Ex-chanteur de chorale protestante exilé, as du likembé, Lulendo Mvulu opte pour une musique afro-lusophone soutenant des textes narrant les maux de l’Angola.
Enfant du Nord et du sud
Originaire de Maquela do Zombo, dans la province Uige, où vivent les Bakongo, Lulendo vient du Nord, région à forte couleur bantoue et se rend régulièrement, dès l’âge de six ans, au Zaïre retrouver une partie de sa famille originaire de ce pays mais il grandit à Luanda et fait ses études avec des professeurs cubains, dont l’influence musicale se fait sentir à Luanda. Lulendo se forme au chant dans la rue et les chorales d’église de Luanda et s’initie parallèlement au likembé, un instrument villageois typique du Nord, auprès de son grand-père, lors des vacances scolaires. Il connait donc une double influence, celle du Nord (il est influencé par le konono et la rumba , chante en lingala et en kikongo) et par celle du sud marquée par les musiques latines, le semba, et la musique des trovadores, un style folk à bas de de guitare et de voix remis au goût du jour par les Kafala Brothers. Sous l’influence d’artistes aussi divers que Liceu Vieira Dias, André Mingas, Os Jovens do Prenda, Waldemar Bastos, Papa Wemba, Tabu Ley, Zaïko Langa Langa, Lulendo transcende les différences entre Bakongos du Nord et Kimbundus du Sud.
Paris
En 1984, il fuit la guerre, s’installe à Paris et navigue dans le milieu musical africain de la capitale française. Après avoir travaillé avec les congolais Kester Emeneya et Evoloko Joker, son compatriote Sam Mangwana , Lulendo adopte le kizomba, un style musical proche du zouk adopté par la jeunesse angolaise qui refuse les différences ethniques et régionales. Il se tourne également vers le milieu camerounais dont il apprécie le travail de recherche et de composition. Il se produit avec Manu Dibango puis avec des artistes comme Carlinhos Brown, Didier Lockwood, John Helliwell (Supertramp). En 1994, il est finaliste du concours Découvertes de RFI puis l’année suivante des Découvertes du Printemps de Bourges. Il participe à la même période au Cd produit par Revue Noire, les Artistes africains et le SIDA. Il tourne bientôt dans les festivals européens (Sfinks Festival, Atlantida, Nice Jazz Festival, Womex, etc...) et signe en 1999 un single, Lulendo, suivi en 2000, du maxi single, A qui profite le crime ? puis de plusieurs albums les années suivantes : A qui profite le crime ?(2001), Angola(2005) et Live Sessions (2007). Il se retrouve récemment avec Dj Frederic Galliano lors d’un grand concert de kuduro et développe au fil des années son concept musical qu’il a baptisé ethno-groove.
L’ethno-groove
Réconciliant rythmique bantoue et saudade, konono et semba, sans oublier le reggae et les musiques électro, résolument contemporain dans ses choix artistiques, ce multi-instrumentiste se définit comme « Un Africain des Villes » et parle de solidarité et de paix, une vraie parole dans un pays où même la musique souffre d’un véritable apartheid culturel.
par Afrisson 7 mai 2007 - © Afrisson