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Biographie

TP OK Jazz


Groupes Congo Kinshasa - RDC | 1956-1989 | Styles :  Soukouss - Rumba congolaise

Fondé le 6 juin 1956 à Léopoldville (actuel Kinshasa) sous l’impulsion de l’auteur, compositeur, guitariste et interprète François Luambo Makiadi aka Franco et ses copains des deux rives du Congo, le TP OK Jazz est un des précurseurs du soukouss...

Bana Loningisa

OK Jazz en 1956 - Franco àla guitare

En 1951, le label Loningisa de Papadimitriou donne la direction artistique de son studio à Henri Bowane. La formation permanente du label est composé des musiciens de l’orchestre Bana Loningisa (les enfants de Loningisa en lingala) : José-Philippe Lando « Rossignol » (voix), Pandi Saturnin (percussions), Daniel Lubelo « De La Lune » (guitare rythmique), Edo Ganga (voix), Augustin Moniania « Roitelet » (basse, contrebasse), Bossuma Dessouin (conga), Decca Mputu (batterie) et un jeune guitariste-chanteur de 14 ans, déjà très mûr pour son âge, François Luambo Makiadi dit « Franco ».

Oscar Kashama ou la naissance de l’OK Jazz

Le jeune Franco

A la même période, les musiciens de Bana Loningisa rencontrent Oscar Kashama de l’OK Bar qui les programme et les baptise les « OK Boys » (OK = Orchestre Kinois ou Oscar Kashama ?). Le 6 juin 1956, naît la formation qui va devenir l’orchestre mythique de la scène congolaise. Sous l’impulsion de Franco (guitare, voix) et de son ami, le crooner Vicky Longomba, l’OK Jazz est composé de Daniel Lubelo « De La Lune » (guitare rythmique, voix), Bosuma Dessouin (conga), Pandi Saturnin (percus), Liberlin de Shoriba Diop et La Monta (percussions, voix), Philippe Lando « Rossignol » (vocal) et Augustin Moniania « Roitelet » (basse). Par son charisme, sa renommée et ses talents multiples (auteur, compositeur, guitariste, percussionniste, chanteur...), Franco devient rapidement l’âme de l’orchestre qui distille la rumba odemba brassée au cha cha cha. Le groupe est bientôt rejoint par Lièvre et Jean-Serge Essous, tous deux flûtistes et saxophonistes.

Fonctionnement de l’O Jazz

Composé d’artistes des deux Congo, l’OK Jazz a un fonctionnement bien défini. Si un artiste propose une création, il doit avoir l’accord de tous. S’il n’y a pas unanimité, c’est le chef d’orchestre qui décide. Si un artiste fait une proposition sur le plan technique, un comité des anciens se réunit et fait des suggestions. Franco qui est le leader mais aussi le plus jeune du groupe n’intervient que très peu. La répartition des cachets sensée être égalitaire fluctue en fait en fonction des concerts et tournées.

L’orchestre des jeunes filles

Ngoma

Bien vite, l’OK Jazz se distingue sur la scène congolaise grâce à des compositions très entraînantes, comme « Camarade ya mboka mondele », « Sérénade sentimentale », « Lina », « Bolingo na ngai Gigi », « Se pamba », « Baila » ou encore « Nzungu ya loso »…Les chansons de l’OK Jazz sur l’amour (amour trahi, romantique, passionné, douloureux ou désir physique) attirent les jeunes filles et les femmes aisées organisées en Mozikis (fan clubs, tontines, associations) ayant pour noms La Beauté, L’Elégance, Le Bana Age, Le Bana Mode, Le Bana 15… Les femmes baptiseront François Luambo Makiadi, « Franco De Mi Amor » et l’OK Jazz, « l’orchestre des jeunes filles ». Mais l’OK Jazz, c’est aussi une formation des couches populaires à l’opposé de l’African Jazz de Joseph Kabasélé, groupe des intellectuels.

Turbulences

En 1957, en pleine gloire, l’OK Jazz connaît ses premiers problèmes. Les Brazzavillois Jean Serge Essous et Philippe Lando « Rossignol » quittent l’orchestre pour créer le Rock-A-Mambo. Ils sont remplacés par deux autres compatriotes, Célestin Nkouka et Edo Nganga qui enregistrent à leurs débuts plusieurs titres mémorables dont « On entre OK on sort KO », « Ah bolingo Pasi », « Tcha tcha tcha Modero », « Joséphine » ou « Motema na ngaï epai ya mama ». En 1958, Franco est arrêté par l’administration coloniale pour un problème de permis de conduire. Célestin Nkouka et Edo Nganga quittent alors l’OK Jazz et Kinshasa pour retourner à Brazzaville. Rejoints par Nino Malapat et Jean Serge Essous, ils fondent les Bantous de la Capitale. A sa libération, Franco remonte l’OK Jazz avec Vicky Longomba, Joseph Mujos Mulumba, Léon Bombolo dit « Bohlen », Isaac Muzikiwa, Tchamala Piccolo, Boyibanda et Simon Lutumba alias « Simaro Masiya ».

