“Au mois d’août 2001, à Brazzaville, dans le cadre du festival panafricain de la musique a été évoqué le projet d’un musée panafricain de la musique. ”

Entre recherche, documentation et collecte d’instruments, cette initiative conjointe de l’Unesco, de l’OUA et d’organismes tels que le CIM et le CICIBA vient de trouver son site. « L’idée d’un musée panafricain de la musique s’est décidé en 1996, à l’occasion du premier FESPAM », explique Ousmane Sow Huchard, chargé par l’UNESCO de l’étude de faisabilité de ce qui constitue une grande première dans l’histoire de l’Afrique.

L’OUA et le Congo

Dans l’édification de cette œuvre ambitieuse, l’Organisation de l’Unité africaine a joué un rôle fondamental. Quand elle lance l’idée d’une manifestation panafricaine dans l’esprit du Festival d’Alger de 1969, le Congo Brazzaville se positionne. Il sera officiellement mandaté en 1996 pour accueillir la manifestation. Mais l’idée germe alors de proposer une structure permanente, forme de centre de recherche et de collectage d’archives et d’instruments qui pérennise la création musicale du continent dans son ensemble, traditionnelle comme contemporaine. Le projet d’un musée panafricain de la musique est né.

Président du Conseil scientifique de la Biennale des Arts de Dakar jusqu’en 1999, Soleya Mama est alors mandaté par l’UNESCO pour faire l’étude de faisabilité de cette institution dénommée « Musée panafricain de la Musique et des instruments ». « Le comité de direction du Musée est composé des ministres de la culture des deux Congos, de Marcel Diouf, Directeur de la Section culture de l’OUA et de M. Lipuashi Muyemba représentant de l’Unesco à Luanda sans oublier M. Adepoyapo, conseiller au CIM (Comité International de la musique) et de membres du Ciciba (Centre International des Civilisations Bantous) », explique Ousmane Sow Huchard.

Recherche et conservation

Le futur musée comportera trois départements, un centre de documentation écrite, sonore et visuelle sur les musiques traditionnelles, modernes et de la diaspora, un centre de recherche musicologique et un centre de conservation comportant des ateliers permettant la restauration, l’entretien et la fabrication d’instruments.

La mission que mène Ousmane Sow Huchard en juin 2000 est de plusieurs ordres : il est notamment chargé d’aider les autorités du FESPAM à identifier, sélectionner et programmer la formation et le perfectionnement des ressources humaines nécessaires au bon fonctionnement du Musée. Il doit également organiser et coordonner les missions de collecte d’instruments, superviser la documentation, la classification, la mise en réserve et la conservation des instruments de musique et des données. Il doit également proposer à des fins d’acquisition ou d’abonnement pour la bibliothèque du futur musée, une liste d’ouvrages généraux et de revues de référence sur la musique et tous les domaines touchées de près ou de loin par la musique. Il doit enfin dresser une liste des chercheurs et des institutions ayant une relation avec l’enseignement de la musique ou possédant des collections d’instruments.

Une structure pavillonnaire

« Au cours de ce voyage d’étude, explique Ousmane Sow Huchard, Jean-Paul Aka, l’architecte en charge du projet et moi-même nous sommes en premier lieu attachés à repérer un site à Brazzaville. Il nous fallait régler les problèmes de budget, de cadastre et de gestion. Le terrain choisi fait 8 hectares. Nous avons proposé l’idée d’un musée de style pavillonnaire qui représenterait la carte de l’Afrique. Chaque pavillon figurerait un pays, les frontières seraient représentées par des murs végétaux entre lesquels on pourrait circuler à pied, une promenade ludique en quelque sorte. Sur le plan de la gestion, cette structure pavillonnaire présente beaucoup d’avantages. Chaque pays serait responsable de la construction de son pavillon qui comporterait une salle d’exposition et un bureau. Il devrait commettre un musicologue, un architecte, collecter les instruments, assurer la gestion de son pavillon ».

Reste bien sûr le problème des bâtiments collectifs comme l’Amphithéâtre et le Centre de Ressources. « Notre principal souci est la gestion des archives car il existe des droits de propriété sur celles ci. Nous avons proposé qu’elle soit assuré par la section culturelle de l’OUA ».

La maquette est déjà prête. Reste aujourd’hui la volonté de mener à bien le projet et de réunir les moyens pour une idée ambitieuse mais combien fondamentale pour l’Afrique et l’histoire musicale du XX° siècle.

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

Sylvie Clerfeuille