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Industrie musicale : les artistes investissent


Articles -  Economie - par   Sylvie Clerfeuille  - 29 mars 2008

Le succès grandissant des artistes africains sur la scène internationale pourrait bien avoir des répercussions sur l’industrie musicale continentale, nombre d’entre eux mettant a profit leur expérience pour installer des structures dans leur pays natal.

Un réel esprit d’entreprise

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Youssou NDour
Au studio Xippi en plein enregistrement

Depuis qu’ils ont franchi une à une les marches de la gloire, les artistes africains ont décidé d’investir sur le continent. La dernière en date est Sally Nyolo qui a ouvert en 2008 Studio Cameroun sur les hauteurs de Yaoundé. Salif Keita a ouvert voici quelques années à Bamako un studio 24 pistes digital. « Il faut éviter aux jeunes d’aller enregistrer à Abidjan ou à Paris et leur offrir sur place un son leur permettant de sortir des CD ». Avant lui, dès le milieu des années 80, Youssou N’Dour montait à Dakar la SAPROM, société de production de spectacles et de location de matériel technique et s’offrait un studio, Xippi. A la fin des années 1990, le malgache Rossy s’est équipé d’un studio, s’assurant ainsi des collaborations fructueuses avec des musiciens de passage. Le sud-africain Hugh Masekela projette avec d’autres artistes de mettre en place dans son pays des usines de pressage.

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Alpha Blondy
Cet artiste a créé sa société de production en côte d’Ivoire

En Cote d’Ivoire, Mamadou Doumbia et Alpha Blondy ont pris des initiatives diverses : « l’ancien » a installé à Yopougon, un quartier chaud d’Abidjan, un petit studio 8 pistes donnant leur première chance et une formation aux jeunes déshérités tandis que le rasta poué a créé aux débuts des années 90 « Alpha Blondy Productions » assurant le lancement de jeunes artistes, organisant des concerts et même des festivals, (un studio est encore à l’état de projet). En Algérie, Rachid et Fethi Baba Ahmed ont ouvert au milieu des années 80 un studio en plein coeur de Tlemcen offrant au raï un son de qualité, passeport pour le marché occidental. Plus ou moins heureuses (la société d’Alpha Blondy stagne par manque de professionnalisme de l’équipe, la construction du centre de Mory Kanté est stoppée faute de moyens), ces multiples entreprises voulaient en premier lieu combler un vide face à des structures inexistantes ou aux mains de producteurs véreux . Désireux de mettre en pratique une expérience durement acquise en Europe, certains artistes ont fait venir des professionnels occidentaux (Salif Keita a engagé un ingénieur du son anglais) ou ont mis en place des stages de formation aux techniques du son et de la lumière (Youssou NDour).

Un environnement souvent hostile

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Salif Keita
L’artiste malien devant son studio à Bamako

Cette volonté de promouvoir un secteur sensible d’un art très populaire en Afrique car facilement accessible ne rencontre pas toujours le soutien de sa société. Assassiné par les intégristes en 1995, Rachid Baba Ahmed a chèrement payé de sa vie son soutien indéfectible à une musique qui a le seul tort d’exprimer un profond désir de vivre et une forme de liberté. Remonté contre un gouvernement qu’il juge trop dilettante dans la poursuite des pirates, frein majeur à la production, Ali Farka Touré, Salif Keita et les autres producteurs du Mali avaient engagé à la fin des années 1990 un bras de fer avec les autorités. « Au Ghana, le piratage a aujourd’hui complètement disparu grâce à une lutte efficace. J’ai donc décidé de produire des cassettes au même prix que les pirates et pour cela, de ne pas payer la TVA. ». En Afrique du sud, les artistes longtemps cantonnés dans une culture de lutte sont aujourd’hui confrontés aux réalités du showbiz international , de ses règles et de ses contraintes. « Nous avons décidé de ne pas nationaliser la maison Gallo qui détenait le quasi monopole de la production nationale mais nous devons nous former pour créer nos propres structures, ce qui ne se fera pas en un jour », reconnait Hugh Masekela.

Des avantages certains

En dépit des obstacles qui se dressent sur leur route, les artistes trouvent de nombreux avantages à enregistrer sur le continent, ingénieurs du son, musiciens et studios coutant bien moins cher qu’en Europe. Détenteurs aujourd’hui de personnel qualifié et d’une technologie de pointe, ils peuvent ainsi créer en toute liberté. Nourris de l’expérience de leurs aînés qui essuyèrent les plâtres en lançant dans les années 50/60 les premières maisons de disques (Kabasele, Akendengue), les stars d’aujourd’hui ont pris conscience que face à la difficulté du marché, l’amateurisme n’était plus de mise.

 

par   Sylvie Clerfeuille - 29 mars 2008 - © Afrisson