Sylvie Clerfeuille : C’est sympa de vous voir même si c’est par visio, c’est un contact humain au moins. Bonjour Made, comment vas tu ?

Made : Très bien, merci. Enchanté.

SC  : Enchantée également. Nous parlions avec ton père car nous avons, Nago Seck et moi-même, une longue histoire avec votre famille. En 1986, nous participions  à la campagne de libération de ton grand-père et en 1999, Nago présidait le jury de présélection des  Koras Awards en Afrique du sud. Nelson Mandela était là, Michael Jackson, Miriam Makeba… c’est une longue histoire. C’était la première fois que ton père jouait en Afrique du sud et c’était très symbolique car ça signait  la fin de l’apartheid. Les sud-africains l’attendaient car Fela n’avait pas été autorisé à jouer pendant l’apartheid. C’était un grand moment de liberté.  Qu’est ce que tu penses Femi ?

                               

Femi : Oui tout à fait, à Sun City, c’était une nuit incroyable, fantastique.

SC : Nous allons parler de l’héritage musical et de l’héritage politique. Ce mot d’héritage est central  pour moi. Il y a 4 générations de musiciens dans votre famille. Le Révérend Canon Ransome Kuti, compositeur de musique chrétienne. Est-ce qu’il représente un héritage pour vous Femi ?

Femi : Notre héritage musical remonte à 7 générations.

SC : Il y avait donc des musiciens avant le Révérend Ransome Kuti ?

Femi : Oui, le premier était chasseur, musicien. Et puis il y a eu Youssou qui a joué pour le roi, puis mon arrière grand-père, mon grand-père et mon père. Moi et mon fils.

Josiah Ransome Kuti

SC: Je ne savais pas qu’il y avait 7 générations, on ne nous parle que des trois dernières.

Femi : L’arrière grand-père fut le premier ouest africain à enregistrer pour la BBC. C’était un compositeur. JJ Ransome Kuti

SC : Comment vivez vous cet héritage et comment le définissez-vous, quel est votre rôle dans cet héritage , qu’est ce qu’il représente pour vous deux ?

Femi : J’essaye d’être moi-même, d’être honnête avec moi-même, loyal à moi-même. C’est un héritage très important mais je ne le laisse pas me définir. J’essaye de trouver un équilibre dans ma vie. Je me concentre sur mon œuvre pour produire un travail de la meilleure qualité possible. Je pense à ma famille. Je comprends que chaque génération a son rôle à jouer. Il est très important pour moi de savoir ce qu’ils ont fait. Et de capitaliser positivement sur cela, de me préparer moi-même aussi. Je me concentre sur mon travail, ma famille, pour être un bon parent. C’est le plus vital pour moi.

SC : Et toi Made, comment vois tu cet héritage et où te situes tu dans cet héritage ?

Made : J’ai découvert ce que cet héritage signifiait seulement à l’adolescence. Quand j’étais enfant, la seule chose que je comprenais c’est que mon père attirait entre 2000 et 5000 personnes 4 fois par semaine au Shrine par sa musique. Ce n’était pas la musique que j’entendais à la radio, c’était une musique qui me paraissait très consciente. Mes amis ne savaient pas tout ça parce qu’ils n’étaient pas exposés à cette musique à moins de venir au Shrine. Les plateformes de streaming n’existaient pas à cette époque comme elles existent maintenant. En fait, j’ai eu la chance que cet héritage soit en adéquation avec l’homme que j’essayais de devenir à cette période. Je me concentrais beaucoup sur mes valeurs, mon éthique, sur ce sur quoi je voulais porter mon attention, ce que je décidais de rejeter, ce qui avait ou non une vraie valeur pour moi. Et avec ma propre expérience, je me suis construit moi-même

 

SC  Tu dis avoir été influencé par la scène jazz londonienne, notamment Kokoroko, Ezra Collective… cela t’a apporté quelque chose de nouveau ?

