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Biographie

Jean-Serge Essous


Artistes Congo Brazza | 1935-25/11/2009 | Styles :  Rumba congolaise

Né le 15 janvier 1935 à Brazzaville au Congo, l’auteur, compositeur, clarinettiste, saxophoniste, flûtiste, bassiste et interprète, Jean-Serge Essous est une des figures emblématiques de la rumba et du soukouss congolais. Nommé « Artiste de l’Unesco pour la paix » en 2006, il disparaît le mercredi 25 Novembre 2009 dans sa ville natale…

Marie-Isidore Diaboua

Marie-Isidore Diaboua dit « Lièvre Â »

Adolescent, Jean-Serge Essous suit une formation d’électricien à l’Ecole Technique professionnelle de Brazzaville. Engagé à la société de service et d’ingénierie IBM Congo Brazzaville en 1952, il y retrouve Marie-Isidore Diaboua dit « Lièvre » qu’il a connu un an plus tôt. Mécanographe, ce dernier est aussi chanteur, danseur, percussionniste et fondateur des ballets traditionnels Kongo Dia Ntotela devenus Les Ballets Diaboua où évolue un autre collègue, Jacques Pella « Lamontha », lui-aussi mécanographe et flûtiste.
Passionné de musique, Jean-Serge Essous souhaite faire partie de la troupe et commence à s’adonner à la flûte et plus tard à la clarinette et au saxophone, attiré par les instruments à vent. La même année 1952, Les Ballets Diaboua décident de créer une section musique, Les Compagnons de Joie (CDJ), et font appel à de jeunes et talentueux joueurs de sanza, flûtistes, percussionnistes et chanteurs. C’est ainsi que Jean-Serge Essous l’orchestre, des artistes comme Mboto Jocker, Albert Loubelo « Beaufort », Liberlin de Shoriba Diop (percussions) ou encore Yves Mpoua, rejoints par les chanteuses-danseuses Antoinette Boumba, Marguerite Itoua et Marie Bella…Deux ans plus tard, Les Compagnons de Joie enregistrent pour les Editions CEFA de Léopoldville (actuel Kinshasa) leur premier 45T, Kinialala tsula / Z’entendis la nuit.

Henri Bowane, le mentor

Jean-Serge Essous y restera jusqu’en 1954, année de son intégration, comme flûtiste-clarinettiste, dans l’orchestre Négro jazz de Joseph Kaba, aux côtés de Dieudonné Nino Malapet (sax), Michel Akouala « Zazou » (sax), Bernardin Mpoua « Bara » (basse), Boniface Ossiala (percussions), Théophile Samba (voix), Edouard « Edo » Ganga (voix), Bruno Yengo (guitare, voix), Théophile Samba (chant), Célestin « Célio » Kouka (chant), et bien d’autres encore. La formation se fait vite un nom grâce à son style musical tiré de la rumba odemba, du cha cha cha, de l’afro-cubain, du merengue ou du mambo…
De passage à Léopoldville (actuel Kinshasa) en 1955, avec son chef d’orchestre Joseph Kaba, Jean-Serge Essous fait la connaissance de l’auteur, compositeur, guitariste virtuose, chef d’orchestre et arrangeur du studio Loningisa du producteur grec Papadimitriou, Henri Bowane, devenu en quelque sorte leur mentor. Ce dernier leur organise une mini-tournée dans la capitale kinoise (Air France, Quist-Bar, Parc De Boeck, Café Sport)…Cette rencontre sera décisive pour la suite de la carrière du Brazzavillois Jean-Serge Essous qui décide de quitter le Négro Jazz pour intégrer Bana Loningisa (« Les enfants de Loningisa » en lingala), l’orchestre attitré des Editions du même nom. Il y retrouve des musiciens comme José-Philippe Lando « Rossignol » (voix), Pandi Saturnin (percussions), Daniel Lubelo « De La Lune » (guitare rythmique, voix), Edo Nganga (voix), Augustin Moniania « Roitelet » (basse, contrebasse), Bossuma Dessouin (conga), Decca Mputu (batterie) et un jeune guitariste-chanteur de 14 ans, déjà très mûr pour son âge, François Luambo Makiadi dit « Franco »…

