Compositeur, pianiste et claviériste, Wally Badarou est sollicté par divers artistes : Grace Jones, Mick Jagger, Joe Cocker, Herbie Hancock, Jean-Paul Goude, Myriam Makeba... Il a fait plusieurs albums et musiques de film dont « Kini et Adams » de I. Ouédraogo.
Une enfance entre classique, jazz et R&B
Fils d’un couple de médecins installés durant ses premières années à Paris, Wally Badarou est marqué à la fois par la musique classique et le jazz. A sept ans, il reçoit en cadeau un piano jouet puis suit sa famille au Bénin à l’âge de sept ans. L’heure est au R&B, au yéyé et à la musique afro-cubaine. Initié au piano, il s’intéresse à l’afro-cubain, au R&B, à la musique des Jackson Five et de James Brown puis de Stevie Wonder.
Les années lycée
De retour en France en 1971, il devient l’organiste d’un groupe de lycée où son frère Idriss joue de la basse. Les deux frères montent leur premier groupe, Kumba avec Alain Toko à la guitare, leur soeur Mouni aux voix et Jerôme Thirriot aux percussions sans oublier Jean Favreau au sax ténor. Dans la cave du chanteur antillais Tony Léveillé, le groupe joue des reprises de Jimi Hendrix et quelques titres d’afro-beat. Alain Toko et son frère Brice Wassy lui font bientôt découvrir l’album « Thrust » de Herbie Hancock, une révélation. Le jeune homme s’offre son premier clavier, un Hohner Electra. Chargé de la programmation du Théâtre 71 de Malakoff, Jean Favreau leur offre bientôt leur premier vrai concert professionnel.
Wally & Shane
Aux groupes amateurs succèdent alors les expériences professionnelles. Au contact de Tony Léveillé, l’étudiant en droit plus préoccupé de musique que d’études fréquente des ensembles antillais et rejoint bientôt le groupe « Voodoo Family », un combo afro-jazz-funk. Le jeune clavier fait alors ses premières armes dans diverses formations funk, jazz et pop (« Center », « Tchango » et « Fireball »). Nous sommes en 1976 : de cette période nébuleuse naîtra une nouvelle expérience, celle du studio d’enregistrement et de l’univers technologique qu’il lui ouvre. Wally acquiert alors son premier synthé, un Korg 800-DV. Il enregistre bientôt son premier single, « Wally & Shane » en duo avec la chanteuse américaine Sher Komisar.
Les années Barclay
De retour du service militaire, le jeune béninois participe à des jams dans un club parisien, le « Gallion », et participe à PI 3.14 , un petit groupe influencé par « Genesis ». Après la sortie de leur premier single signé chez Barclay, le groupe se sépare. Nous sommes en 1978 et deux membres seulement de la formation seront retenus par la maison de disques : Hubrenne et Wally qui signe son premier album solo influencé par Stevie Wonder : « Back to Scales Tonight ». Le contrat chez Barclay lui permet de côtoyer et de travailler avec toute la scène française, de Daniel Balavoine à Richard Bohringer en passant par Raymond Lefevre et Jean Louis Trintignant pour qui il joue quelques notes sur « le Maître Nageur ». En 1979, Wally est devenu une vraie bête de studio et se forge une solide réputation d’arrangeur, assurant les post productions de nombreux albums. Il participe ainsi à l’album « Comme une symphonie d’Amour » de Myriam Makeba et Hugh Masekela sans jamais les avoir rencontrés ! Il collabore également à des projets de Manu Dibango et travaille sur l’album de Jean-Paul Dréau, « Je veux de la tendresse ».
