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Biographie

Femi Kuti

   Olufela Olufemi Anikulapo Kuti
Artistes Nigeria | Naissance : 1962 | Styles :  Afro-beat - Afro-pop - World / Musique du monde Site internet

Né le 12 Juin 1962 à Londres (Angleterre), militant engagé, auteur-compositeur, chanteur et saxophoniste comme son père Fela Anikulapo Kuti, l’héritier Olufela Olufemi Anikulapo Kuti dit “Femi Kuti” se démarque de ce dernier par ses idées tout en développant l’afro-beat paternel. Alors que son père avait choisi comme devise « la musique est l’arme du futur », lui, il opte pour « la musique ramènera l’Afrique sur la carte du monde »...

Apprentissage sur le tas

Fils de Fela Kuti et de Remilekun Taylor, grand-frère de Seun Kuti, Femi Kuti qui apprend le saxophone sur le tas prend la direction du big band paternel entre 1984 et 1986 lors de la détention de ce dernier.

Un afro-beat new look

Influencé par la juju music nigériane, le highlife (ou hilife) ghanéen et surtout par l’afro-beat de son père, le Black president Fela Anikulapo Kuti, Femi Kuti fonde avec ses soeurs, Yeni (tambourin, chœurs), Sola (shekere, choeur) et son ami d’enfance Dele Sosimi (claviers), le groupe Positive Force qui se distingue par une tendance afro-beat /jazz/rock/funk/rhythm’n blues et des textes parlant d’humanisme, de paix et dénonçant les politiciens véreux, révélés par son album Femi Anikulapo Kuti and The Positive Force, produit en 1991 par Mad Minute Music, suivi de Wonder Wonder (1995). Trois ans plus tard, son troisième album, Shoki Shoki, propose un afro-beat à la rythmique solide et sobre servie par une puissante section de vents. Couronné en 1999 par le prix du "Meilleur groupe masculin d’Afrique de l’Ouest" aux Kora Awards à Sun City, en Afrique du Sud, Femi Kuti se produit devant Michael Jackson et le Président Nelson Mandela. Son passage au Arts Alive festival de Johburg, en Afrique du Sud, un pays où son père, décédé en 1997, avait été interdit de jouer du temps de l’apartheid, déchaînera un enthousiasme extraordinaire de la part du public sud-africain enfin réuni au continent.

Fight to win

En 2001, Femi Kuti fonde son propre mouvement, « The Movement Agains Second Slavery », prend pour devise « la musique ramènera l’Afrique sur la carte du monde » et sort Fight to win, une rencontre de l’afro-beat et du hip hop avec des invités comme Mos Def, Common, Jaguar Wright et Money Mark (Beasty Boys). Femi Kuti offre un style toujours aussi tonique, imprégné de funk, de house et de R&B, soutenu par la walking bass de Peno, les lignes de cuivres explosifs et la voix de Jaguar Wright dans « 97 », l’année de la disparition de son père. Femi Kuti dénonce ici les méfaits du Sida mais aussi les traîtres d’Afrique, ces leaders qui « se servent plutôt que de servir la nation ».

Les ennuis de Femi Kuti

« Je peux aujourd’hui me consacrer entièrement à la musique, ce qui, pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles, n’a pas été le cas pendant une longue période. Après le décès de ma mère en 2002, mon chemin est devenu chaotique. Ma femme a entamé une procédure de divorce. La presse nigériane instrumentalisée par le gouvernement a mené une campagne de calomnies et de dénigrements particulièrement vicieuse contre moi. Mon club, le Shrine (le “temple” ou le “sanctuaire” en anglais), a été mis à sac par la police. J’ai été contraint de dissoudre mon organisation politique M.A.S.S (Movement Against Second Slavery) que certains responsables utilisaient pour détourner de l’argent. Quant à mes musiciens, ils sont devenus incontrôlables. Certains ont profité d’une tournée européenne pour disparaître et ceux qui sont restés sont devenus de plus en plus arrogants et exigeants ».
En 2007, tentant d’échapper à cette spirale négative, Femi Kuti se retire pendant 8 mois dans sa maison du quartier d’Ikeja à Lagos (Nigeria) pour se consacrer à l’étude du piano et de la trompette. « Les rumeurs allaient bon train. On me disait fou. Un tabloïd a même publié un article prétendant qu’on m’avait vu errant complètement nu un joint aux lèvres dans une rue de Lagos ».

