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Cameroun : la basse dans les hauteurs


Articles -  Culture - par   Sylvie Clerfeuille  - 23 mars 2009

Pépinière de bassistes, le Cameroun s’est imposé par sa virtuosité au niveau international. Richard Bona, Etienne MBappé et Armand Sabal Lecco ne sont que la partie immergée d’un iceberg qui s’est formé voilà bientôt trente ans dans les eaux chaudes du Golfe de Guinée. Retour sur l’histoire du pays de Manu Dibango...

La basse, une spécialité camerounaise

Lorsqu’on interroge Etienne MBappé, Francis MBappé, Richard Bona ou Armand Sabal Lecco sur les origines de leur passion pour la basse, deux noms fusent immédiatement, unanimement : Jeannot Dikoto Mandengue et Vicky Edimo. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir influencé ceux qui sont aujourd’hui cités comme des virtuoses de la basse. Dès les années 60/70, une poignée de « trend-setters » dont Manfred Long, Roger Sabal Lecco, Alhadji Touré ont imposé leur griffe en Europe et aux Etats-Unis. La basse, c’est indéniable est une spécialité camerounaise, un phénomène lié avant tout à une histoire et une culture.

La Basse : l’histoire d’une culture

jean dikoto mandengue

Les origines de cette passion seraient selon Jean Dikoto liés à l’essence même des premières musiques urbaines nées à Douala et à Yaoundé au début du siècle. « Dans les années trente, on pratiquait deux styles bien particuliers à Douala, l’ambas-baie et l’assicko qui ont plus tard donné naissance au makossa (le style popularisé par Manu Dibango). On jouait l’ambas-baie avec une petite guitare africaine à quatre ou cinq cordes, le moundende, accompagné d’une bouteille frappée avec une fourchette pour marquer le rythme. Les joueurs de moundende jouaient et dansaient en même temps. Ils devaient même continuer de jouer en sautant sur une table. Le plus célèbre d’entre eux dans les années soixante se nommait Jean Bekoko. Tous ces musiciens ont laissé un souvenir impérissable au Cameroun. Ils ont contribué à façonner cette rythmique étonnante qui a marqué le jeu de basse de tous les camerounais. Plus tard, quand naîtront le makossa et le bikutsi, des rythmes en 6/8 et 12/8, les lignes de basse deviendront un élément fondamental de la musique camerounaise ».

Duels dans les clubs

roger sabal lecco

Le haut niveau technique des musiciens camerounais s’expliquera également par l’intense vie musicale du pays et son ouverture sur le reste du monde. « Douala étant un port, on accueillait des musiciens de toute l’Afrique, explique Roger Sabal Lecco, bassiste et batteur, des congolais comme Rido Bayonne, un virtuose de la basse mais aussi des Nigérians et des Ghanéens qui nous apportaient leur phrasé de guitare unique, une spécialité du highlife. On recevait par leur biais toutes les musiques venus d’Angleterre et des Etats-Unis. C’était la course aux disques. On découvrait les trésors de Tamla Motown, on était fou du R & B. Dès qu’on trouvait une nouveauté, tout le monde se précipitait pour écouter et reproduire le jeu des guitaristes et des bassistes comme James Emerson. Dans les années 60/70, Il y avait beaucoup de clubs à Yaoundé comme à Douala : le "Vieux Nègre", le "Jungle", "l’Ebony Dream" et surtout "le Moulin Rouge". Chaque soir, on organisait des duels de musiciens. On mettait un disque, chacun relevait sa partie puis on jouait. Ca a fait monter le niveau musical très haut et surtout ça a développé l’oreille de manière magistrale ».

Trois écoles de basse

Le succès international des premiers bassistes fera le reste suscitant dans les années 80/90 des dizaines de vocations. Leurs styles, leurs spécificités techniques ouvriront la voie à plusieurs « écoles », les trois plus importantes étant celle de Jean Dikoto, de Vicky Edimo et de Roger Sabal Lecco.

