“Critiques dans l'héritage politique légué par le Président Mobutu, musiciens et producteurs s'attachent pourtant à reconnaître que son soutien aux artistes fut un des rares points positifs de sa politique. ”

«~De 1965 à 1977, la musique zaïroise a connu un âge d’or et ceci grâce à la politique du président Mobutu . C’est un des rares points positifs de son héritage~». Ce constat du producteur Malambu Ma Kizola, n’est pas une exception dans le petit monde la musique zaïroise. Surnommé le Tupamaros pour sa résistance au pouvoir mobutiste (il s’enfuit aux Etats-Unis en 1979 pour éviter d’honorer une commande d’opéra à la gloire du président Mobutu), Ray Lema lui-même reconnaît la part active prise par ce dernier dans le rayonnement de la culture nationale. «~Ce mec aimait la musique et admirait les musiciens. Il a déboursé des sommes incroyables pour les aider~».

La musique, fer de lance de la politique d’authenticité

Ce goût de la culture nationale s’est forgé dès l’enfance dans ce Congo belge, où les missionnaires apprenaient aux enfants noirs à mépriser la culture de leurs parents. Inspiré par les chantres de la négritude puis par la politique de Mao Tse Toung et de Sekou Touré, le jeune chef d’état définit en 1971 sa politique culturelle en ces termes. «~L’authenticité n’est pas seulement une conscience profonde de notre propre culture mais aussi un respect pour l’héritage culturel de autres~». Sa politique visait à fondre les peuples disparates du Zaïre en une seule et même nation et utilisa la musique comme principal vecteur de communication. Pour le lancement de l’hymne national, la Zaïroise, un grand festival réunissant tous les grands noms de la musique zaïroise se tint dans le grand stade de Kinshasa. Comme beaucoup d’autres musiciens, Franco composa des titres soutenant cette politique d’authenticité dont «~Oya~» et lui même et ses musiciens vêtus de l’uniforme du MPR (le parti du président) suivait le président dans ses tournées régionales , chaque discours officiel étant suivi d’un concert au cours duquel les artistes introduisaient dans leur musique des éléments du folklore de chaque région oeuvrant ainsi à l’édification d’une musique nationale.

Patrimoine et mécénat

Ce militantisme obligé fut complété par une politique active de promotion. Le Ministère des Arts et de la Culture réalisa notamment une série d’anthologies de musique nationale réunissant des artistes de la première génération comme Wendo, D’Oliveira et Feruzi .Le Maréchal soutint également des évènements servant l’image du Zaïre à l’étranger. «~Il a donné de l’argent pour le Festival des Arts de Dakar, celui de Lagos, a aidé le Seigneur Rochereau quand il a joué à l’Olympia à Paris en 1970~», explique M. Malambu. Cet engagement personnel qui tourne au mécénat privé a bien sûr ses revers. «~Ca fonctionnait un peu comme chez les émirs , se souvient Ray Lema. On jouait pour lui sans cachet fixe puis, à la fin du concert, les « petits garçons » allaient voir leur « papa » qui leur remettait une grosse enveloppe dont le montant dépendait de l’humeur. Les artistes se bousculaient à la « cour » du président comme des courtisans. « Certains musiciens qui tenaient des journaux soutenaient la politique mobutiste ou accusaient des confrères de trahir le président~», avoue M. Malambu.

Un soutien inconditionnel des musiciens

Ces perversions d’un système trop personnel n’ont pourtant semble-il, pas pesé lourd dans l’esprit des artistes face à la contribution active du président au rayonnement de la culture nationale. «~Ce fut le premier à nous dire. « Eh les gars, à partir de maintenant, vous devez savoir que tout ce que nous avions avant était génial. Nous n’allons pas repartir vers le passé mais apprendre à nous en servir pour survivre dans la société moderne~», explique Ray Lema. «~Les artistes zaïrois ont préféré les chansons politiques aux ballades romantiques parce qu’ils voulaient refléter le Zaïre moderne confronté aux problèmes et aux souffrances d’une jeune nation du XX° siècle~», confirmait Franco dans une interview donnée à un journaliste britannique. Cette affection que nourrirent les artistes à l’égard du Maréchal (à l’exception de Kabasele et dans une certaine mesure de Rochereau) tient également à l’intérêt personnel qu’il manifesta à leur égard . «~Il avait créé une fondation « le Fonds Mobutu Sesse Seko » qui venait en aide aux malades , les soutenait matériellement, les aidait à enterrer leurs proches~»., affirme M. Malambu.

Les années Mobutu n’auront pourtant qu’un temps et quand la crise économique frappe le Zaïre dès la fin des années 1970, la politique culturelle s’en ressent. «~Les musiciens comme tout le monde ont commencé à souffrir de la baisse du pouvoir d’achat et la musique qui avait jusqu’alors servi à éveiller les consciences servit , quand la misère s’installa , à les endormir. Elle devint l’opium du peuple~», conclut le producteur zaïrois.

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Sylvie Clerfeuille

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