Afrisson

Biographie

Maurice Sonar Senghor


Artistes Sénégal | 1926-2007 | Styles :  Afro-folk - Folk - Musique acoustique

Homme de culture, comédien, metteur en scène mondialement connu, fondateur de Sonar Senghor et sa Troupe, directeur du Théâtre du Palais puis du Théâtre National Daniel Sorano de Dakar, Maurice Sonar Senghor est bien “le père du théâtre moderne sénégalais”...

Une famille aristocratique

Africa Dances

Né en novembre 1926 à Dakar, au Sénégal, Maurice Sonar Senghor est issu de l’aristocratie sénégalaise : son père est descendant d’une grande famille royale. Ses oncles, le poète et grammairien Léopold Sédar Senghor fut député à l’Assemblée française puis premier président du Sénégal, Féral Benga, fondateur au début des années 1930 à Paris d’un ballet de percussions et danses africaines qui s’est produit aux Folies Bergères et au Casino français de New York et enfin Sadi Senghor, un grand poète.
L’auteur et anthropologiste anglais Geoffrey Gorer relatera son oeuvre dans « Africa Dances » (Ed. Eland - 1935), un livre sur les Noirs d’Afrique de l’ouest.

Reniement paternel

En 1946, Maurice Sonar Senghor rejoint la France et 15ème arrondissement de Paris pour le lycée Buffon. A l’obtention de son baccalauréat, tenaillé entre le désir de ses parents le prédestinant à une carrière d’avocat et sa passion du théâtre, il écrit à son père pour lui signifier qu’il arrêtait les études pour le métier d’acteur. Aussitôt la nouvelle apprise, ce dernier le désavoue et, pire, le déshérite. Sonar Senghor s’entête et s’inscrit alors au Conservatoire National d’art dramatique de Paris pour suivre les courts de René Simon, comédien-professeur qui a formé de nombreux grands acteurs français comme Jean-Pierre Aumont, Michelle Morgan et Jean Gabin.

Sonar/Mélo/Moka, une vraie folie

En 1948, Sonar Senghor propose à son compatriote et ami, Mélo Kane, arrivé en même temps que lui dans la capitale française, ainsi qu’à Moka Bock, lui aussi immigré, de former un trio. Ainsi naît en 1948 à Paris le Trio Sonar Senghor / Mélo Kane / Moka Bock qui donnera avec brio sa première représentation à la Rose Rouge, avec un répertoire de danses, de poésies et de chants d’Afrique. Leur succès médiatique est tel que d’autres Africains comme Fara Diagne et Tio Tio Bass, respectivement étudiants en ingénierie et en musique, les rejoignent.
Le trio prend alors le nom de Sonar Senghor et Sa Troupe en 1952 et participe, au prestigieux music-hall parisien Les Folies Bergères, à la revue « Une vraie folie » de Michel Gyarmathy aux côtés d’Eileen O’Dare, Irène Godard, Yvonne Ménard, Line Gerbaut, Valy Vernet, Véronica Bell, Frédéric Rey, Randall, Sive Norden, Ruby Richards, Yvan, Jean Riva, Eliane Méryl, Regina, Maurandi, Marthoune, Ferrei, José Borel, Jean Riva…Sonar Senghor et Sa Troupe verront en 1997 la sortie de leur album Lost Africa produit par Rykodisc et distribué en Europe par sa filiale Tradition.
Bien qu’animant régulièrement les soirées de la Rose Rouge, un haut lieu des intellectuels et des politiciens africains, la troupe se produit dans diverses villes de France, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Allemagne, connaissant une grande audience auprès des soldats américains basés en Europe.

