Afrisson

Biographie

Coco Mbassi

   Constance Ngando-Mpondo
Artistes Cameroun -  France | Naissance : 1969 | Groupes :  Gombo Orchestra | Styles :  Afro-folk - Tradi-moderne - World / Musique du monde Site internet

Constance Ngando-Mpondo dite "Coco Mbassi" ou "Coco Mbassi Manga" a été choriste de Toto Guillaume, Jocelyne Beroard, Aladji Touré, Nino Ferrer, Florent Pagny, Manu Dibango, Salif Keïta, Sixun, Touré Kunda, Ray Lema, Anne-Marie Nzié, et bien d’autres encore… Formée dans les chorales d’église et marquée par le gospel, le blues, le jazz et la musique classique, elle développe un afro-folk acoustique et minimaliste, avec des ballades mélancoliques aux rythmes joyeux, intégrant ses influences musicales camerounaises (ambass-baie, makossa, bikutsi), mandingues ou françaises.

Les influences

Née le 28 février 1969 à Paris (France) où ses parents terminaient leurs études – ils vivaient entre la France, Grande-Bretagne -, Coco Mbassi part, avec ces derniers, s’installer à 9 mois à Yaoundé, au Cameroun.
Bercée depuis da tendre enfance par les musiques camerounaises, comme l’ambass-baie, une danse et un rythme originaire de la Baie d’Ambas, dans le Golfe de Guinée au large de Douala, qu’elle écoutait à Dibombari, le village de son père situé sur le littoral. Elle baigne également dans d’autres musiques, dont les divers folklores nationaux, le makossa de Douala, dont une des vedettes est Ekambi Brillant, le cousin de son père, et le bikutsi des Bétis. Coco Mbassi grandit aussi avec les chants protestants a l’église et ceux que sa grand-mère paternelle lui enseignait, sans oublier les musiques classiques qu’affectionnait son père (Haendel, Beethoven, Mozart), les musiques latines et afro-cubaines, le reggae de Bob Marley (via son frère) et les musiques noires américaines (rhythm’n blues, soul, jazz, blues) d’Isaac Hayes, Shaft, Duke Ellington, Barry White, Otis Redding (artiste préféré de sa mère), Michael Jackson, Les Commodores, Shalimar… Elle découvre d’autres styles musicaux en assistant aux concerts de son compatriote Tokoto Ashanti, le roi du “waka waka” (version comique du makossa), du Nigérian Fela Anikulapo Kuti, le père de l’afro-beat, de son idole, la Sud-Africaine Miriam Makeba dite “Mama Africa” (afro-jazz, kwela) ou de l’Américain James Brown, surnommé “The Godfather of Soul”.

Les premiers pas

Jeune fille timide et passionnée de musique, de lecture et d’écriture, Coco Mbassi sort de sa bulle pour faire ses premiers pas de chanteuse en reprenant des chansons de Nana Mouskouri, Françoise Hardy ou Claude François, sur la scène du cinéma Abbia, à Yaoundé, lors des concours de chant de “Johnny 33” organisés avant les projections de films. Là, elle reçoit ses premières récompenses : t-shirts, casiers de jus de fruit, et autres lots… En 1979, a lieu sa rencontre-clé avec le makossa, avec la sortie de “Yoma Yoma” (épave), le premier tube de Dina Bell, entendu à la radio avant d’aller à l’école. Elle est alors ravie par la ligne de basse le timbre nonchalant de l’artiste. Mais une expérience malheureuse avec une bonne sœur de la maternelle de l’école de la retraite décide son père à l’inscrire quelques années plus tard à l’Ecole Internationale de Yaoundé (ISOY) où elle restera quatre ans. A l’obtention de son Certificat d’Etudes Primaires (CEP) en candidat libre, et une dérogation du Ministère de l’Education nztionale, elle entre, à l’âge de 9 ans, en 6ème au CBA où elle s’inscrit à la chorale et aux ballets. Après son BEPC obtenu, toujours en candidat libre, à l’âge de 12 ans, elle rejoint en 1983 la France pour poursuivre ses études secondaires. Elle a alors 14 ans.

