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Biographie

Kanté Manfila


Un des plus grands guitaristes de la musique mandingue, Kanté Manfila a aussi longtemps été le compositeur et l’arrangeur de Salif Keïta et de nombreux artistes africains. Il décède le 20 juillet 2011 à Paris (France), des suites d’une longue maladie. Il avait 65 ans.

Kanté Manfila et Sorry Bamba

Sorry Bamba et Kanté Manfila (àla guitare)

Né en 1947 dans une famille de djélis (griots) de Farabanah, un village proche de la ville de Kankan, Kanté Manfila s’initie au balafon puis apprend la guitare en autodidacte à l’âge de seize ans. A l’avènement de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre 1958, Kanté Manfila rejoint comme guitariste Les Ballets Africains fondés par Keïta Fodéba, une troupe avec laquelle il enregistre quelques albums. Dès le début des années 1960, il monte son orchestre, dont Sorry Bamba, et réalise chez Philips plusieurs 45 tours afro-cubain-mandingue au rythme d’un par trimestre : Echos d’Afrique noire (plusieurs volumes), Horoya, Ai bolo et Kadi Maykia (comprenant “John Kennedy”, un titre hommage au 35ème président américain, John Fitzgerald Kennedy, assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas (Texas, Etats-Unis). En 1967, à Abidjan, Kanté Manfila rencontre le saxophoniste malien Moussa Cissokho qui lui donne les bases musicales (solfège, accords, harmonie) et le forme aux musiques contemporaines. Il y retrouve son ami Sorry Bamba, devenu directeur de l’Ensemble Instrumental de Mopti Mali), qui l’invite, en 1968, à jouer dans son pays. Ensemble, ils réalisent Clash Mandingue, un album aux couleurs pachanga cubaine, boogaloo (fusion de soul, de rhythm & blues et d’afro-cubains) et rumba congolaise… Moussa Cissokho l’invite bientôt à rejoindre Les Ambassadeurs du Motel de Bamako dont il devient plus tard le chef d’orchestre.

Mandjou - Les Ambassadeurs Internationaux

Salif Keïta (g.) et Kanté Manfila

Le groupe accueille bientôt une des plus belles de la musique africaine, Salif Keïta. En 1978, l’arrestation de plusieurs personnalités politiques protégeant l’orchestre menace leur avenir. Manfila et Salif décident de rejoindre Abidjan, et rebaptisent l’orchestre Les Ambassadeurs Internationaux : Kanté Manfila (auteur, compositeur, arrangements, guitare) ; Salif Keïta (auteur, compositeur, voix) ; Ousmane Kouyaté (guitare rythmique) ; Sékou Diabaté (basse) ; Nouhoun Keïta (batterie) ; Kaba Kanté (balafon) ; Smith (claviers) ; Moussa Cissoko (sax alto & ténor) ; Kabiné Traoré “Tagus” (trompette) ; Ousmane Dia et Sambou Diakité (voix) et signent « Mandjou », un bijou de la musique mandingue, avec une intro signée Kélétigui Diabaté au violon. « Mandjou », une chanson louant les Touré (de la caste des nobles), s’inspire du morceau « Wadya » chanté par une cantatrice mandingue. Manfila en développe un thème jugé trop jazzy par le directeur du Motel de Bamako de l’époque. Il le réarrange, gardant l’intro et les premières mesures pour mettre en valeur la voix de Salif Keïta. Objet d’une polémique entre les deux amis (Manfila se refusait alors à chanter pour le Président Sékou Touré), le titre fut néanmoins maintenu. En 1980, tous deux s’envolent vers les Etats-Unis pour enregistrer les deux albums « Primpin » et « Tounkan » puis s’installent à Paris.

Kankan blues

A partir de 1987, Kante Manfila signe plusieurs albums majeurs. Kankan blues, enregistré avec Balla Kala à Kankan, est un chant et une épopée moderne. Il éclaire l’apport spécifique de ce berceau griottique dans la musique mandingue. Tradition (1988) fait revivre la musique malinkée mise en valeur par ses lignes de guitares mélodieuses, la kora de Mory Kanté et le balafon d’Ibrahima Diabaté. Diniya (1990) offre un style orchestré très léché : sur la rythmique basse funk de Willy Nfor viennent se poser des lignes de cuivres et de sa guitare mi-blues mandingue mi-rock relevés par les synthés de Cheikh Tidiane Seck qui restituent les sons de balafon.
Guitariste virtuose, créateur de plusieurs tubes de la musique mandingue (« Marsa », « Sidiki »), ce compositeur chanteur est un artiste prolifique ouvert aux autres cultures. Son morceau « Denko » (Dinya) enregistré avec les Petits chanteurs de Paris atteste notamment de son grand éclectisme musical.

Adieu l’artiste

Parallèlement à sa propre carrière, Kanté Manfila collabore avec plusieurs artistes : son titre « Nterike » permet au jeune Djély Fodé Kouyaté de se faire un nom. Il glisse en 2001 ses lignes de guitares harmonieuses dans « Yoolelle maman » de l’album Missing You (mi yeewnii) du Sénégalais Baaba Maal puis assure les arrangements du CD Moffou de son ami Salif Keïta en 2005. La même année, Kanté Manfila est fait Chevalier dans l’Ordre National du Mali par le président Amadou Toumani Touré dit « ATT » pour son apport aux musiques africaines en général et maliennes en particulier… En 2009, il arrange le premier album « Eh Sanga » de la chanteuse guinéenne Sia Tolno.

Le 20 juillet 2011, Kanté Manfila décède à Paris (France), des suites d’une longue maladie. Il avait 65 ans.

 

par   Nago Seck  7 mai 2007 - © Afrisson

Discographie

Kanté Manfila