Afrisson

Biographie

Papa Wemba

   Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba
Artistes Congo Kinshasa | Naissance : 1949 | Site internet

Une voix mélancolique et aigüe, un attachement à la culture bantoue et un look de sapeur font de Papa Wemba une des stars de la rumba et du soukouss congolais. Il a été surnommé « le chef de la tribu rumba-rock ».

Zaïko Langa Langa

Très jeune, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba marqué par les chants de pleureuse de sa mère, sollicitée dans les funérailles, est surnommé « le petit rossignol ». Les gens de son quartier sont en effet émerveillés par sa voix fine qui fait sensation au sein de la chorale de l’église St Joseph. Il y a déjà dans son jeu vocal une forte présence d’harmonies mineures comme dans celle d’Otis Redding, son idole.

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Zaïko Langa Langa
De G. à droite : Bozi Boziana, Papa Wemba, Evoloko et Gina wa Gina.

En 1966, au décès de son père, il se lance dans la carrière musicale. Kinshasa est alors bercée par les derniers accents de la rumba classique tandis qu’une nouvelle génération de musiciens fait son apparition. Le groupe phare de cette vague est Zaïko Langa Langa, un groupe qu’il a créé avec Manuaku Waku, Nyoka Longo Jossart et Evoloko Joker. Lieu de rencontres de jeunes de toutes les régions du Zaïre, le groupe qui accélère le rythme de la rumba et délaisse les instruments à vent pour la batterie et les guitares séduit tout le pays avec plusieurs tubes (Mété La verité, « Chouchouna », « Eluzam », « Mbeya Mbeya »). Papa Wemba y restera quatre ans, sa voix mélancolique et profonde faisant son chemin à Bakongo, Bel Guide et Matongue, les quartiers de la ville.

Viva la Musica et la Sape

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En décembre 1974, Papa Wemba quitte le Zaïko Langa-Langa et crée successivement deux groupes : Isifi Lokole avec Evoloko Joker, Mavuela et Bozi Boziana puis Yoka Lokole, rejoint par Mbuta Mashakado. Son originalité est d’introduire les sonorités du tambour lokolé.

Papa Wemba chante ensuite dans « l’Afrisa International » de Tabu Ley « Rochereau » avant de créer en 1976, sa propre formation, « Viva la Musica ». Par son look, il représente pour la jeunesse de son pays, un symbole de rébellion à l’autorité, lançant une nouvelle mode, la SAPE, dont les extravagances inspireront de grands couturiers occidentaux. Sa musique affiche elle aussi des accents nouveaux. « Viva la Musica » ne renie pas la rumba dominée par les lignes de chœurs mais affirme surtout par le chant son attachement à la tradition bantoue (le chant alterné typique de la forêt équatoriale dans lequel la voix se place une gamme au dessus de la tierce). A la ligne de chœurs classique, la formation préfère un dialogue entre lead vocal et backline. Sa seconde originalité se manifeste par le choix des instruments dont le lokolé , un grand tambour du Kasaï, le ondolé, le tambour des griots mais aussi dans une danse appelée « yuca », symbole de l’accord cosmique de l’homme avec les forces de la nature. En 1980, il fait le tour de l’Afrique avec son tube « Analengo » qui se vend à 60.000 exemplaires.

Papa Wemba, le cinéma et Bercy

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En 1983, il enregistre avec Hector Zazou Malimba, une première tentative de fusion entre rumba congolaise et sonorités synthétiques. Partagé entrte Paris et Kinshasa où il impose son soukouss new wave, Il réalise bientôt une partie de la bande originale du film « Black Mic Mac ». En 1986, il s’installe en France, sort les albums Siku Ya Mungu et l’Esclave, puis devient en 1987 la vedette du film La vie est belle, sa propre histoire. En 1988, il sort l’album Papa Wemba réalisé par Martin Meissonnier et distribué par Emi France puis il tourne au Japon où il enregistre un live Au Japon sorti en 1989, l’année où il sillonne les Etats-Unis avec la revue africaine « Africa Oyé ».

Papa Wemba et Peter Gabriel

En 1992, Papa Wemba rencontre Peter Gabriel qui le prend en première partie de ses tournées et produit trois albums sous le label Real world : Le Voyageur (deux des titres de cet album, « Maria Valencia » et « Le Voyageur » seront choisis en 1999 par le réalisateur italien Bernardo Bertolucci pour la bande originale du film, Paradiso e inferno), Emotion qui connaît un succès planétaire puis Molokai. L’année 1996 voit son duo avec l’autre star congolaise, Koffi Olomide, dans l’album Wake up, la sortie de Pole Position très ouvertement soukouss puis l’enregistrement en 1997 de So why ? avec Youssou Ndour, Lourdes Van Dunem et bien d’autres au profit du CICR qui veut mobiliser les artistes sur le drame des enfants soldats. La même année sort également Nouvelle Ecriture, concocté avec l’artiste Maika Munan, un album aux couleurs rap, salsa et funk. En 1998, Papa Wemba sort son troisième et dernier album chez Real World, Molokai, privilégiant la voix avec des morceaux purement a capella.

Immigration clandestine

Lorsque son contrat prend fin avec Real World, Papa Wemba s’oriente de nouveau vers un style plus dansant marqué par le soukouss et la rumba et signe en 1999 chez Sono M’zée Fula-Ngenge. Bakala Dia Kuba, un retour aux sources de la rumba classique sort deux ans plus tard, l’année où il fait un triomphe à Bercy, accueillant le doyen du genre, Wendo Kolosoy. Après une tournée africaine en 2002/2003, Papa Wemba est interpellé en février 2003 pour « implication dans une filière d’immigration clandestine » et incarcéré en Belgique pendant trois mois et demi. A sa libération, il sort Somo trop, une oeuvre emprunte de spiritualité. Le 16 novembre 2004 le tribunal correctionnel de Bobigny (France) le condamnera à trente mois de prison, dont quatre fermes déjà purgés en 2003, et 10 000 euros d’amende pour « aide au séjour irrégulier de clandestins sous couvert de ses activités musicales ».

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Mère Malu, l’égérie de Papa Wemba décédée en 2008.

En 2005 sort Bazonkion puis en 2006 Live in New Morning où l’artiste privilégie la dimension intimiste de sa musique et en Décembre de la même année Nkunzi Nlele avec l’orquestre Viva Tendances. Après son Retour à Kinshasa, Papa Wemba crée un nouvel orquestre, Bana Malongi, sort le Maxi-Single live A Vous de Juger et tourne au Portugal et en France, participant notamment au festival Plein Sud de Cozes. Kaka yo sort en 2008, une année difficile pour le chanteur et compositeur congolais qui perd son amie Marie-Louise Likuse alias Mère Malou décédée le mercredi 19 mars, une ancienne danseuse de Tabu Ley devenue l’icône de la galaxie Molokaï.

 

par   Sylvie Clerfeuille  8 juin 2008 - © Afrisson