Paris et les études

Dans la capitale française, loin de la famille, Coco Mbassi découvre la solitude, mais aussi la pop, le rock (The Cure, Duran Duran, Jean-Jacques Goldman…), Michael Jackson (toujours), Stevie Wonder, Prince, puis les musiques du Maghreb. Après l’obtention de son baccalauréat D (scientifique : biologie, chimie, physique), le vœu de son père, elle s’inscrit à la fac de médecine. C’est à cette époque que la rupture avec le système scolaire “traditionnel” commence. Coco se sent appelée à faire autre chose. Suite à des négociations au sommet (avec ses parentd), elle s’est réinscrite à la fac pour étudier les langues cette fois-ci. Elle entame des études de traduction et peu de temps après, des séances de studio et des tournées en tant que choriste avec des artistes.

Les débuts de la choriste

Coco Mbassi fait sa première séance de chœurs avec son compatriote Toto Guillaume aka Toguy, auteur, compositeur, arrangeur et guitariste adepte de makossa, qui accepte de la laisser faire un essai et la recommandera plus tard à Jocelyne Beroard (Kassav’) pour faire les chœurs. A la même période, elle apprend à harmoniser les voix et à “entendre la musique” lors des séances de chœurs avec Toguy. Quelques années plus tard, elle collabore avec un autre Camerounais, le bassiste Aladji Touré, puis avec d’autres arrangeurs. A cette époque où le makossa bat son plein, elle fait 5 à 10 séances de chœurs par semaine, travaillant aussi avec des artistes d’autres horizons (Antilles, Côte d’Ivoire). Parallèlement à ses études à la fac, Coco Mbassi est danseuse traditionnelle du percussionniste Samy Ateba, renouant ainsi avec les musiques africaines. Elle est aussi danseuse de soukouss de divers groupes congolais. Dès lors, “la fac devient au bout d’un moment un passeport pour avoir le titre de séjour” lui permettant de voyager.

Georges et Marilou Seba

De fil en aiguille, et par les contacts noués comme choriste, Coco Mbassi découvre, très touchée, la chorale gospel Les Chérubins de Sarcelles, en assistant à un de leurs concerts. “Georges et Marilou Seba étaient tellement performants et en même temps ouverts et accueillants”, confie-t-elle. Suite à la visite de leur église, elle se convertit au christianisme, non pas par tradition, habitude ou par principe, mais par choix personnel, une décision de vivre le plus possible selon la Bible et de suivre l’exemple de Jésus. “J’ai vite découvert que (comme le dit si bien Maya Angelou) être chrétienne signifie savoir que l’on est faible et qu’on ne peut rien accomplir sans Jésus”, ajoute-t-elle.

Collaborations diverses

A travers la chorale, Coco Mbassi rencontre Manu Dibango, Sixun, Nicole Croisille, Nino Ferrer, Demis Roussos, Florent Pagny, Dee Dee Bridgewater… et des musiciens et des chanteurs à la recherche d’une choriste. Quelques années plus tard, elle est engagée comme choriste par Salif Keïta (son chanteur Africain préféré), puis Touré Kunda, Ray Lema… Bientôt, Coco Mbassi commence à composer des chansons sur le magnétophone à quatre pistes d’une amie, en gardant son fils, et à travailler avec des amis musiciens. Elle tente de monter un groupe vocal à cette époque mais certains des chanteurs avec qui elle travaillait n’étaient pas motivés. Elle se rend alors souvent au Baiser Salé, un club de jazz parisien pour des “jams” avec les musiciens programmés : Micho Din (l’arrangeur du tube des années 1980 “Nen Lambo”, chanté par Bill Loko) avec qui elle travaillera pendant longtemps, (Richard Bona, Francis Lassus, Brice Wassy. Elle collaborera aussi avec Mama Ohandja, un compositeur, arrangeur, chanteur de bikutsi, danseur et chorégraphe camerounais surnommé “le rossignol”.

