“Depuis plus de trente ans, l’équipe du festival Musiques Métisses d’Angoulême transforme en profondeur le regard d’une région, la Charente, sur un continent, l’Afrique. Plus qu’une simple rencontre musicale, cette manifestation est devenue au fil des éditions un véritable dialogue entre deux terres.”

Un travail en profondeur

En Charente, l’Afrique n’est plus comme dans d’autres régions synonyme de guerre et de famine mais bien un monde qui s’écoute, se lit, se déguste et se regarde. «~Chaque année, l’île de Bourgines où se tient le festival vit un brassage de populations que l’on ne retrouve dans aucune autre manifestation de la région, même pas durant le festival de la Bande Dessinée~», assène avec passion Christian Mousset, son directeur.

40 000 personnes chaque année

Lieu de métissage social, culturel, générationnel, Musiques Métisses attire chaque année quarante mille personnes venues écouter Youssou Ndour, les Mahotella Queens ou Habib Koïté. Le succès de cette manifestation populaire est due en grande partie à l’esprit même de son organisation, les associations de la ville animant des stands sur le site où sont exposés objets artisanaux, gâteaux et livres sur l’Afrique et les Antilles. Un salon de thé oriental, un restaurant des cuisines du monde, des pirogues sur la Charente transforment l’île le temps du festival en une véritable cité africaine tandis qu’en centre ville, espaces culturels, librairies et cafés accueillent artistes et écrivains animant débats littéraires et apéros musicaux.

Une aventure à l’année

Mais le festival n’est qu’un épisode d’une aventure qui se vit à l’année. En délocalisant les concerts et les résidences d’artistes dans les villages environnants, les quartiers périphériques et les prisons, l’ambition de Christian Mousset était de faire découvrir l’Afrique en profondeur, un objectif qu’il peut se flatter d’avoir aujourd’hui atteint. « «~Aux dernières élections, le Front National a enregistré un très faible score. Les gens ici sont très curieux des autres. Il y aujourd’hui pas mal de jumelages avec des associations d’Afrique et de Madagascar. Alors qu’au début, nous devions démarcher pour proposer nos spectacles dans les communes, aujourd’hui ce sont elles qui nous demandent des concerts et des résidences d’artistes. Neuf communautés de communes soutiennent notre action~».

Des artistes en résidence

Après des périodes de vaches maigres, Christian Mousset possède aujourd’hui un budget de 7 millions de FF (1 million d’Euros environ) et ne manque pas de reconnaissance institutionnelle (ville, Conseil Régional, divers Ministères dont celui de l’Education Nationale). «~Plus de mille enfants ont rencontré l’artiste malgache Rajery en résidence et beaucoup de gens veulent l’aider à ouvrir le lieu qu’il se propose de créer pour les personnes en difficulté

Un impact économique

Pédagogique, artistique, le festival a aussi un impact économique – les associations qui gèrent le restaurant des cuisines du monde sont aujourd’hui constituées en société et travaillent à présent à l’année – et culturel, le Musée des Beaux Arts ayant accueillli en 2001 des animations autour des marionnettes de Markala.

D’Angoulême à l’Europe

L’Afrique, Christian Mousset l’a faite vivre en Charente et l’a rêvée en Europe. En 1988, il montait avec une dizaine de programmateurs, le Forum des Festivals Européens. «~Ce réseau nous a permis de faire tourner beaucoup d’artistes mais aujourd’hui, nous sommes quarante et beaucoup ne s’intéressent pas à l’Afrique. Je me tourne aujourd’hui vers les Etats-Unis qui adorent les « guitar heroes » comme Rokya Traoré ou Djelimady Tounkara~».

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

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