, l’une des langues les plus parlées en Angola). Très jeune, Bonga s’initie à la musique auprès de son père, accordéoniste dans un groupe de « rebita » (musique des pêcheurs) de Liha de Cabo, un ghetto de Luanda. Il fait ses premiers pas musicaux dans des groupes folkloriques comme joueur de dikanza (racloir en bambou). A cette période où la culture angolaise est sous domination portugaise, les langues et les musiques traditionnelles bannies, plusieurs groupes utilisent alors la musique comme outil culturel d’affirmation identitaire, interprétant des chansons évoquant la colonisation, la pauvreté, l’injustice…C’est le cas de musiciens comme Elias Dia Kimuezo ou ceux de Ngola Ritmos, un groupe fondé par le compositeur/guitariste Liceu Gamor dit « Liceu Vieira Dias », modernisateur de la musique populaire de Luanda, le semba, et auteur du fameux « Muxima » (1941). Afin de toucher à la fois les populations des quartiers huppés et ceux des « muceques » (ghettos), « Liceu Vieira Dias » et Ngola Ritmos injectent des doses de fado portugais, de folk à bases de guitares acoustiques et de samba brésilienne dans les musiques traditionnelles pour distiller des textes à double langage très anticolonialistes. Ces chansons jouant sur la satire sociale et la parabole valent à Liceu Vieira Dias d’être détenu pendant plusieurs années dans les geôles de Salazar au Cap Vert.
Inspiré par le semba, l’ancêtre de la samba brésilienne, Bonga intègre en 1962 le groupe folklorique Kissueia, un nom évoquant la misère des quartiers pauvres en kibundu. C’est avec cette troupe qu’il enregistre son premier titre, « Uengi » qu’il reprendra plus tard sous l’intitulé « Uengi Dia Ngola ». Sa voix rauque et mélancolique reprend les chants populaires de Luanda, les musiques des rituels « macumba » et « kalundu », les rythmes « kilombe-lombe » (danse de l’oiseau), « kisselenguenha » (danse de virilité) et le « batuque ». Il décide, en raison de ses convictions politiques et de ses positions identitaires et anticoloniales, de changer son nom « colonial » pour celui de Bonga Kwenda qui veut dire « celui qui est en perpétuel mouvement ».

Angola 72, l’hommage aux combattants de la liberté

JPG - 52 ko
Angola 72

Converti à l’athlétisme, Bonga rejoint au début des années 1960 Lisbonne où il devient en 1966 champion du Portugal du 400m sous le nom de José Adelino Barcelo de Carvalho avant de devenir, cette fois-ci sous son pseudo Bonga Kwenda, le porte-parole du MPLA (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola). Pourchassé sous le régime Salazar par la PIDE (Police Internationale et de Défense de l’Etat portugais) après recoupement de ses deux noms, Bonga se réfugie en 1972 au sein de ses « frères » capverdiens de Rotterdam en Hollande. C’est là qu’il signe son premier contrat discographique avec le label Morabeza Records. Sort la même année Angola 72, un album de 10 titres marqué par la nostalgie et la mélancolie et dédié à ceux qui combattent pour la lmiberté en Angola. Bonga y parle de la vie dans les quartiers populaires de Luanda et des méfaits de la guerre dans son pays. Entré clandestinement en Angola, le disque devient un manifeste indépendantiste. « Dans ce disque, dit Bonga, on ressent toutes les émotions qui nourrissaient mon coeur à cette époque-là, et les échos des expériences qui ont été décisives pour ma vie future. » On retrouve notamment dans cet album, l’un de ses titres les plus célèbres, « Mona Ki Ngi Xica ».

Sodade ou l’influence de la morna

JPG - 25.9 ko

Après la Hollande, Bonga rejoint la Belgique puis la France en 1973. À Paris où il s’est installé, Bonga Kwenda monte le groupe Batuki, multiplie les rencontres musicales, tâte des claviers, s’initie à l’arrangement et cherche de nouveaux sons qui ne déforment pas la base du semba. Il intègre la rumba et le soukouss du Congo, la cadence des Antilles, l’afro-cubain, le blues, la soul et surtout la morna du Cap Vert. Ses albums Raizes et surtout Angola 74 seront le reflet de cette orientation musicale avec, notamment, l’adaptation de « Sodade » (la nostalgie), un titre de morna qui fait l’objet de polémique au sujet de son auteur : certains l’accordent à Armândio Cabral qui a sollicité le clarinettiste/saxophoniste/trompettiste Luis Morais (décédé en 2002) pour l’écriture des partitions, d’autres l’attribuent à Armando Zeferino Soares qui jouait ce titre dans les années 1950 à Mindelo avec le luthier Baptista, le père de Bau. Dix huit ans plus tard, Cesaria Evora portera cette magnifique composition sur la séparation, la nostalgie…sur toutes les scènes du monde.

