“La danse égnenghe (ou mebourou) est une danse lente de la terre ékang au Cameroun. Elle servait à des réjouissances lors de cérémonies diverses telles que les mariages, récoltes, réunions inter-villages etc. La troupe se compose de chantres appelés "capels", d’instrumentistes et de danseurs. Les "capels" sont généralement au nombre de trois, mais n’excèdent pas cinq. Comme instruments, on y trouve un tambour ngom, un tambour mbeign, un tam-tam et des bikwere et gnass. Les danseurs sont mixtes et leur nombre n’est pas limité. On situe l’origine de la danse égnenghe dans les années 1940 au sud du Cameroun sans qu’on puisse réellement déterminer la période exacte, ni la raison de sa naissance.”

L’égnenghe est aussi appelé mebourou. Il s’agit généralement de chants ou récits, mimés ou non au rythme d’une musique lente (genre afro-blues). La danse quant à elle s’exécute buste incliné en avant en balançant les bras d’avant en arrière et parfois sur les côtés, ce qui rappelle les mouvements du coq. Les « capels » dansent et se déplacent librement au milieu de la troupe sans besoin de coordination tandis que les danseurs, placés de part et d’autre de la cour restent sur place en exécutant les mêmes gestes. Ce qui caractérise vraiment l’égnenghe, c’est la lenteur du rythme et des mouvements de danse. Toute la troupe peut de temps à autre exécuter un mouvement d’ensemble mais il n’y a pas de discipline particulière sur la chorégraphie. De même, un danseur peut être appelé à danser au milieu avec les « capel ».

Au début de la danse, la troupe arrive en file indienne et se positionne les uns en face des autres (généralement les hommes en face des femmes). Les musiciens se placent de façon à former un U avec les deux lignes parallèles. Le public se positionne sur le reste de la cour, face aux musiciens. Le « capel » commence par un chant de salutation, suivie de la présentation de la troupe et les positions de chacun.

Mebourou n’est pas une danse d’agitation et c’est peut-être pour cela qu’elle est assez facile à assimiler de par non seulement la simplicité de ses mouvements, mais aussi les chants dont les refrains sont assez rudimentaires. Les thèmes chantés ne revêtent pas non plus une discipline particulière. Mebourou chante de tout : la tribu, les éloges de la troupe de danse, des personnalités, l’amour, la mort, la naissance etc., en gros on y chante la vie en général. Il arrive parfois, qu’on théâtralise certaines séquences par de petits sketchs, mais toujours en chansons et en gestes. Seuls les membres de la troupe peuvent savoir à quoi obéit cette façon de faire, et le passage d’un type à l’autre se fait uniquement au gré du ou des « capels ». Ces derniers jouissent d’une grande liberté dans la création des chorégraphies et des chants d’où la disparité observée dans les différents thèmes, chants et textes.

Les « capels » ont le rôle phare et parmi eux on retrouve une mixité homme/femme. Ils dirigent les danseuses et les musiciens, composent les chants et élaborent les chorégraphies; ils procèdent aux recrutements et à la formation des danseurs. Les « capels » sont aussi hiérarchisés de façon à ce que ce soit le « capel » en chef qui est le chantre principal de la troupe. C’est ce dernier qui enseigne généralement la danse et consacre les autres « capels » (ne peut être « capel » qu’une personne qui excelle dans la danse). La danse égnenghe admet aussi la présence d’un contrôleur appelé “commissaire”. C’est lui qui est chargé de la discipline au sein de la troupe. Ce commissaire porte une tenue quasi-militaire. Il veille à la bonne tenue de la troupe lors des prestations. Nous observons dans la plupart des danses ékang une fréquence de la militarisation. On peut aisément soupçonner que cela vient du fait qu’ils soient un peuple guerrier.

Les descriptions faites plus haut nous rappellent en certains points la danse « agneng », danse ékang exécutée dans les églises protestantes. On est libre de croire que c’est Mebourou qui pourrait lui avoir donné naissance autant qu’on est tout de même désolée d’observer la disparition de la scène musicale ékang de la danse égnenghe, par le fait que les jeunes ne s’en sont pas intéressés. Nous formulons cependant le vœu que cette danse reste dans les mémoires de ceux qui l’ont connue, mais aussi qu’elle soit pour la jeunesse une source de curiosité.

*Source : https://www.facebook.com/

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Nago Seck

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