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Réunion

Réunion


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Des racines culturelles multiples

La Réunion est une terre profondément métisse. A partir du XVIIe et XVIIIe siècles, l’île se nourrit de racines musicales européennes (flamandes, irlandaises, françaises et irlandaises) , afro-malgaches (Mozambique, Madagascar) et indiennes (tamoules).
Dès le XVIIe siècle, on danse le menuet, la gavotte, le rigaudon, on écoute de la musique savante européenne et des romances au son des violons, des fifres, des tambours et des flûtes. Loin des salons, dans les plantations, les Makoua (esclaves originaires du Mozambique embarqués au port d’Inhambane d’où le nom de « Yambane ») jouent du « timbila » (xylophone d’Afrique de l’Est), un instrument qui croise les notes de l’« atratrana », son alter ego malgache. L’héritage afro-malgache qui va nourrir le « sega » et le « maloya » est également transmis par l’« antsiva », un coquillage , les « tambours moringues » (utilisés dans la capoeira d’Angola), le « bobre » (arc musical), les « kaskavels » (hochets), le « kayamb », tambour d’origine mozambicaine arrivé au XIXe siècle à Madagascar et à la Réunion, sans oublier le « houleur », gros tambour originaire du Mozambique.
Les esclaves africains et malgaches pratiquent alors le « chega » ou « sega », une danse mozambicaine (le mot viendrait du swahili, relever, retrousser les vêtements).

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Cérémonie tamoule

Les racines indiennes de la musique réunionnaise prendront vraiment effet à partir du XIXe siècle , les Tamouls arrivant dans l’île entre 1850 et 1880. Originaire du sud-est de l’Inde, de la côte « malbar », ils sont de religion hindoue et de langue tamoule. Lors de cérémonies sacrées, ils jouent des tambours « matalon » et « dale » appelés aujourd’hui « tambours malbar ». Ils pratiquent également le hautbois (« trompet malbar ») , le « sati » ou « naguar » (timbale) et le « kombou » (trompe en métal) sans oublier l’« oudoukai » (petit tambour à deux peaux) et le « magoudi » (instruments des charmeurs de serpents). Ils jouent lors des cérémonies religieuses, des bals ou narlegon et chantent les grandes épopées comme le « Râmâyena » et le « Mahâbhârata ».

Le phénomène de créolisation

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Kiltir
Un groupe qui réhabilite le Service Kabaré.

Ces divers héritages dont certains seront interdits (les musiques afro-malgaches et indiennes) vont se fondre et constituer un monde musical particulier. Sous l’influence des musiques africaines notamment, l’héritage européen se transforme. Le quadrille se créolise sous l’influence du sega , un chant mélancolique en mode mineur, tandis que le sega s’occidentalise en adoptant au XIXe siècle des instruments occidentaux comme le violon, l’harmonica, le banjo et l’accordéon. Les romances sont adoptées par les esclaves qui pratiquent clandestinement le maloya ou Service kabare, rite de mémoire envers les ancêtres à base de chants et de percussions.

Sega et jazz créole

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L’Orchestre Boulou
de gauche à droite : Benoîte Boulard et Loulou Pitou

Ils donneront naissance à divers genres populaires qui vont émerger au XXe siècle : Les années 1950/60 seront ainsi dominées par le sega : « il est le véhicule de la chanson. Les thèmes de la chanson créole sont les amours, la misère traitées sur le mode la dérision ou de l’ironie », explique l’écrivain Alain Lorraine. Tandis que Maxime Laope et sa duettiste Benoite Boulard, la « Billie Holiday de la Réunion » donnent ses lettres de noblesse au sega, le jazz créole fait son apparition avec des orchestres comme l’Orchestre Boulou de Loulou Pitou. « Ce sont des orchestres sans cuivres, des orchestres itinérants avec batterie, saxophone, harmonica. Ils circulent et se produisent dans les fêtes et les bals populaires. » rajoute Alain Lorraine. Un chanteur et guitariste de rue, Henri Madoré, devient le véhicule des chansons populaires et la voix du peuple réunionnais : il influencera de nombreux artistes dont René Lacaille et Alain Peters.

