Afrisson

Présentation

Le Séga

« Nous n’avons point de totem, nous ne retournons pas nos morts, nous n’avons ni lamba ni nattes tressées sur la tête de nos filles.... Nous n’avons plus que le séga pour nous tenir dans cet exil terre entre mers, nous n’avons plus que le séga pour nous unir, nous n’avons plus que le séga que l’on a mis à la boutique parmi les pains de paix amère qui sont offerts partout partout, pour nous confondre et pour confondre nos désirs de liberté ».

Séga , la musique mère des îles de l’Océan Indien que décrit si bien le poète surréaliste mauricien Jean Erenne vit aujourd’hui comme il y a cinquante ans dans le cœur des insulaires de tout l’Océan Indien. Le débat que suscite l’origine même du mot - on le dit venu de l’Inde, le mot en sanskrit signifiant danse du serpent (le rythme du séga serait très proche de celui de la danse indienne appelée le kawal ), on le rapproche du malgache sé gasse , réponse donnée par les esclaves à leur maître lorsqu’il les interrogeait sur leurs activités, on l’associe au segaye , complainte de Maurice, on lui attribue également des origines africaines (Afrique de l’Est ou de l’Ouest selon les versions) et malgaches - éclaire à lui seul l’identité plurielle de ces îles placées sur la route des Indes qui attirèrent colons européens, sultans du Proche Orient, commerçants indiens et chinois, marins indonésiens et pour d’autres raisons esclaves africains des côtes orientales et occidentales, main d’œuvre bon marché des plantations.

Musique rurale et sacrée à base de ravane (tambour), de maravane (boîte), de triangle et de chants née dans la souffrance des plantations, elle est devenue le ciment culturel d’un peuple créole déraciné. Elle a au fil des ans perdu son caractère religieux, a modifié son instrumentation (accordéon, guitare, harmonica, banjo), a été récupéré par toutes les classes sociales ( séga poussière des bals poussières) contre séga salon ) mais demeure jusqu’à présent la musique populaire jouée dans les quartiers de toutes les îles de l’Océan Indien. Chaque île , de Rodrigue à Maurices en passant La Réunion, se disputent la paternité de ce style qui compte de nombreux ambassadeurs comme les Mauriciens Serge Lebrasse, Roger Clency, Michel Legris, Jean-Claude Gaspard, Ti Frère, Fanfan et et les réunionnais Jules Arlanda, Maxime Laope et bien d’autres.

Cette musique typique des Mascareignes (Maurice et Réunion et Rodrigues) connaîtra de nombreux adeptes au cours du siècle, une discographie et bilbiographie abondantes et fera en 1996 l’objet d’une tournée aux Etats-Unis et au Canada, « Séga Séga », montée par Bernadette Ladauge et Christophe David. Une pièce, Sega Tremblad, lui sera consacré, narrant l’histoire de King Rosette, roi du séga émigré à Paris. Plusieurs études ont été consacrées à ce genre musical.

 

par   Sylvie Clerfeuille  12 mai 2007 - © Afrisson