Made : Oui ! Quand j’ai enfin décidé… enfin non, il n’y a pas eu un moment particulier, j’ai toujours su que je voulais faire quelque chose de particulier dans la musique, quelque chose de spécial pour moi, qui me serait propre. Parce que la musique, c’est quelque chose qui doit être créatif, individuel, et artistique. C’est d’abord la musique de mon père qui m’a enseigné l’originalité car même petit je voyais bien la différence entre sa musique et celle de Fela. Et c’est quand j’ai rencontré mon prof de piano, quand j’ai commencé mes études au conservatoire Trinity, que j’ai découvert toute la musique classique occidentale et son histoire, ce qui était nouveau pour moi. Et puis l’histoire du jazz, et comme vous le mentionnez, cette scène jazz moderne undergound avec Kokoroko, Femi Koleoso, Ezra Collective, Sons of Kemet. Tout ça a influencé mes goûts musicaux. Et quelque part, lors de ce cheminement, ma vie s’est raccordée à mon héritage, que ce soit sur le plan politique ou musical. Je n’ai pas choisi.

Fumilayo Ransome Kuti

SC : J’allais justement parler de l’héritage politique. Quatre générations de militants politiques dont la grand-mère, Fumilayo, militante féministe et nationaliste. Comment vivez-vous cet héritage politique ?

Femi :

On ne doit pas oublier mon grand-père. Il était aussi très politique. Ce n’est pas parce qu’il était un missionnaire chrétien qu’il ne pouvait pas être au premier plan. Il soutenait beaucoup sa femme. Il était très populaire, très strict, tout le monde le savait. En raison de son statut dans la religion chrétienne, il ne pouvait pas être vu sur le devant de la scène. Il mettait toujours sa femme en avant et la soutenait dans ses ambitions politiques. Et puis évidemment, mon père. C’était… c’est probablement ma vie, j’étais là au début quand mon père était pauvre, quand la police le harcelait, comment il était persécuté , son courage, mes traumatismes. C’est la vie de la famille Kuti. Quand je suis parti pour faire ma propre musique, je ne pouvais pas y échapper parce que j’étais au milieu de  cette ébullition  politique. J’ai compris que je n’avais que cette vie pour exprimer ce que j’avais à exprimer. Ma conscience de l’humanité est la définition de cet héritage.

SC : Made, comment définirais tu  ton engagement politique ? Différent de celui de ton père et de ton grand père ? Propre à une autre génération ?

 

Made : J’étais très politisé depuis mon jeune âge, parce que je discutais beaucoup avec mon père de la question de l’équilibre de la société. Je cherchais à comprendre pourquoi il y avait des inégalités, pourquoi les gens n’avaient pas accès aux mêmes opportunités. Beaucoup de mes amis sont issus de la classe populaire, et je ne comprenais pas pourquoi ils n’avaient pas les mêmes chances que mes amis plus riches. Mon père m’a expliqué les notions d’inégalité, d’injustice, de corruption, et j’ai fait beaucoup de recherches par moi-même. J’ai lu beaucoup de livres, l’autobiographie de Malcom X,  Scramble for Africa,  School of Legacy. J’ai donc découvert alors que j’étais un citoyen conscient. Je n’aimais pas comment les choses étaient, et je voulais contribuer à rendre le monde meilleur. Et si ça voulait dire utiliser ma musique comme un outil pacifique pour communiquer mon message et mes idées, c’était donc ce que j’allais faire.

 

 

SC : Femi, tu as sorti un nouveau titre, « As We Struggle Everyday ». Quel est la signification de ce titre ?

Femi : Il nous dit où nous sommes politiquement. Les gens travaillent très dur, les gens de ce pays travaillent extrêmement dur pour survivre. Quand les élections arrivent, ils votent pour les mêmes gens corrompus, et c’est très dur à digérer pour moi. Fela a été totalement opposé à Obasanjo et les gens ont tout de même continué à voter pour lui, à deux reprises. Et après les gens se sont plaints. Quand le gouvernement est mauvais, les gens  commencent à se plaindre, mais ils font toujours les mêmes erreurs. Je chante seulement sur cette histoire, sur le fait que les gens continuent de voter pour les mêmes gens qui devraient être en prison. Et nous perpétuons ce cercle vicieux. Ce morceau est là pour nous faire réfléchir afin que nous ne répétions pas les mêmes erreurs. Ce morceau est une forme de “somalisation” de nos vies.

SC : Il y a deux ans, tu as sorti l’album « One People One World » et maintenant « Stop the Hate ». Il y a un fossé entre ces deux titres, d’abord le rêve d’unité et maintenant arrêtons la haine. Est ce l’expression d’un état dépressif ?