Sonar Senghor, père du théâtre moderne sénégalais

En 1955, il est sollicité par Léopold Sédar Senghor, à l’époque Secrétaire d’État à la présidence du Conseil, pour diriger le Théâtre du Palais à Dakar. Sonar Senghor s’illustre auprès des intellectuels et du milieu culturel par ses créations régulièrement diffusées par Radio Sénégal, la nouvelle radio nationale. En ces années post indépendance, ses lectures des poèmes du premier président du Sénégal, comme « Femme noire », accompagnées d’instruments traditionnels (kora (harpe-lyre), xalam (luth), tama (talking drum), tambours sabars…) ou psalmodiées sur un fond musical, assoient définitivement sa notoriété. Sonar Senghor renouvellera l’expérience avec l’actrice et poétesse d’origine algérienne, la princesse Zouina Benhalla, dans Poèmes du Poète Président Léopold Sédar Senghor, sur fond de kora, balafon et percussions.
Dix ans plus tard, Sonar Senghor prend la direction du nouveau T.N.D.S. (Théâtre National Daniel Sorano, du nom du célèbre comédien franco-sénégalais) inauguré à Dakar le 17 juillet 1965 par L. S. Senghor. Sonar Senghor a alors à sa charge trois structures, toutes indépendantes les unes des autres : la Troupe nationale dramatique, l’Ensemble national de Ballet et l’Ensemble lyrique traditionnel.

Désireux de développer un théâtre moderne sénégalais, Maurice Sonar Senghor et ses collaborateurs, Alioune Oumy Diop (secrétaire général) et Raymond Hermantier (metteur en scène), parcourent le Sénégal afin de dénicher les talents susceptibles de devenir sociétaires de ces diverses structures. C’est ainsi qu’ils révéleront divers comédiens, instrumentistes, compositeurs, chanteurs et danseurs comme Serigne Ndiaye Gonzalez, Jacqueline Scott Lemoine, Doura Mané, Coly Faye, Oumar Seck, Aminata Fall, Amadou Ndiaye Samb, Samba Diabaré Samb, Soundioulou Cissokho, Maa Hawa Kouyaté, Fa Mbaye Issa Diop, Lalo Kéba Dramé, Ndiaga Mbaye, Khar Mbaye Madiaga, Ndèye Khady Niang, Diabou Seck « la Saint-Louisienne », Laye Mboup, Khady Diouf, Fatou Samb, Ndèye Mbaye "Djinma Djinma", Madiodio Gningue, Ndiaye Samba Mboup, Khady Diouf, Soda Mama Fall
Sous la direction de Maurice Sonar Senghor qui aura duré 20 ans, plusieurs créations ou adaptions de pièces de théâtre feront la renommée du T.N.D.S. et connaîtront un réel succès dans diverses salles du monde : « L’os de Mor Lam » de Birago Diop, « Revizor » de Gogol.

L’ultime apparition

Avant de prendre définitivement sa retraite, Sonar Senghor participe comme comédien au film « Libre » du réalisateur français Jean-Pierre Sauné, coproduit en 2002 par Rougemarine et ARTE France. Dans cette comédie dramatique sur l’histoire de Hôr, un jeune peul de 13 ans marqué par la guerre, il apparaît pour la dernière fois à l’écran aux côtés de Richard Bohringer, N’dèye Sira Bitèye, Mamadou Tall, Adama Kouyaté, Khaly Diakhaté, Charles Corréa, Ciradiou Dia et bien d’autres encore. Deux ans plus tard, il publie aux éditions L’Harmattan son ultime ouvrage, « Souvenirs de théâtres d’Afrique et d’Outre-Afrique - Pour que lève la semence », une contribution fructueuse à l’édification, à la reconnaissance et à la pérennité d’un théâtre noir universel. L’année 2006 voit la compilation African Tribal Music and Dances produite par le label Legacy International Records et comportant 9 titres de Sonar Senghor et sa Troupe remporter le « Grand Prix du Disque ».

Baisser de rideau pour Sonar Senghor

Sonar Senghor et une danseuse de sa troupe

Maurice Sonar Senghor dont la carrière est couronnée par de nombreuses distinctions africaines et internationales décède en 2007, une année qui a vu disparaître d’éminents hommes de culture sénégalais comme Ousmane Sembène (cinéma) et Mamadou Konté (musique).

Les honneurs à titre posthume

Ce immense metteur en scène qui fut conseiller au ministère de la Culture du Sénégal à de nombreuses reprises sera honoré en 2008 par le monde culturel sénégalais : lauréat à titre posthume du « Lion d’Or » par le comité d’organisation initié par quotidien national Le Soleil, hommage de la communauté artistique et littéraire réunie à « Keur Birago Bou Bess », le siège de l’A.E.S. (Association des Ecrivains du Sénégal).

 

par   Nago Seck  11 mai 2008 - © Afrisson