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Bénin et highlife, une histoire d’amour

Le Bénin (Dahomey jusqu’en 1975) a été longtemps dominé par des courants importés comme la rumba congolaise et le highlife. Si cette dépendance s’explique en partie par le dynamisme et la puissance industrielle de ses voisins, elle trouve également son fondement dans une sensibilité culturelle commune.

Au Bénin, marqué par les rythmes et danses du culte vodoun (akinta, akohoun, toba, agbotchébou, Kpanouhoun…), les Nagô développent une musique similaire au style shakara des Yorubas nigérians (ancêtre de la fuji music) tandis que les Yorubas se passionnent pour la juju. L’influence du highlife sera prépondérante à partir des années 1950 au Bénin où il est largement diffusé par Ignace de Souza dans des versions personnelles. Par ses nombreux allers-retours entre le Ghana et le Bénin, ce saxophoniste de premier plan a favorisé l’interaction musicale entre les deux pays. Celle-ci sera brutalement freinée en 1969 par l’arrivée au pouvoir au Ghana du Docteur Kofi Busia qui expulse des milliers de non ghanéens du pays.

Années 1960/1970 : influence salsa et tchink-system

Durant ces deux décennies, le pays vit sous l’influence de rythmes importés comme le tango, le boléro, la rumba cubaine, l’https://www.afrisson.com/afro-cubain-4693/ et le jazz. Pourtant, sous l’impulsion de compositeurs, arrangeurs et interprètes qui décident de chanter dans les langues du pays (le fon et le mina), la scène amorce une recherche dans les formes d’expression traditionnelle (gogbahoun, agbadja, zilin, kaka, toba, laské, téké, tipenti, tchinkounmey), styles vocaux ou rythmes à base d’instruments locaux (agogo, gota (gourde légère), tohoun (calebasse tambour d’eau) qu’intégreront dans leur musique de fusion par des artistes comme Bobo D..

En 1965, avec le tube « Oum kpé zon toé », la doyenne Edia Sophie ouvre la voie. El Rego qui fonde divers groupes (Daho Jazz, Les Jets, Los Paras, Les Commandos) et chante en fon. Guitariste et chansonnier, GG Vikey sera célébré en 1969 avec son titre « Vive les mariés ». Joseph Tao, surnommé « le miel », se fait connaître avec l’album « Gangbakoun ». Il restera avec Pascal Médagbé, décédé en 1998, l’un des grands compositeurs du Super Star de Ouidah. Quant à Clément Mélomé aka Mélo, il dirige l’Orchestre Poly Rythmo qui, comme le Black Santiago où officie le percussionniste Sagbohan Danialou, est une formation phare du pays depuis 1967 et pépinière de jeunes talents.

On trouve également Bluecky d’Almeida, Yédénou Adjahoul ou encore Anatole Alokpon, surnommé « le grand roi du tchink » (tchinkounmey), une musique métissée, électrifiée et vraiment popularisée dans les années 1970/1980 par Roger Stanislas Tohon aka Stan Tohon, surnommé « le roi du tchink-system ».

Ce adoptée par de nombreux artistes tels que Vovo Vilaup et Bobo D. Quant à Pierre Gnonnan Sossou aka Gnonnas Pedro (décédé en 2004), il fut une figure emblématique de l' »agbadja”, du “mono” du Sud-Ouest du Bénin et surtout de la salsa africaine avec son méga hit international « Yiri Yiri Boum ». Cette figure emblématique de la salsa africaine des années 1960 s’offrira une seconde carrière au sein d’Africando, un groupe panafricain afro-cubain lancé par le producteur Ibrahim Sory Sylla, fondateur du label Syllart Productions.

Années 1980/1990 : succès de la diaspora et scène nationale multi-styles

Dans les années 1980/1990, plusieurs artistes installés en Europe développent une carrière internationale : Philippe Mandounou (Philip Nikwe) fonde le groupe Alafia, expérimentant une fusion entre funk, highlife, afro-beat et rythmes du Bénin. Le pianiste et claviériste Wally Badarou se fait connaître notamment en 1985 comme membre fondateur du groupe Level 42 tandis qu’Angélique Kidjo, première diva de dimension planétaire du pays, elle s’est révélée dans les années 1990 avec son premier album « Logozo ». Le pianiste compositeur Tchangodei enregistre avec de nombreux jazzman (Steve Lacy, Archie Shepp, Louis Sclavis) et Idriss Badarou, le frère de Wally, se lance dans la variété française.

Auteur-compositeur, producteur et chanteur, Nel Oliver opte pour un style entre RnB, soul et couleurs béninoises. Propriétaire d’un studio numérique, il lance de nombreux artistes comme Madou et Rek Souza, tandis que Sagbohan Danialou revivifie le répertoire vaudou et que Kiri Kanta valorise l’art musical bariba du Nord. Quant au groupe Karavan, il propose un afro-jazz aux couleurs du folklore téké pendant que Prince Ade-Oye et Jocelyne Aladaye se spécialisent dans les rythmes yoruba et le highlife. Ebawade développe une musique de fusion tirée des rythmes « azélé », « agbadja » et « azandrozéléhoun » tandis que Gangbe Brass Band renoue avec la tradition des fanfares mêlant sources béninoises et jazz. Au milieu des années 1990, le mouvement hip hop et le rap vaudou dominent la scène avec Zulu Boys de Serge Dossou aka Bozo et Cachon Emeric aka Melky, Eric B (Eric Biaou), David Zehe aka Davetwo (Dav’2), Ishak (Laurent Tchabouey) puis Academy Rap, Cyano-Gêne, Sakpata Boys d’Olivier B, Ubano B et Ludovic B ou encore Ardiess, devenu très célèbre à partir 1997.

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Nago Seck

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