Femi : Je pense que je suis très optimiste. Nous sommes probablement engagés dans un grand combat. Si l’on permet à la haine et l’injustice de montrer leurs têtes, elles engendreront toujours des atrocités dont nous mettrons longtemps à nous sortir. Chaque album correspond à un état d’esprit ou un sujet auquel je veux apporter ma contribution. A l’époque de « One People One World », il me semblait qu’il y avait beaucoup de divisions. Cet album était là pour dire que nous devons travailler ensemble, pour comprendre que cette planète est une grande maison et que nous sommes tous des citoyens de cette maison. Si nous ne nous unissons pas, cette maison va s’écrouler. Aussi, il est important pour nous de partager des idées, une culture et d’être une grande famille. Ce devrait être un grand festival. De cette période à aujourd’hui, j’ai vu tellement de haine , d’injustice… C’est vraiment triste quand tu vois la crise des migrants, le racisme, le degré de pauvreté, les gens ne semblent plus se préoccuper de leurs voisins. Donc “arrêtez la haine” est une déclaration importante, il faut la stopper maintenant .

SC : Made, ton album s’appelle “For(e)ward”, une célébration de la liberté. Peux-tu expliquer le terme “For(e)ward en deux mots ?

 

Made : “For(e)ward”, a un double sens. Ça veut dire avancer, progresser  tout en sachant là d’où nous venons, là où nous sommes. Nous devons désormais être optimistes quant à nos entreprises futures, afin de réaliser nos ambitions. Et “foreword” (avant-propos) car c’est ma première réalisation dans l’industrie. C’est mon introduction dans l’industrie.

SC : Tu composes, tu arranges et tu joues tous les instruments ? Pourquoi ce choix plutôt que de travailler avec des musiciens dans des sessions d’enregistrement ?

Femi : Parce qu’il est fou !

Made :  Je pratiquais beaucoup quand je suis revenu de l’université en 2018. Je pratiquais cinq instruments tous les jours et je composais l’album en même temps. Là je me suis dit “mais attends, en fait je peux jouer ce que je compose”. Donc je composais et j’apprenais à jouer les morceaux en même temps. Je voulais tout faire moi-même, c’était la meilleure façon de communiquer mon message. C’est quelque chose de très personnel puisque c’est ma première œuvre.

SC : Donc tu t’assures que ton message reste intact en jouant toi-même. Et tu ne penses pas que des musiciens pourraient t’apporter quelque chose de différent, en ayant un échange avec eux ?

Made : C’est quelque chose qui se produit lorsque je joue en live, en concert. Nous venons de répéter avec le groupe aujourd’hui, nous étions 9 ou 10, et la musique était fantastique. Cet album en particulier, je voulais que ce soit plus personnel. Je voulais faire sentir à mon public que c’était quelque chose d’intime.

SC :  Tu as enregistré à Lagos ?

Made : Non à Paris en 16 jours et mon père enregistrait également quelque part en France.

SC : Ah, je ne savais pas. Où exactement à Paris ? Nous avons besoin de savoir !

Made : Au studio Zarma

Femi : C’est à Châtelet. Moi j’étais quelque part en dehors de Paris, je ne me rappelle pas du nom du studio ni de l’endroit exact. Mais j’ai fini au studio de mon producteur, le studio Zarma à Châtelet.

SC : Et tu as enregistré avec des musiciens de Paris ou bien avec tes musiciens ?

Femi : Sur cet album j’ai enregistré avec mes musiciens. Seulement mes musiciens et mon fils. Made a joué sur mon album bien sûr. C’était aussi très important pour moi.

SC :  Il y a une nouvelle scène musicale au Nigeria aujourd’hui, plus commerciale, moins politique. Wizkid, Don Jazzy, Davido par exemple. Que pensez-vous tous les deux de cette évolution de la scène musicale nigériane ?