La liberté retrouvée

JPG - 32.1 ko
Luis Morais & Voz di Cabo Verde

Un an plus tard, Bonga enregistre Angola 76, un album fidèle à sa démarche musicale et politique et réalisé avec certains membres de Voz di Cabo Verde, Luis Morais (clarinette), Morgadinho (trompette), Djosinha (voix) et leur compatriote Humbertona (guitare), tous du Cap Vert. A l’avènement du putch militaire du 25 avril 1976 en Angola, Bonga peut enfin naviguer entre Paris et Lisbonne où son style fait recette. Outre la kokoa (petite guitare), la batterie et les synthés, il utilise le racloir dikanzaa, la sanza, le marimba (balafon), l’undu (berimbau) et l’harmonica pour soutenir des compositions originales de semba urbain, syncopé et dynamique, comme dans les albums Racines (1978) et Kandandu (Le Chant du Monde - 1980). Bonga présentera cette musique de fusion au festival de Nyons puis à la première Africavision à Libreville au Gabon en 1981. S’ensuivent plusieurs concerts et réalisations discographiques telles que Kualuka Kuetu en 1983, Marika en 1984 et Sentimento en 1985. La même année, son passage à l’Olympia à Paris, avec le groupe antillais Malavoi, lui permet d’élargir son public. Il tourne ensuite dans les pays lusophones d’Afrique (Mozambique, Guinée Bissau) et participe à de nombreux concerts de solidarité pour les droits de l’homme mais est vite dégoûté par le poids du business. À la sortie de Massemba en 1987, il joue au célèbre Apollo Theatre de New York lors d’une tournée aux Etats Unis. Cette rénovation des rythmes traditionnels angolais se poursuit avec plusieurs enregistrements dont Reflexao (1988), un appel à la réflexion nationale, Malembe-Malembe (1989), un appel au changement, Jingonça e Diaka, un album réalisé avec le groupe Afro Star’s, et Paz em Angola (1991), un appel à la paix en Angola marqué par quelques prouesses techniques à la guitare électrique sur une rythmique semba à la sauce merengue.
Après 25 ans d’exil, Bonga décide de retourner dans son pays natal en 1992. A son retour, il enregistre en 1993 Mutamba un album qui parle de la vie à Luanda. L’année de la parution de Preto e Branco (Noir et Blanc) sur l’unité voit la nomination de Bonga pour le prix Unesco 1996.

Bonga, l’idole des jeunes

JPG - 26.8 ko
Christophe Mae

En 2000, Bonga sort chez Lusafrica Mulemba Xangola, un appel à la liberté et à la démocratie sur des mélodies nostalgiques par endroits. L’année suivante Lusafrica réalise O’ Melhord e Bonga, une compilation réunissant quelques uns de ses meilleurs hits tirés des albums Angola 72, Angola 74, Mulemba Xangola. Il offre aussi trois inédits (« Agua Rara », « Kua N’Gongo » et « De maos a Abanar »). En 2003, paraît Kaxexe (la fuite), un album sur l’exil, le changement, les enfants des rues, les gangs des faubourgs de Luanda et l’Angola (la guerre, la politique, l’histoire…). En mars 2005, Bonga réalise Maiorais, un album de la lignée d’Angola 72 teinté de samba et marqué par de sobres et fines lignes d’accordéon. Il y chante d’une voix rauque et chaude la nostalgie, la mélancolie, l’histoire de son pays, l’éloignement ou encore la vie des « muceques » (ghettos). En 2008, paraît Bairro (banlieue), un opus enregistré entre Lisbonne et Paris, ses deux villes d’adoption : « A 65 ans, idolâtré par une jeunesse qui vient de le découvrir et qu’il appelle ses enfants, Bonga parcourt les scènes du monde en portant toujours avec fierté le rythme semba comme un étendard, étonné et ravi que l’auteur, compositeur et interprète français Christophe Mae lui demande de venir chanter en duo avec lui sur la scène de Bercy, flatté de recevoir des demandes de collaboration pour des duos ou des propositions de remix de son répertoire par des DJ qui pourraient être ses petits enfants… »
Musicien engagé, Bonga Kwenda a fait l’objet d’une biographie écrite par João Paulo N’ganga, « Dendém de Açúcar », a publié un recueil de poèmes, « As Nossas Malambas », et participé à des bandes originales de films dont « La thune » (1991) du réalisateur français Philippe Galland et « Chacun cherche son chat » (1996) de Cédric Klapisch.

 

par   Nago Seck  10 septembre 2007 - © Afrisson