La créolité

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Dans les années 1970, la scène musicale se transforme au contact du mouvement culturel : « Dans les années 1960/70 », rajoute Alain Lorraine, « on assiste à un refus de la « littérature cocotier » et à la naissance du mouvement créole. Le mouvement littéraire va entraîner la naissance du mouvement musical qui va permettre de valider le maloya et le kabar. Avec des personnalités comme le Docteur d’Affreville, on réintègre les racines africaines de la Réunion. Auparavant, on niait l’esclavage à la Réunion, dès qu’on voulait reprendre des traditions, on était accusé de séparatisme. Les plantations ont pourtant été le vecteur d’un imaginaire religieux, le kabar, ces joutes oratoires pratiquant la dérision, ces chants de la plantation » ". On redécouvre alors les artistes traditionnels du maloya comme Firmin Viry.

Racines tamoules et héritage africain

Dans les années 1980/90 sont également prises en compte les racines tamoules de la musique réunionnaise avec des artistes comme Philip Barret, promoteur du sega rock et de rythmes indiens à base de percussion comme le konokon. Danyel Waro qui introduit cette musicalité du sud de l’Inde dans son maloya acoustique (qui s’oppose au maloya électrique de Ti Fock), le groupe Carrousel dont font partie quelques artistes majeurs comme René Lacaille ou Alain Peters, Ziskakan dont le leader Gilbert Pounia d’origine indienne reprend des titres d’Alain Peters et offre à sa musique des couleurs indiennes et Eric Sida, un musicien professionnel d’origine indienne qui approfondira les recherches sur le maloya. L’explosion des musiques africaines en Europe et dans le monde réhabilite définitivement l’héritage africain à la Réunion. Manu Dibango, Johnny Clegg, Toure Kunda se produisent dans l’île influençant de manière profonde la scène musicale réunionnaise (des instruments comme le djembé par exemple font leur apparition dans les groupes réunionnais).

Malogae et maloya roots

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Sous l’influence de Bob Marley qui va faire du reggae un genre universel, les îles de l’Océan Indien font leur révolution. La Réunion avec des artistes comme Patrick Persée invente le malogae, fusion de maloya et de reggae tandis que l’île Maurice voit la naissance du seggae. (sega/reggae). Les jeunes se passionnent pour les musiques occidentales dont le rock (el Diablo) , enrichissent le maloya de couleurs nouvelles (Oussa noussava). Des groupes comme Pat Jaune réhabilitent le sega et des artistes comme la chanteuse de gospel Yela inventent le créole spiritual. Dans les années 1990, la musique réunionnaise voyage enfin avec des artistes comme Danyel Waro, René Lacaille et Ziskakan. Le maloya fait recette dans sa forme la plus « roots » avec Firmin Viry adepte du maloya blues et Granmou Lele au maloya rythmique. Le rap fait recette avec des artistes comme Atepelaz et Renlo. Multi-instrumentiste, naviguant dans tous les genres (jazz, musette, musiques réunionnaises), René Lacaille qui a croisé les notes avec le bluesman canadien Bob Brozman est le plus international des artistes réunionnais. Le roots revival est de mise au début des années 2000 avec des groupes comme Tapok et la redécouverte de nombreux compositeurs dont Jules Arlanda.

Sources :
- Interview d’Alain Lorraine , Musiques Métisses, Angoulême, 1999.
- Interviews de Bernadette Ladauge, Philip Barret, Jules Arlanda, Atepelaz, Renlo, Gilbert Pounia , Alain Courbis, la Réunion, mars 1998.
- Interviews René Lacaille, Firmin Viry, Musiques Métisses, Angoulême , 1999.
- Interview Arno Bazin, Paris , mai 2006.

Ouvrages :
Musiques traditionnelles de la Réunion (Jean-Pierre Laselve)

 

Disques

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