Afrisson

Biographie

Eusèbe Jaojoby


Artistes Madagascar | Naissance : 1955 | Styles :  Salegy - World / Musique du monde

Né le 29 juillet 1955 à Anboahangibe (Madagascar), l’auteur-compositeur, guitariste et chanteur, Eusèbe Jaojoby, a contribué à populariser dans les années 1980 le salegy, rythme fédérateur de la grande île, et, en est devenu, avec Mily Clément et Tianjama, un des interprètes majeurs. Il a valorisé deux dérivés du genre : le "Malessa" et le "Baœnjy".

Originaire d’Anboahangibe (ou Amboangibe), dans la région de Sava, au nord-est de Madagascar, Eusèbe Jaojoby s’initie aux chant dans les chorales d’église avant s’installer à Diego Suarez pour ses études en 1970. Mais très vite, le milieu musical le passionne et à quinze ans, il se plonge dans la vie nocturne de la ville. C’est au bar Le Saïgonais, qu’il fait ses débuts en 1972 en chantant avec Los Matadores qui joue de la variété internationale mais intègre également des morceaux et des instruments malgaches (kabossy, gorodao, percussions).

Depuis les années 1960, le salegy fait danser toute l’île grâce à l’Association Foklorique de la Côte est et à Freddy Ranarison, le pionnier de la guitare électrique dont le jeu influencera profondément l’artiste en herbe. Eusèbe Jaojoby qui se produit avec les Players, tourne dans la région puis s’installe quatre ans plus tard dans la capitale.

Les grands maîtres du salegy

Etudiant puis journaliste à la radio nationale, il renoue avec la musique dans la capitale en jouant au bar du Hilton compagnie de la famille Rabeson, des jazzmen reconnus de l’île. Mais son activité de journaliste l’éloigne de la capitale pendant plusieurs années (il dirige le service de l’information de la radio nationale à Diego Suarez) et c’est en 1987, à l’occasion de l’enregistrement d’une compilation, Les grands maîtres du salegy qu’Eusèbe Jajoby se rend populaire avec le titre "Samy Mandeha Samy Mitady" qui lui vaut le titre de "le roi du salegy".

En 1992, il signe son premier album international avec le producteur anglais Ian Anderson, Salegy !. Velono, lui ouvre les portes du monde . E Tiako", en 1998, connaît un franc succès avec le titre "Malemilemy". Aza Ariano sorti en 2001 à l’occasion du festival des Musiques malgaches à la Villette, à Paris confirme son succès et marque son soutien à Marc Ravalomana, alors maîre d’Antananarivo, devenu depuis, président de Madagascar. L’album suivant, Malagasy, enregistré à la Réunion avec quelques grandes pointures de l’île comme Granmou Lele et sorti en 2004, appelle à la réconciliation nationale.

Freddy Ranarison a eu une influence majeure sur Eusèbe Jaojoby.

« Et quand on dit toujours que c’est le créateur de “Tsaiky jôby” qui avait donné à cette musique ses lettres de noblesse, ce n’est pas exagéré. Car le grand mérite de l’homme d’Amboangibe, c’est d’avoir dépoussiéré le salegy, le débarrassant de son étiquette de musique primaire tout juste bonne à faire se trémousser des paysans abrutis de travail… La touche du maître ne prendra véritablement forme qu’avec “Samy mandeha samy mitady” : arrangements élaborés, batterie faisant la part belle à la caisse claire, distillant une rythmique souple et tranchante à la fois (Ah, ce contretemps ! Ah, ces breaks assassins !), guitares claires, aériennes (héritées directement des expériences de Freddy Ranarison, dans les années 60)… Et par dessus tout cela, la voix très teintée de soul de Jaojoby, chaude et puissante, qui chante l’amour et la vie, dans le (franc) parler si caractéristique du Nord, empreint de sagesse ancestrale et de philosophie populaire. Où, pour la première fois, l’on se rend compte que le salegy peut aussi s’écouter, outre le fait qu’il ne fait plus danser idiot. Aux oubliettes le “salegy hard” minimaliste des années 70 avec ses trois accords, ses solos de batterie et d’orgue Farfisa ! De sous-musique, le salegy passera, avec Jaojoby, bientôt imité par toute une vague de suiveurs plus ou moins doués (Mily Clément, Fenoamby, Ninie Doniah, etc.), au rang de culture. Et qui s’exporte très bien en plus. Qui dit mieux ? » (1)

(1) Jaojoby : 30 ans de scène, Andry, Madagascar Tribune, Jeudi 12 Octobre 2000.

 

par   Sylvie Clerfeuille  7 mai 2007 - © Afrisson