Les années Compas Point
La rencontre des musiciens anglais Julian et Robin Scott aboutit à l’enregistrement de l’album « Pop Musik ». Wally tourne bientôt en Espagne et à Cuba avec les frères Francfort alias « The Gibson Brothers » et participe à plusieurs de leurs albums produits par Daniel Vangarde qui lui présente Chris Blackwell. Ce dernier l’invite à Nassau aux Bahamas où il travaille à CompasPoint , le studio du producteur jamaïcain : il y restera dix ans enregistrant des titres pour Grace Jones et de nombreux albums légendaires des années 1980. Il habille ainsi de sa rythmique les disques de Joe Cocker, Junior Tucker, Owen Guthrie, devient l’arrangeur de Micj Jagger et de Marianne Faithfull.. Plusieurs cinéastes font appel à ses qualités pour les bandes originales de leurs films. Surnommé Prophet pour son talent à manipuler le Prophet 5. Wally installe son propre studio et y concocte deux albums personnels : « Echoes » en 1983 et « Words of a Mountain » en 1988.
Wally et les musiciens africains
Parallèlement, Wally Badarou travaille à Londres aux côtés de, Mike Lindup, Boon & Phil Gould et de Mark King avec qui il crée Level 42, un groupe de jazz-rock : il produira en 1985 « World Machine », un album de la formation. Il passe également à Paris travaillant notamment pour Alain Chamfort sur l’album « Amour Année Zéro » dont le parolier n’est autre Serge Gainsbourg. La musique africaine fait alors son apparition sur la scène française avec l’émergence d’artistes comme Toure Kunda, Manu Dibango, Salif Keita, Mory Kante, Youssou Ndour et Fela Anikulapo Kuti : Wally Badarou se retrouve à produire l’album d’un de ses héros musicaux, « Teacher don’t teach me nonsense ».
Le Bicentenaire de la Révolution
En, 1988, alors qu’il achève son album « World of a Mountain », une oeuvre emprunte de sérénité, très classique, produit d’une digestion personnelle qui approfondit ses recherches en matière d’arrangement, il est contacté par Jean-Paul Goude qu’il a rencontré quelques années plus tôt à Nassau. Ce sera l’aventure du Bicentenaire dont Wally assure la direction musicale et les compositions. « J’articule la musique du défilé sur deux idées : la "Marche des Mille", exécutée par un millier de musiciens traditionnels accompagnés de 1600 tambours pendant la parade, et le "Prélude à la Marseillaise" interprété, avant l’hymne national Place de la Concorde, par un choeur de 300 chanteuses et chanteurs, avec les solistes de l’Ensemble Inter-Contemporain de Pierre Boulez, le tout entouré des mille traditionnels à l’arrêt. Les répétions donnent lieu à des moments inoubliables dans toute la France, à Parthenay et Marseille en particulier ». Participeront à cet évènement historique des artistes prestigieux dont le Tallahassee Marching Band, Doudou Ndiaye Rose et Jessie Norman qui devient la voix du monde en interprétant la Marseillaise.
La difficulté d’être
Installé en Normandie , Wally Badarou assure les productions des grandes pointures de la musique africaine (que Salif Keita, Wasis Diop, Youssou N’Dour, Papa Wemba) mais travaille aussi pour Carlinho Brown et Trilok Gurtu, le magicien des percussions. Partageant depuis 1998 auprès de Ernest Adjovi, l’aventure des Kora Awards, victoires de la musique continentales, Wally Badarou se tourne aujourd’hui vers le cinéma prenant depuis 2002 des cours d’art dramatique.
Et pourtant, la musique est bel et bien sa chair et sa raison de vivre comme il la définit si bien. « Il faut développer en Afrique le côté substantiel de la musique. Celle-ci n’est pas seulement un divertissement, c’est une nourriture, quelque chose dont on a besoin. La musique c’est l’art de produire des sons agréables à l’oreille. C’est cette notion subjective qui dit tout. La musique est avant tout la recherche honnête du beau, un plaisir un peun violent qui met en émoi. J’exhorte aujourd’hui mes frères africains à ne pas avoir peur de se laisser influencer car quoi qu’il arrive, on garde sa personnalité. Les Américains réussissent ça , émerveillent et séduisent le monde entier ».
par Sylvie Clerfeuille 7 mai 2007 - © Afrisson
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