Femi : C ’est leur style, ce n’est pas ce que je veux faire. J’aime certaines des choses qu’ils font mais ce n’est pas ce que je veux faire. On peut voir les choses de la manière suivante : on a tous le droit à notre propre espace. Tout le monde ne peut pas être politique. Être politique est une décision très personnelle, il faut y réfléchir. Quand tu es politique comme Fela, ou moi, ou mon frère, ou ce que Made souhaite faire, tu dois comprendre que tu ne feras sûrement pas d’argent. Tu n’auras pas les multinationales pour te soutenir, il y aura beaucoup d’obstacles sur ton chemin, la vie ne sera pas rose, mais c’est une décision que tu dois prendre toi-même. Personne ne peut te forcer. Mon père ne m’a pas dit que je devais être politique. C’est quelque chose que j’ai choisi de faire. Je ne vais pas dire à Made « tu dois être politique ». C’est quelque chose qu’il doit sentir. Parce que cela sera son combat dans toute sa vie, sans doute sa mission, la façon dont il approche la vie. Quant à moi, je ne dis pas qu’une histoire d’amour n’est pas plus importante que de parler d’unité, de haine, d’injustice, de corruption, de fraternité. D’un autre côté, si Stevie Wonder n’avait pas composé «I Just Call to Say I Love You », nous serions probablement en train de nous tuer les uns les autres, donc c’est aussi politique dans un sens. C’est pourquoi, je dis que chacun fait ce qu’il a à faire.

SC : Made, que penses-tu de cette nouvelle génération de musiciens, c’est ta génération. Que penses-tu de leurs choix musicaux, de leurs valeurs, de ce qu’ils montrent de l’Afrique, l’image de l’Afrique qu’ils donnent à travers le monde, différente de celle véhiculée par toi, Fela, Femi, et ta famille ?

Made : Je pense qu’il doit y avoir un équilibre dans toute chose. Quand j’étais au conservatoire Trinity, il était évident pour moi que le niveau professionnel et la formation des musiciens à Londres n’avait rien à voir avec celle  des musiciens au Nigeria. Il y a cinq différents conservatoires au Royaume Uni, très académiques, où l’on pratique beaucoup, avec un enseignement de haut niveau. Il y a des musiciens très talentueux, des milliers qui diplôment chaque année. Au Nigeria, à partir du lycée, on nous apprend que la voie artistique ne permet pas de gagner de l’argent et que personne ne devrait s’y intéresser. Je n’aurais donc même pas pu apprendre la musique à l’école au Nigeria, mais ce n’est pas le sujet. La seule chose à laquelle je pouvais participer et être créatif, c’était les arts visuels. Et même là, dans ces formations, on ne prenait pas les choses au sérieux. Aussi, ma génération au Nigeria est le produit d’une éducation. Les gens ont priorisé la musique nigériane qui devait être exportée. Tous les Wizkid, Burna Boy, Davido, ont de bonnes oreilles, ils ont un don pour la musique, pour la mélodie, pour la scène, ce sont de grands showmen. Cependant, il y a un déséquilibre dans la musicalité par rapport aux gens qui connaissent le solfège, qui font de l’expérimentation, les gens qui accordent de l’importance aux détails dans la musique, dans les harmonies. La pratique, le côté fastidieux, répétitif pour atteindre un haut niveau musical. Très peu de gens choisissent cette voie. Et c’est parce que l’on nous enseigne que la musique ne doit pas être quelque chose de qualitatif. Que ce n’est pas important. Heureusement, dans les prochaines années , nous verrons un changement dans cette façon de pensée. L’industrie musicale commence à produire plus de musiciens, qui sont plus intéressés par cette musicalité. Vous avez peut-être entendu parler de musiciens comme The Caveman, Bez, Asa, Nneka. Eux tous se battent, ou plutôt communiquent leur message en restant à l’écart de l’industrie. Il n’y a pas beaucoup de soutien au niveau international  pour la musique que nous jouons. Et encore moins pour la musique politique que nous jouons, moi et mon père. Il devrait y avoir un équilibre mais en fait c’est un grand déséquilibre.

SC : Il y a deux mondes et un vrai fossé entre les deux.

Made : Comme mon père l’a dit, ce n’est pas le même univers.

Sc : Comment es tu perçu au Nigéria ?

Made : J’ai une petite base de fans intéressée par ma musique. Beaucoup de gens ont aimé mon single “Free Your Mind”, beaucoup sont impressionnés par mon single. Beaucoup de gens qui connaissent la musique de Fela et de mon père l’ont vraiment bien aimé. Simplement des gens qui ont été déstabilisés par le nombre d’instruments, parce qu’ils n’ont pas l’habitude d’une telle densité dans la musique. Donc il y a un peu de tout, mais ça a été bien reçu !