Franco & l’OK Jazz

A la même période, les musiciens de Bana Loningisa rencontrent Oscar Kashama, le gérant de l’OK Bar qui les programme et les baptise les « OK Boys » (OK = Orchestre Kinois ou Oscar Kashama ?). Le 6 juin 1956, naît la formation qui va devenir l’orchestre mythique de la scène congolaise. Sous l’impulsion de Franco (guitare, voix) et de son ami, le crooner Vicky Longomba, l’OK Jazz est composé de Daniel Lubelo « De La Lune » (guitare rythmique, voix), Bosuma Dessouin (conga), Pandi Saturnin (percus), Liberlin de Shoriba Diop et La Monta (percussions, voix), Philippe Lando « Rossignol » (vocal) et Augustin Moniania « Roitelet » (basse). Par son charisme, sa renommée et ses talents multiples (auteur, compositeur, guitariste, percussionniste, chanteur...), Franco devient rapidement l’âme de l’orchestre qui distille la rumba odemba brassée au cha cha cha. Le groupe est bientôt rejoint par Marie-Isidore Diaboua dit « Lièvre » et Jean-Serge Essous, tous deux flûtistes et saxophonistes.
Bien vite, l’OK Jazz se distingue sur la scène congolaise grâce à des compositions très entraînantes, comme « Camarade ya mboka mondele », « Sérénade sentimentale », « Lina », « Bolingo na ngai Gigi », « Se pamba », « Baila » ou encore « Nzungu ya loso »…
Leurs chansons sur l’amour (amour trahi, romantique, passionné, douloureux ou désir physique) attirent les jeunes filles et les femmes aisées organisées en Mozikis (fan clubs, tontines, associations) ayant pour noms La Beauté, L’Elégance, Le Bana Age, Le Bana Mode ou Le Bana 15. Les femmes baptiseront François Luambo Makiadi, « Franco De Mi Amor » et l’OK Jazz, « l’orchestre des jeunes filles ». Mais l’OK Jazz, c’est aussi une formation des couches populaires à l’opposé de l’African Jazz de Joseph Kabasélé, groupe des intellectuels…

Rock’A Mambo & Les Bantous de la Capitale

En 1957, les Brazzavillois, Jean Serge Essous et Philippe Lando « Rossignol », quittent l’OK Jazz pour créer l’orchestre Rock-A-Mambo. Ils sont rejoints par Philippe Lando « Rossignol » (voix), Eugène Ngoy « Gogène » (guitare), Nino Malapet (sax), Pandi Saturnin (percus), Alphonse Eyenga (basse), Léon Nzambe « Sathan » (voix) ou encore Maproco (sax). Influencé par les styles de Négro-Jazz (rumba odemba, cha cha cha, afro-cubain, merengue, mambo), Rock’A Mambo s’illustre avec des titres comme « Iyele », « Caramba Sonorita », « Ya Mouele », « Panchita », « Sérénade sentimentale » ou encore le tube « Maria Valente » réalisé avec le virtuose de la guitare et initiateur du « jeu de pincés » (picking), Dewayon (vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=4f0...)…
En 1959, suite aux troubles politiques à Léopoldville (actuel Kinshasa), Jean-Serge Essous (clarinette, sax, flûte, voix), Célestin « Célio » Kouka (chant), « De La Lune » (guitare rythmique, voix), Pandi Saturnin (percussions), Edo Ganga (voix) rentrent à Brazzaville pour fonder Les Bantous de la Capitale, devenu l’un des orchestres les plus populaires de la rumba congolaise. En 1962, Jean-Serge Essous, accompagné des Les Bantous de la Capitale, compose « To kumisa Congo » (Rendons hommage au Congo), une chanson qui rend hommage aux pères de l’indépendance de la République du Congo, constituée en 1958 et proclamée le 15 août 1960 : Abbé Fulbert Youlou (premier maire de Brazzaville et premier président de la République du Congo - 1959/1963), Stéphane Tchitchelle (premier maire de Pointe-Noire et Ministre des Affaires Etrangères), Jacques Opangault (Vice-président de la République), Dominique Nzalankanda (Ministre de l’Intérieur et de la Justice) ou encore Marcel Ibalico (Président de l’Assemblée nationale élu le 9 mai 1961)...

Jean-Serge Essous, Artiste de l’Unesco pour la paix
* Crédit photo : UNESCO

Jean-Serge Essous n’est plus

Auteur, compositeur, clarinettiste, saxophoniste, flûtiste, interprète, Conseiller culturel et artistique du président congolais Pascal Lissouba en 1993, nommé Artiste de l’UNESCO pour la paix le 10 septembre 2009, Jean-Serge Essous disparaît le mercredi 25 Novembre 2009 à 15 h à l’Hôpital des Armées à Brazzaville, des suites d’une longue maladie…

 

par   Nago Seck  26 juillet 2007 - © Afrisson

Bibliographie