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L’industrie musicale à Madagascar


Articles -  Economie - par   Sylvie Clerfeuille  - 9 mai 2007

European violins, drums and pianos were introduced into Madagascan music in the 19th century by king Radama I. Along with flutes and trumpets, they formed the basis of the first large bands wich appeared in the 1920s. While Madagascan music was transformed by the gradual adoption of these new instruments, it was equally profoundly affected by various technical and political upheavals the island went through in the 1930s.

Compagnies coloniales et 78 tours

Dans les années 1930, les labels Columbia et la Voix de son maître envoient, en vue de l’exposition coloniale, leurs premières missions. Les enregistrements initiaux font entendre les Piroguiers de la Betsiboka, la chanteuse Miss Vanille et surtout le mpihira gasy (chanteur d’hiragasy) Teraka l’Fenoraivo. Le 78 tours fait alors son apparition diffusé par Raoul de Comarmont qui crée en 1931, sa société puis décide en 1939 de devenir producteur.
« Les compagnies coloniales tenaient les 3/4 de la production. Mon père a acheté une machine à graver à l’ile Maurice. Au cause de la guerre, elle n’est jamais arrivée à Tana », explique Jean-François de Comarmont. Après la guerre, les enregistrements se font sur un fil magnétique qui défilent dans une cartouche. Raoul de Comarmont fait ses premiers enregistrements en 1947. « La seule machine que possèdait notre famille a brûlé dans un incendie » se souvient Jean-François. L’opérette malgache devient très populaire.

Droits d’auteurs et « joint ventures »

L’apparition en 1952 de la bande magnétique signe la naissance des magnétophones. « S’est alors posé le problème des droits d’auteurs. En 1952, les missions offraient juste un forfait tandis que nous payions les artistes au pourcentage. La SCAM qui fait son apparition fixe alors à 12,5% du prix de vente les royalties, soit deux fois plus que les compagnies coloniales », poursuit Jean-François. Ce dernier prend enfin sa part de marché. En 1960, il crée son label Discomad. En 1961, le 45 tours remplace le 78 tours tandis que les foyers de l’ile se dotent de tourne-disques. En 1968, la grande ile se rapproche de l’Afrique du Sud. Pathé Marconi s’associe à EMI Afrique du Sud et Discomad collabore avec le label Teal. Certains artistes comme Kelly Rajarison partent enregistrer pour EMI à Nairobi.

Scène rouge et verte

En 1975, le marxiste Didier Ratsiraka accède au pouvoir. « Quand le pays a rompu ses relations avec l’Afrique du sud, nous nous sommes rabattus sur le twist et le yéyé. Nous produisions alors 1million 200 000 45 tours par an », explique De Comarmont qui crée en association avec le frère du chef de l’Etat, Etienne Ratsiraka, un second label Kayamba et produit les musiques côtières. Connus sous le nom de Tapany Maintso (à moitié verte) en référence à la couleur du label, les 45 tours de salegy et de watcha watcha font un malheur.

Piratage et internationalisation

Dans les années 1980, l’arrivée de la cassette et avec elle du piratage fait plonger l’industrie musicale et poussent les artistes à s’exiler. En 1989, le son digital apparait à Madagascar avec le studio Mars ouvert par Stéphane de Comarmont, fils de Jean-François. Mais le marché national trop étroit (CDs trop chers, lecteurs trop peu nombreux) et la popularité grandissante des musiques africaines en Europe conforte le départ des musiciens à la recherche de producteurs étrangers. Quelques petits labels occidentaux, l’américain Shanachie, les anglais Rogue, Globestyle et Realworld, les français Celluloid et Label Bleu, les allemands Feuer & Eis et Wergo et le japonais Anima Music se lancent dans la production d’artistes malgaches. Ils seront suivis quelques années plus tard par les Majors.

Le retour des enfants prodigues

Aujourd’hui, les artistes ont obtenu une reconnaissance internationale et font des tournées dans le monde entier. Soucieux de répercuter le phénomène sur l’ile, certains ont mis en place des structures de productions sur le marché local. Benny (du groupe Fenoamby) a créé sa structure de production et Rossy a ouvert un studio d’enregistrement accueillant artistes nationaux et étrangers. Petite note d’espoir pour une scène encore trop isolée du reste de l’Afrique.

 

par   Sylvie Clerfeuille - 9 mai 2007 - © Afrisson