Africa For Africa

Comme toujours, la seule réponse qu’il souhaite apporter à ses détracteurs est musicale. Avec l’album Day By Day sorti en 2008, Femi Kuti franchit un cap décisif en réussissant à rénover l’esthétique de l’afro-beat avec des propositions inspirées des maîtres du jazz moderne que sont Miles Davis et John Coltrane, sans toutefois en diluer la puissance démentielle. Deux ans plus tard, il récidive avec Africa For Africa, manifeste sonore panafricain enregistré dans l’ancien studio Decca à Lagos (Nigeria) où Fela Anikulapo Kuti a longtemps œuvré. Plus offensif, c’est aussi un disque politiquement plus radical que les précédents, montrant une évolution dans la pensée de Femi dont le cheminement va conduire, en 2013, à No place for my dream (« Pas de place pour mon rêve »). « Parler de politique dans une chanson, c’est comme monter un cheval sauvage. Aujourd’hui je parviens à mieux le maîtriser. La difficulté à laquelle je me suis longtemps confronté était d’intéresser le public occidental aux problèmes que rencontrent les Africains. Et inversement. L’enjeu de ce nouvel album était de pouvoir dépasser cette barrière culturelle qui nous empêche de nous comprendre les uns les autres. Je crois que la situation actuelle m’a beaucoup aidé. En raison de la crise qui traverse tous les continents, une conscience globale des problèmes est en train de naître qui rend mes textes plus pertinents et donne à ma musique plus d’impact », dit en substance l’artiste.

Ce regard panoramique sur un monde en plein bouleversement, Femi Kuti en donne un reflet particulièrement pénétrant sur « The world is changing » où il évoque un destin planétaire chaque jour plus unifié par la montée spectaculaire de la pauvreté et la généralisation des catastrophes écologiques de grande intensité. Car plus qu’un cheval sauvage, c’est une lame de fond qu’il entend étriller sur cet album. Celle qui détruit la vie de millions de gens en les privant d’emploi et de ressources (« No work, no job, no money ») ; celle qui met à nu l’incurie d’une classe politique essentiellement soucieuse de pérenniser ses privilèges alors que ne cesse d’augmenter la souffrance des peuples qu’elle gouverne (« Politics na big business, nothing to show for it »). Fela Anikulapo Kuti, qui avait coutume de dire que l’afro-beat était l’« arme du futur », faite non pour agresser mais pour résister, serait probablement fier de l’application que fait de cette philosophie son fils aîné sur « Action time » ou « Carry on pushin on ». « Je crois qu’aujourd’hui beaucoup d’individus partout dans le monde en arrive à un tel degré de désespoir que dans une situation aussi extrême la musique est souvent la seule chose en mesure de libérer une énergie insoupçonnée et une rage intacte pour surmonter les difficultés. C’est aussi le sens de cet album ».

Hommage à papa Fela Anikulapo Kuti

Il y a vingt ans de cela, Femi Kuti écrivait une chanson pour évoquer le combat de son père qu’il avait vu traqué comme un animal par les séides d’un régime militaire ayant fait du roi de l’afro-beat l’ennemi public N°1. Cette chanson, « No one man show », il ne l’enregistre qu’aujourd’hui, sur son nouvel album, afin d’honorer la mémoire de ce combattant pour la justice et la liberté que fut Fela Kuti mais aussi parce que lui-même est passé par les mêmes épreuves, a connu les mêmes moments de doute, enduré la même solitude. « Tout le monde sympathise avec la cause que je défends, la même que celle que défendait mon père. Mais quand il s’agit de passer à l’action, il n’y a plus personne. Chaque soir, je me dis que si quelque chose de grave devait arriver, je serais seul à faire face. Je suis engagé dans le même sport que mon père. Je ne peux m’esquiver ni à gauche, ni à droite. Et je ne peux pas revenir en arrière. Je dois aller de l’avant. No place for my dream (« Il n’y a pas de place pour mes rêves dans la réalité ») ; c’est ce que me répètent les gens qui aimeraient me voir abandonner. Ils ignorent que ma vie n’aurait alors plus aucun sens ».

No place for my dream

No place for my dream prouve au moins que Femi a pu compter sur le soutien d’une formation, Positive Force, considérablement rajeunie et jamais aussi efficace. Seule intervention extérieure, Hervé Salters, leader de General Elektrics et ami de longue date, qui œuvrait déjà dans l’album Soki Shoki, a posé quelques lignes de claviers ici et là. Qu’il s’agisse de vigueur rythmique ou d’incandescence des cuivres, la musique produite sur cet album sert parfaitement le propos de plus en plus véhément d’un artiste en état d’urgence qui gravit un nouvel échelon dans l’excellence, marquant sa volonté de faire entendre sa voix - et à travers elle celle des sans voix - pour nous aider à avaler la pilule amère.

* Source : www.accent-presse.com

 

par   Nago Seck  7 mai 2007 - © Afrisson

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