Les « trend setters »

- Long Manfred, le pionnier méconnu
Ignoré de la nouvelle génération de bassistes, Long Manfred qui interpréta la basse dans le tube de Manu Dibango « Soul Makossa » (nominé aux Oscars à Hollywood en 1973) est un des premiers bassistes internationaux que compte le Cameroun. Fidèle compagnon du saxophoniste, très bon lecteur, il s’imposera en France dans les années 70 comme musicien de studio. La simplicité et l’efficacité de son jeu de basse séduira notamment Claude François qui le sollicitera pour plusieurs de ses albums.

- Jean Dikoto Mandengue : le champion de la « walking bass »
Surnommé Jeannot, Jean Dikoto Mandengue a débuté comme guitariste à l’âge de 15 ans au sein d’une petite formation zaïroise, le Ryko Jazz. plus d’infos

- Vicky Edimo : le roi du slap
A 47 ans, Vicky Edimo compte déjà trente ans de carrière et des collaborations prestigieuses. plus d’infos

Armand Sabal Lecco

Le clan Sabal Lecco

- Roger Sabal Lecco : « Magic Finger »
Marqué par Deep Purple, Jethro Tull et Led Zeppelin, Roger Sabal Lecco fait ses débuts comme guitariste (au Cameroun il sera surnommé « Jimi Hendrix » car à treize ans il était capable de reproduire le jeu du « guitar heroe »), il fonde « the Soul Rogers’ Set » avec ses deux frères Félix à la basse et Armand à la batterie. plus d’infos

- Felix Sabal Lecco : le bassiste occasionnel
Plus connu comme batteur, Félix Sabal Lecco a été bassiste d’abord au sein du groupe de son frère Roger puis dans des master classes. Plus d’infos

- Armand Sabal Lecco : les Grammy Awards
Quand on lui demande pourquoi il a choisi la basse, il répond avec malice « Parce que c’était moins lourd à porter que la batterie ! ». Cet architecte de formation (son frère Félix est ingénieur des eaux et forêts) saisit l’occasion de sa tournée avec Paul Simon pour s’installer aux Etats-Unis. Plus d’infos

Willy NFor

La nouvelle génération

- Willy NFor : la basse racée
Disparu en 1998, Willy NFor était considéré en Afrique comme un des plus grands bassistes du continent. Après des débuts en 1981 aux côtés de la star nigériane Sony Okosuns, Willy tente en 1983 l’aventure parisienne de Ghetto Blaster, un groupe marqué par l’afro-beat (le style de Fela). Plus d’infos

- Raymond Doumbé : la passion du jazz et de l’Afrique du Sud
Influencé par Jeannot Dikoto et Long Manfred, Raymond Doumbé commence par la guitare à Douala en écoutant Les Beatles, les Doors, Otis Redding et Harry Belafonte. plus d"infos

- Guy Nsangué : une basse très rythmique
Guy Nsangué grandit avec les tubes de James Brown et de Cool & the Gang. Après des débuts de guitariste, il se lance comme bassiste dans les années 80 se frottant au milieu du zouk, du jazz et des musiques africaines. -plus d’infos

- Etienne Mbappé : la basse en gants de soie
Marqué par Vicky Edimo, Etienne Mbappé troque la guitare pour la basse à l’âge de 17 ans. « J’ai fait de la guitare et de la contrebasse classiques au Conservatoire mais je suis totalement autodidacte en basse électrique » plus d’infos

Richard Bona

-Richard Bona : la basse imprévisible
Originaire du petit village de Minta, Richard Bona a baigné dans les musiques d’église avant d’exercer ses talents musicaux au balafon et à la guitare. Influencé dès son plus jeune âge par Jean Dikoto mais aussi par Vicky Edimo et Alhadji Touré (un autre pionnier), Richard opte pour la basse en entendant « Portrait Tracy » de Jaco Pastorius. « Il faisait une démonstration à vous couper le souffle » >-plus d’infos

 

par   Sylvie Clerfeuille - 23 mars 2009 - © Afrisson