Sorry Bamba, le musicien dogon, comme on l’appelle, a modernisé la musique de son peuple grâce à ses qualités de multi-instrumentiste, de compositeur et d’arrangeur.
Le Kanaga de Mopti
Sorry Bamba commence sa carrière musicale en 1957. Trois ans plus tard, il crée son propre groupe, le Bonijazz. Après plusieurs tournées en Afrique de l’Ouest, Sorry Bamba part en 1965 à Abidjan en Côte d’Ivoire. L’année suivante, il retourne au c et intègre le Kanaga de Mopti, la formation de sa ville où joua un certain Ali Farka Touré. La même année, il remporte le Premier Prix de Musique Orchestrale au festival des Arts Nègres de Dakar au Sénégal. Attaché aux rythmes dogons, l’artiste enregistre dans les années 1970 l’album à succès Yayoroba. Le public découvre alors une musique malienne aux sonorités jazz, soul mais fidèle à la rythmique dogon et chantée en bambara : plusieurs années de recherches auront été nécessaires pour transformer cette musique traditionnelle en un style dansant.
Djéli Baba Sissokho
Au début des années 1980, Sorry Bamba s’installe en France, donne des cours de percussions et de danse au Café de la Gare et tourne en Europe. L’album Tonnerre Dogon sorti en 1987 est dédié à Djéli Baba Sissokho, conteur généalogiste très populaire au Mali et animateur, dès 1957, de « Connaissance du Mali », une chronique hebdomadaire de la Radio Télévision Malienne sur l’histoire et la culture du Mali.
Sorry et les frères de Songo
En 1991, Sorry Bamba participe au Festival d’Eté de Nantes en compagnie des frères de Songo originaires du pays Dogon. Beaucoup plus ancrés dans la tradition, invocateurs des mythes se perpétuant de père en fils avec l’aval des Sages, les frères Songo, vêtus de tenues traditionnelles et portant des masques rituels font découvrir des rythmes et surtout des danses qui ne sont pas sans rappeler les figures chorégraphiques des break-danseurs. Sigui, un remix de l’album Tonnerre Dogon évoque la cérémonie déambulatoire et cosmogonique célébrée tous les soixante ans par les habitants de Bandiagara. Dans ce disque, Sorry Bamba renouvelle les messages, dénonce les mariages forcés et décrit les marchandages honteux dont les filles sont l’objet (« Kanûba ») ou rend hommage aux totems séculaires (« Mayel »).
Multi instrumentiste (percussion, flûte, trompette), auteur compositeur arrangeur, Sorry Bamba chante en quatre langues (Dogon, Bozo, Bambara et Peul). Il est le premier musicien à avoir reçu à titre exceptionnel l’autorisation du peuple Dogon (les Sages) à moderniser son folklore.
par Nago Seck 7 mai 2007 - © Afrisson