Titres : 
01. Luvumbu Ndoki - 5:23
02. Ebale Ya Zaïre - 6:13
03. Testament ya Bowule - 6:20
04. Mario - 7:45
05. Kinsiona - 5:57
06. Liberté - 8:54
07. Nani apedalaki te - 4:12
08. Nakoma Mbanda - 7:00
09. Chérie Bpondowe - 7:56”

 

 

Sorti le 20 juin 2020, le nouvel album  de Ray Lema , « On entre KO, on sort OK » en référence au fameux club de Kinshasa,  revisite l’héritage de Franco , le grand maître de la rumba congolaise.  Pour Ray Lema, artiste éclectique de formation classique,  cet album live enregistré à Kinshasa  est une plongée dans les émotions de son enfance mais également une occasion de redonner un coup de jeune à l’héritage de Luambo Makiadi surnommé « le sorcier de la guitare ».  Rencontre

 

 

Photo : Thomas Freteur

 

S.C:  Pourquoi , Ray, tout d’un coup, cet hommage à Franco, vous qui vous êtes toujours défini comme un artiste international, aux multiples rencontres musicales allant des voix bulgares au jazz en passant par les musiques gnawa et le classique ?

 

Ray Lema :  Cet album est une commande de Stéphanie Suffren, la directrice du festival Jazz Kif à Kinshasa. Elle nous a sollicité, Lokua Kanza et moi-même , pour un hommage à des grands noms de la rumba congolaise. Lokua Kanza a choisi Papa Wemba qui est plus de sa génération et moi, j’ai opté pour Franco. Longtemps, c’est vrai , au pays, on m’a reproché de jouer une musique pour les blancs mais Franco, c’est toute mon enfance. Franco représente pour moi la dimension populaire de la rumba congolaise contrairement à Joseph Kabasele qui attirait un public plus intellectuel. Quand j’étais môme, on me disait, ne vas pas écouter ce voyou là. C’était un gars sans instruction qui était proche du peuple mais il y avait surtout ce sublime jeu de guitare, très mélodique, cet ostinato (répétition d’une formule rythmique). C’était vraiment le roi du sébène (longue exécution de la guitare en introduction des titres de rumba congolaise)

 

 

S.C: Justement, contrairement aux musiciens des années 1960/1970, vous changez la formule orchestrale, une section de cuivres dirigé par le magique  cubain Irving Acao, des complices de longue date comme Freddy Massamba et Ballou Canta aux voix, une rythmique construite par le bassiste Michel Alibo et le batteur Dharil Denguemo et, par contre, une seule guitare assurée par le jeune Rodriguez Vangama, qui donne au sébène des couleurs jazzy.  Pourquoi ce choix ?

 

R.L. Je ne voulais pas des guitares qui se répondent. Cette surreprésentation des guitares dans la rumba me gonfle en fait. Je voulais établir un dialogue  guitare/clavier, moderniser le concept. Rodriguez Vangama qui a cette sensibilité jazz/blues donne une autre dimension au sébène. Et puis, aujourd’hui, j’ai besoin des complices de toujours (Ballou Canta et Freddy Massamba avec qui j’ai enregistré l’album  « Nzimbu » en 2013 ) mais aussi d’une jeune génération de musiciens qui me transmettent leur enthousiasme , leur énergie, me font aller de l’avant.

 

Photo : Thomas Freteur

S.C. Vous avez choisi des titres de Franco composés à différentes époques de sa carrière : « Mario », le grand tube de Franco, qui date de 1985 et évoque le quotidien d’un gigolo mais aussi des titres plus anciens,  « Nani Apedakali Te » composé en 1962  qui parle de  la passion du cyclisme au Congo et  réunissait des artistes comme Vicky Longomba, Munsi Kwamy et Edo Nganga, le fondateur des Bantous de la Capitale . On trouve aussi le très nostalgique  « Kinsiona » (tristesse) de 1972 qui retrace la mort tragique de Bavon Marie Marie survenue  après une dispute avec Franco, son frère,   et dont les paroles ont été écrites par le poète Simaro Lutumba. Enfin, il y a le tube  « Chérie Bondowe » de 1975 qui fit scandale à l’époque car il donnait la parole à une prostituée.  Quand on sait que Franco a sorti une multitude  d’albums et produit, dit-on, plus de mille titres, comment s’est fait le choix de ces 9 titres ?

 

R.L. J’ai fait appel à des personnes de différentes générations, des anciens, comme des jeunes, pour avoir la sensibilité d’un spectre large de la population congolaise. Je voulais avoir un florilège et que ça parle à la nouvelle génération. Quand on a joué à Kinshasa , au festival Jazz Kif, le public était très jeune et c’était vraiment une belle expérience pour moi et mes musiciens. J’ai toujours aimé la rumba, sa dimension mélodique, et si  j’ai une sensibilité jazz et classique, j’ai toujours mis cette couleur dans ma musique. Il ne faut pas oublier que j’ai été le directeur du Ballet National dans les années 1970 et que j’ai exploré de nombreuses facettes du patrimoine congolais.

 

S.C. Comment voyez-vous la scène congolaise aujourd’hui ?

R.L. Sinistrée. Il n’y a plus de paroliers, plus de mélodistes. Aujourd’hui, c’est le règne des mapangas, des louanges adressées aux gens qui vous paient. C’est une musique pour ambiancer.  Il y a bien une jeunesse qui essaye de faire autre chose mais la situation est tellement chaotique à Kinshasa.  Dans cette ville tentaculaire qui fait 18 millions d’habitants,  une ville sans infrastructures, le problème majeur, c’est la survie.

 

S.C. Quels sont vos prochains projets ?

R.L. Depuis trois ans,  Je tourne avec mon vieux complice de 25 ans, le pianiste  Laurent  De Wilde. On a enregistré ensemble l’album « Riddles »  en 2016. C’est un concept très original et rare,  le dialogue entre  deux pianistes, un processus complexe de création à quatre mains, une forme de tour du monde musical.

 

[fr]

 

CD : Ray Lema : Hommage à Franco – On entre KO – On sort OK

Sortie le 20 juin 2020.

Distribution : One Drop / L’autre Distribution

Retrouvez les titres de l’album

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

Sylvie Clerfeuille