Guitariste virtuose, le Nigerian Keziah Jones est le père du « Blufunk », une fusion de funk, de folk africain (afro-beat, juju music), de blues, de rock et de soul.
Né le 1er octobre 1968 à Lagos au Nigeria, Olufemi Sanyaolu dit « Keziah Jones » vient d’une famille aisée - son père est un industriel. A huit (8) ans, il est envoyé à Londres pour ses études. Il y apprend la musique, débutant par le piano avant de s’adonner à la guitare. A l’adolescence, il compose et à chante dans les pubs de la capitale anglaise.
A la fin des années 1980, muni de sa guitare, Keziah Jones rejoint Paris et commence dans les sous-sols du métro parisien. Sans autorisation de la RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens), il doit user de moult ruses pour ne pas être arrêter. C’est là qu’il développe son propre style, le « Blufunk », une fusion de funk, de blues, de rock, de soul et de folk africain, influencé par le guitariste américain Jimi Hendrix et ses compatriotes Fela Anikulapo Kuti (le père de l’afro-beat) et King Sunny Ade, le roi de la juju music. C’est aussi là qu’il est repéré par Phil Pickett, un directeur artistique qui lui conseille de former un groupe afin de tourner en Angleterre. La sortie en 1992 de son premier opus, Blufunk is a Fact contribue à le faire connaître sur la scène internationale grâce à ses tubes « Rhythm is Love » et « Where’s Life ».
L’année 1993 le voit réaliser un maxi CD de 6 titres, Live EP, enregistré en public. Il faut attendre 1995 et son second album African Space Craft pour que le grand public découvre ses textes sur la condition sociale des Noirs et des artistes africains. Suivront Liquid Sunshine (1999) et le magnifique Black Orpheus (2003), un album marqué par l’afro-beat de Fela Anikulapo Kuti, le rock, la soul et le funk. Il y parle de négritude, de spiritualité, d’amour et d’esthétisme (« Beautiful Emilie »), comme dans le film « Orfeu Negro » de Marcel Camus (1959). En 2004, son concert à l’Elysée Montmartre à Paris fait l’objet d’un DVD intitulé Live à l’Elysée Montmartre. Après plusieurs concerts aux quatre coins du monde, Keziah Jones réalise en 2008 un double album très abouti, Nigerian Wood, dont un Bonus CD, Nigerian Funk, inspiré par les rythmes et mélodies Yoruba du Nigeria comme la juju music et l’afro-beat (« Omo Balogun », « Omo Lewon Lewon », « Garan Garan »…). Lors de la tournée de promotion de cet opus, dont une étape à l’Olympia à Paris, Keziah Jones choisit de faire un petit tour dans le métro parisien…mais cette fois-ci avec la bénédiction de la RATP et de la police qui, naguère, lui interdisaient d’y jouer…
par Nago Seck 10 avril 2009 - © Afrisson