Vicky Longomba

A la Table Ronde de Bruxelles du 27 janvier 1960 où se négocie l’indépendance du « Congo Léopoldville », Joseph Kabasélé alias « Grand Kallé » est invité à animer cet évènement historique. Il fait donc appel à Vicky Longomba qui interprétera avec l’orchestre African Jazz, « Indépendance cha cha », un tube continental et un hymne à la liberté pour tous les pays africains accédant à l’indépendance. Le débauchage de Vicky Longomba met Franco dans tous ses états mais n’entame pas la popularité de l’OK Jazz.

Le Tout Puissant OK Jazz

Rejoint par Kwamy, Verckys Kiamuangana Mateta, Youlou Mabiala, Michelino Mavatiku Visi et Michel Boyibanda, l’OK Jazz enregistre tube sur tube : « Numero ya Kinshasa », « Yamba ngai na leo », « Mbanda mwasi na yo alingi ngai », « Ngai Marie Nzoto Ebeba », « Mboka mo paya pasi », « Dodo tuna motema », « Bakabolaka bolingo boya te »...A cette époque où la scène musicale congolaise est dominée par la rumba électrique de l’African Jazz de Joseph Kabasélé et du guitariste virtuose Dr Nico, l’OK Jazz se singularise par un style très cadencé et festif, le « soukouss » dansé bientôt dans toutes les discothèques. Ses disques sont vendus dans toute l’Afrique et il devient l’orchestre attitré des soirées présidentielles et mondaines du pays. Lors d’une de ses soirées au palais, le président Mobutu baptise le groupe « Tout Puissant OK Jazz » et Franco « Grand Maître de la musique congolaise ».

Formation pépinière

Dans les années 1970/1980, le TP OK Jazz devient le passage obligé des artistes de talent en quête de reconnaissance : Josky Kiambukuta, Jo Mpoy, Sam Mangwana, Ntesa Dalienst, Dizzy Mandjeku, « Pépé » Ndombé Opetum. Produits par les toutes nouvelles structures de production de Franco (label Choc Choc, Editions Likembe, Editions Populaires), sortent quelques uns des plus grands tubes continentaux de l’OK Jazz : « Matata ya Mwasi na Mobali esilaka te », « Liberté » ou « Nakoma Mbanda ya Mama ya Mboli na Ngai ». Cet immense succès débouche sur une tournée européenne : Belgique, France où il reçoit un « Maracas d’Or ».

Mario

En 1982, Franco et le TP OK Jazz s’installent en Europe, faisant la navette entre Paris et Bruxelles où leur renommée ne cesse de croître. Sortent alors des titres moralisateurs destinés à la jeunesse : « Non », « Très fâché », « Makambo nazali bourreau », « Très impoli », « Lettre au DG » et surtout « Mario », le tube qui leur ouvre les portes de l’Amérique en 1983.
Ce séjour est l’occasion d’enregistrer avec son « rival » Tabu Ley dit « Seigneur Rochereau » des titres comme « Hommage à Grand Kallé », « Ngungi » et « Lisanga ya banganga ». De retour au pays deux ans plus tard, l’OK Jazz est accueilli par une immense foule, les invitations affluent des quatre coins du continent et le groupe décroche un disque d’or pour « Mario ». Le TP OK Jazz devient alors la coqueluche des ngandas (lieux de rencontre et de musique), des night clubs et de la Radio Télévision Nationale.

La fin de l’orchestre aux 1.000 compositions

Lors de leur tournée occidentale en 1989, le TP OK Jazz enregistre avec l’interprète Sam Mangwana un album prémonitoire, Forever. Franco qui assure la composition et la guitare est déjà atteint du SIDA. Ce sera l’ultime album du « Grand Maître » Franco qui, après 38 ans de carrière, plus de 150 albums et plus de 1.000 compositions, décède le 12 octobre de la même année à l’hôpital Mont-Godinne, près de Namur en Belgique. Son enterrement au cimetière de la Gombe à Kinshasa réunit plus de 300.000 personnes. Ainsi disparaît, avec lui, le TP OK Jazz, l’un des groupes légendaires du continent africain.

 

par   Nago Seck  10 mai 2007 - © Afrisson

Discographie

TP OK Jazz