Afrisson

Salif Keïta- l’Ambassadeur de la musique du Mali

Livres  -  Salif KeïTa  |   Mali  - par   Cherif Keïta  | Parution : 2009  | Editeur :  Editions Grandvaux

Alors que deux biographies sortent simultanément sur Salif Keïta, Salif Keïta , la voix du mandingue et Salif Keïta- l’Ambassadeur de la musique du Mali , la seconde nous donne un éclairage passionnant et original car il décrypte, et c’est là sa principale qualité, le regard porté par la société malienne sur une de ses grandes figures musicales.

Cherif Keïta, ne l’oublions pas, est le cousin de Salif Keïta et un universitaire brillant, spécialiste d’histoire africaine, ce qui lui donne un avantage certain dans le déchiffrage des codes de la société malienne et dans ces subtilités.

En 149 pages incluant une discographie et une bibliographie fournies, il nous brosse un portrait fouillé de cet artiste si particulier de la société malienne et nous dévoile aussi bien la dimension publique que privée de la vie du noble albinos. Un chapitre passionnant est dédié notamment à l’univers des chasseurs dont se revendique l’artiste et qu’il a su imposer au niveau international notamment par ses tenues de scène.

L’auteur souligne bien la complexité de la société malienne et la place toute particulière qu’occupe Salif, noble, albinos, musicien, chasseur mandingue, des facettes contradictoires en apparence. L’auteur décrypte pour nous les codes et les clés psychologiques de Salif et de son univers en expliquant la fasiya (identité familiale) qui se décline en horon (noble), jon (captif) et nyamakala (artiste casté). De cette société où l’identité est façonnée par l’appartenance à une catégorie sociale et une activité professionnelle. Il démontre avec clarté les transgressions sociales opérées par Salif et ses efforts (conciliation entre fasiya et fadenya) pour réconcilier vocation artistique et reconnaissance sociale, un travail d’équilibriste dans une société peu encline à l’ouverture.

Tous ces efforts de réconciliation et d’harmonie sont démontrés notamment par une analyse des textes de l’artiste.

Un léger reproche cependant : Cherif Keïta, pudeur familiale oblige, a omis de s’étendre sur une des principales douleurs de l’artiste : le rejet de son père à sa naissance qui menaça de répudier sa mère pour avoir enfanté un albinos. Un des ressorts essentiels de la vocation artistique de l’artiste et une des principales clés pour comprendre ses tiraillements, ses déchirements intérieurs et la beauté de sa voix nourrie de toute cette souffrance.

 

par   Sylvie Clerfeuille  6 février 2010 - © Afrisson