Carrière solo

En 1993, Coco Mbassi rencontre celui qui allait devenir son époux, et qui lui a fait découvrir le be-bop et redécouvrir Bach. Quelques années plus tard, un ami chez RFI leur conseille d’envoyer des chansons pour le concours des Découvertes. Ce qui fut fait, avec quelques titres, dont la chanson “Muenge Mwa Ndolo“, composée par Noël Ekwabi, qui lui vaut d’être lauréate, en 1996, des Découvertes RFI (Prix Afrique-Gilles Obringer). Cette récompense va ouvrir, à celle qui prend à présent des cours de chant au Studio Des Variétés, de nombreuses portes et lui permttre d’apprendre la scène, le contact avec le public.
Munie de ses maquettes, elle frappe à la porte de nombreux producteurs. En vain… C’est ainsi qu’elle décide de produire son premier album avec un ami guitariste français, Philippe Robert, avant de trouver un tourneur et un label en Allemagne avec lequel elle signe un contrat de licence. Sorti en novembre 2001, Sepia, style afro-folk acoustique invitant le public à un voyage musical, remporte la même année le “Prix des Critiques des Musiques du Monde“ en Allemagne, puis est nommé pour les “BBC World Music Awards 2002“. Dès lors, les tournées se succèdent….

Puis arrive Sisea, un deuxième opus fidèle à son style afro-folk acoustique et minimaliste, enregistré à 90% à domicile et coproduit par son mari, Serge Ngando Mpondo, auteur, compositeur, arrangeur, producteur, réalisateur, bassiste, contrebassiste, guitariste et pianiste Camerounais. Reprennent alors les tournées qui la mènent avec son groupe aux quatre coins du monde : Japon, Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, Allemagne (plus de 200 villes et communes), Pays-Bas, Suède, Norvège, Danemark, Slovénie, Macédoine, Estonie, Lituanie, Turquie, Belgique, Mali, Sénégal, Bénin, Guinée Bissau, Portugal, Espagne, Italie, Martinique, Guadeloupe, Cuba, Afrique du Sud, Zimbabwe, Malawi, Zambie

Jóa, le voyage musical

Il faut attendre septembre 2014 pour entendre son troisième album, Jóa, dans lequel elle tisse son chant avec aisance, virevoltant des ballades mélancoliques aux rythmes joyeux. Dans ses douze titres, Jóa révèle le voyage musical et existentiel de la chanteuse. Après avoir adopté ce que le monde avait à offrir, elle retourne aux sources et plonge dans son patrimoine culturel pour en extraire tout ce qu’il y a de plus précieux. L’esthétique de Jóa exhibe, honore et célèbre la diversité des sources musicales qui englobent l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale. Les thèmes caractéristiques de Coco Mbassi – garder la foi face à l’adversité, l’amour, l’espérance, les souvenirs et les promesses – sont imprégnés d’un mélange d’instruments africains traditionnels, tels que le djembé et la kora, nourris par des phrases de guitare acoustique africaine hypnotisantes.

Jóa, enregistré plus d’une décennie après son deuxième opus, n’est pas un comeback, mais plutôt une fête en l’honneur du retour au pays, où les auditeurs se délecteront en écoutant ces chants émouvant qui honorent la beauté et la complexité de la vie. Les connaisseurs de la musique africaine identifieront une variété de rythmes du Cameroun, du Mali et du Sénégal, pour n’en citer que quelques-uns. Sans excès, Jóa met en exergue la beauté absolue des rythmes africains. Un des temps forts de l’album est son excellent hommage à Bazor, également connu sous le nom de Dina Bell (un des plus grands compositeurs de makossa) ; son interprétation acoustique subtile de l’œuvre de Dina Bell est incomparable, une remémoration du bon vieux temps qui souligne réellement la qualité innée d’un genre musical qui se prête à des reprises délicieuses et inattendues.

 

par   Nago Seck  7 mai 2007 - © Afrisson