S.C. Cette question est la dernière et sera ma conclusion. Parlons de la covid car c’est le problème du moment, et c’est un problème mondial. La pandémie a isolé les gens dans le monde entier. Quelle est la situation au Nigeria pour la population et pour les musiciens qui ne peuvent pas jouer ? Pour la scène ?

Femi : Terriblement difficile. Le Shrine est fermé depuis un an. C’est difficile de payer les salaires des musiciens et du personnel. C’est très difficile pour tellement de gens. Je suis sûr que vous vous rappelez, durant les manifestations contre le SARS (Special Anti-Robbery Squad), contre les violences policières, des marchandises envoyées d’Europe étaient stockées dans des entrepôts.   Les gens l’ont découvert mais les politiciens refusaient de distribuer cette nourriture, les gens mouraient de faim. Les gens souffrent, c’est très déprimant. Nous avons tant de morts en dehors du Nigeria , les gens ont perdu des proches. Quand j’entends ce qui se passe en France, en Angleterre… Nous sommes dans un état dépressif. Je voudrais présenter mes condoléances à tous ceux qui ont perdu des proches. Je prie pour que nous puissions surmonter rapidement cette pandémie, revenir à nos vies et même si nous y arrivons, nous devons penser à tous ceux qui ont perdu des proches en ces temps. Je sais ce que ça signifie de perdre un proche. On ne peut même pas décrire les difficultés que les gens traversent en ce moment. Malheureusement, même avec le vaccin je ne vois pas la fin du tunnel encore. L’année dernière, nous avons eu 4 tournées internationales annulées. Heureusement, nous avons de quoi tenir quelques mois mais  notre argent se trouve encore entre les mains des compagnies aériennes. Cet argent est juste en suspens, l’argent de mon producteur… je pourrais continuer mais ça c’est à titre personnel. Sinon je pense à ceux qui ont du mal à nourrir leur famille, c’est très déprimant.

SC: Vous ne pouvez pas vous produire, n’est-ce pas ?

Femi : Non, nous n’avons pas le droit de nous produire.

Sc : Made , comment vois tu la situation, est-ce que c’est comme au Sénégal ? Les musiciens qui protestent et disent nous voulons jouer avec les mesures de sécurité car c’est notre seul revenu ?

Made : Il y a des musiciens qui ne respectent pas la loi. Ils donnent des concerts clandestins. Certaines personnes organisent des soirées secrètes. Beaucoup de gens ont été arrêtés pour ça. Et parce que le Shrine est un lieu de liberté, d’opposition au gouvernement, anti-corruption et anti-gouvernemental, c’est très dangereux pour nous de prendre les mêmes risques que certains autres lieux ont pris. Par exemple, si le Shrine n’obéit pas à la loi, pour le moindre prétexte, nous risquons une fermeture définitive. Il est dur de mettre en balance ton expérience personnelle avec ce qui se passe dans le reste du monde. Des centaines de milliers de personnes sont mortes à cause du Covid-19. Beaucoup sont morts à cause d’une mauvaise politique, d’ un mauvais gouvernement, de mauvais politiciens. Et si j’étais vraiment égoïste, je dirais que c’est la pire des choses pour moi de sortir mon premier projet à ce moment-là. Mon groupe répète mais nous n’avons pas le droit de jouer, et l’afrobeat c’est toujours spécial en concert. Je ne suis pas heureux mais je sais qu’il y a trop de souffrance pour faire une affaire personnelle de ce que nous vivons. Je prie pour que le monde survive, que nous trouvions un bon vaccin et que nous puissions revenir le plus vite possible à la normale. Les musiciens vivent des moments très difficiles en ce moment à Lagos.

SC : Le mot de la fin, quelles perspectives, la musique est toujours l’arme du futur ? Comment vois-tu l’avenir ?

Femi : J’espère que cet album apportera du réconfort aux gens, que cela amènera  de l’amour dans leurs maisons. Je pense que c’est un grand album, il faut écouter tous les titres.  Alors… écoutez tous cet album !

SC : Merci beaucoup, à tous les deux ! J’espère que les choses vont s’améliorer et qu’on aura l’occasion de vous voir à Paris ou ailleurs quand ça redeviendra possible.

 

Retrouvez la playlist Special Kuti 

 

 

 

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Sylvie Clerfeuille

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