Afrisson

Visions of Selam (Arat Kilo feat. Mamani Keïta & Mike Ladd)

Disques - CD  |   France -  Mali  |  Arat Kilo  |  Mamani Keïta  | Parution : 16 mars 2018  | Label :  Accords Croisés - Pias

Titres :
1. Toulo 3:13
2. Dou Coula 4:43
3. Angafile 3:38
4. Dia Barani 4:41
5. American Juju 3:05
6. Soul Flood 5:20
7. Eshi Ulet 1:05
8. Chaos Embedded 3:00
9. Nafqot 4:59
10. Seeds 4:21
11. Eshi Ant 1:03
12. Vizeplio 3:57
13. Yala 4:04

Groupe de musiciens français passionnés d’éthio-jazz (musique populaire d’Ethiopie), fondé en 2008 à Paris sous l’impulsion de Michaël Havard (sax baryton & alto, flûte traversière), Arat Kilo a pris garde de ne pas s’éloigner de son domaine de prédilection : ces funks moites et jazz à cinq pattes curieusement entortillés dans les sorcelleries du Swingin’ Addis, brève parenthèse aujourd’hui regardée comme un âge d’or où quelques producteurs et musiciens éthiopiens surent profiter d’une faille dans le système de censure établi par Haïlé Sélassié pour unir des tournures traditionnelles – les seules autorisées par le régime du Negusse Negest – au jazz, à la soul et à la pop occidentaux.

Dans "Visions of Selam", Arat Kilo ne quitte jamais durablement l’Addis-Abeba du début des années 1970 où les chanteurs de charme et les orchestres électriques élaboraient, dans une quasi clandestinité, d’entêtantes mélodies et des mélopées gorgées de mystère. Les quatre gammes caractéristiques de l’éthio-jazz s’y retrouvent, qui fondent les ciselures ornementales et le ciment harmonique de chaque titre, à égalité avec les associations de timbres et de rythmes héritées de cette esthétique composite. Seulement, le groupe a réussi à faire aboutir l’évolution qui se dessinait dans son précédent album, d’une part en accentuant le caractère dansant de ses compositions – c’était suivre une vocation quasi naturelle, tant la batterie prodigieuse de Florent Berteau, la basse de Samuel Hirsh, les percussions de Gérald Bonnegrace, la guitare de Fabien Girard, la trompette et les claviers d’Aristide Gonçalves et les saxophones et flûtes de Michael Havard semblaient prédisposés à s’emboîter pour former une fabuleuse machine à groover sur tous les tons, sur tous les mètres –, d’autre part en incorporant avec une stupéfiante aisance deux chanteurs habitués à arpenter des horizons bien différents, Mamani Keïta (déjà présente sur la chanson Madala de l’opus "Nouvelle fleur" paru en 2016) et Mike Ladd.

Les mélodies héritées des griots y rencontre le hip hop des rues de Boston, la flûte des énigmes abyssiniennes qui s’amourache d’un slam rageur, plus loin, une rythmique de la Motown accueillie par une chanson de Bamako (Mali), et encore un dub qui troue l’espace pour y faire entrer les ondes vibratoires de galaxies toujours plus lointaines.

"Visions of Selam" a été enregistré à l’ancienne, en trois jours, sur bande magnétique, dans des conditions live. Le groupe n’a disposé que de 24 pistes et de vieilles reverbs analogiques, il s’est refusé aux petites – et grosses – tricheries habituelles, a procédé à quelques superpositions, quelques arrangements, mais à aucun escamotage, aucun abandon résolu de l’âme à la machine.

Selam signifie "paix" en amharique, la langue que l’on parle communément en Ethiopie. La paix sur toi, la paix sur vous, la paix pour ce monde qui la connaît si peu et en a tant besoin. C’est une aspiration pour toute chose, mais aussi, comme en Afrique du Nord où son équivalant se dit "salam", une salutation à l’interlocuteur, une invitation à la fraternité. Avec leur troisième album, "Visions of Selam", Arat Kilo nous adresse son salut en même temps qu’un souhait de paix universelle. Ce n’est pas le signe d’un recommencement, d’un retour à zéro après deux aventures discographiques déjà enivrantes. C’est au contraire celui d’un épanouissement en forme d’ouverture… Une ouverture qui ne s’accompagne d’aucun renoncement ni compromis.

 

par   Nago Seck  10 mars 2018 - © Afrisson