“Une voix mélancolique et aigüe, un attachement à la culture bantoue et un look de sapeur font de Papa Wemba une des stars de la rumba et du soukouss congolais. Cet artiste né le 14 juin 1949 à Lubefu dans le Sankuru, province du Kasaï-oriental dans l'actuelle République Démocratique du Congo est surnommé "le chef de la tribu rumba-rock". Son tube "Analengo", vendu à plus 60.000 exemplaires, fera le tour de l'Afrique en 1980... Papa Wemba disparaît dans le dimanche 24 avril 2016 à l'aube, suite à un malaise survenu sur scène à Abidjan (Côte d’Ivoire) où il participait au Femua (Festival des Musiques Urbaines d'Anoumabo). ”

Zaïko Langa Langa

Très jeune, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba marqué par les chants de pleureuse de sa mère, sollicitée dans les funérailles, est surnommé « le petit rossignol ». Les gens de son quartier sont en effet émerveillés par sa voix fine qui fait sensation au sein de la chorale de l’église Saint Joseph. Il y a déjà dans son jeu vocal une forte présence d’harmonies mineures comme dans celle d’Otis Redding, son idole.

En 1966, au décès de son père, il se lance dans la carrière musicale. Kinshasa est alors bercée par les derniers accents de la rumba classique tandis qu’une nouvelle génération de musiciens fait son apparition. Le groupe phare de cette vague est Zaïko Langa Langa, qu’il a créé avec Manuaku Waku, Nyoka Longo Jossart et Evoloko Joker. Lieu de rencontres des jeunes de toutes les régions du pays, le groupe qui accélère le rythme de la rumba et délaisse les instruments à vent pour la batterie et les guitares séduit tout le pays avec plusieurs tubes (« Mété la verité », « Chouchouna », « Eluzam », « Mbeya Mbeya »). Papa Wemba y restera quatre ans, sa voix mélancolique et profonde faisant son chemin à Bakongo, Bel Guide et Matongue, les quartiers de la ville.

Viva la Musica et la Sape

En décembre 1974, Papa Wemba quitte le Zaïko Langa-Langa et crée successivement deux groupes : Isifi Lokole avec Evoloko Joker, Mavuela et Bozi Boziana puis Yoka Lokole, rejoint par Mbuta Mashakado. il innove alors en introduisant les sonorités du tambour lokolé dans sa musique.

Papa Wemba chante ensuite dans l’Afrisa International de Tabu Ley Rochereau avant de créer en 1976, sa propre formation, Viva la Musica. Par son look, il représente pour la jeunesse de son pays, un symbole de rébellion à l’autorité, lançant une nouvelle mode, la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), dont les extravagances inspireront de grands couturiers occidentaux. Sa musique affiche elle-aussi des accents nouveaux. Viva la Musica ne renie pas la rumba dominée par les lignes de chœurs mais affirme surtout par le chant son attachement à la tradition bantoue (le chant alterné typique de la forêt équatoriale dans lequel la voix se place une gamme au-dessus de la tierce). A la ligne de chœurs classique, la formation préfère un dialogue entre lead vocal et backline.

Sa seconde originalité se manifeste par le choix des instruments dont le lokolé, un grand tambour du Kasaï, l’ondolé, le tambour des griots mais aussi dans une danse appelée « yuca », symbole de l’accord cosmique de l’homme avec les forces de la nature. En 1980, il fait le tour de l’Afrique avec son tube « Analengo » vendu à plus 60.000 exemplaires.

La vie est belle

En 1983, il enregistre avec Hector Zazou « Malimba », une première tentative de fusion entre rumba congolaise et sonorités synthétiques. Partagé entre Paris et Kinshasa où il impose son soukouss new wave, Il réalise bientôt une partie de la bande originale du film « Black Mic Mac ». En 1986, il s’installe en France, sort les albums « Siku Ya Mungu » et « L’esclave », puis devient en 1987 la vedette du film « La vie est belle », sa propre histoire. En 1988, il sort l’album éponyme « Papa Wemba » réalisé par Martin Meissonnier et distribué par Emi France. Ensuite, il tourne au Japon où il enregistre un album live « Au Japon » sorti en 1989, l’année où il sillonne les Etats-Unis avec la revue africaine « Africa Oyé ».

Maria Valencia

En 1992, Papa Wemba rencontre Peter Gabriel qui le prend en première partie de ses tournées et produit trois albums sous le label Real world : « Le Voyageur » (deux des titres de cet album, le sublime « Maria Valencia » et « Le Voyageur » seront choisis en 1999 par le réalisateur italien Bernardo Bertolucci pour la bande originale du film, « Paradiso e inferno », « Emotion » qui connaît un succès planétaire puis « Molokai ».

Collaborations

L’année 1996 voit son duo avec l’autre star congolaise, Koffi Olomidé, dans l’album « Wake up », la sortie de « Pole Position » très ouvertement soukouss puis l’enregistrement en 1997 de « So why ? », avec Youssou Ndour, Lourdes Van Dunem, Jabu Khanyile & Bayete, Lagbaja et Wally Badarou au profit du CICR qui veut mobiliser les artistes sur le drame des enfants soldats. La même année sort également « Nouvelle Ecriture », concocté avec l’excellent guitariste Maïka Munan, un album aux couleurs rap, salsa et funk. En 1998, Papa Wemba sort son troisième et dernier album chez Real World, « Molokai », privilégiant la voix avec des morceaux purement a cappella.

Immigration clandestine

Lorsque son contrat prend fin avec Real World, Papa Wemba s’oriente de nouveau vers un style plus dansant marqué par la rumba et le soukouss congolais, et signe en 1999 chez Sono « M’zée Fula-Ngenge ». « Bakala Dia Kuba », un retour aux sources de la rumba classique sort deux ans plus tard, l’année où il fait un triomphe à Bercy, accueillant le doyen du genre, Wendo Kolosoy. Après une tournée africaine en 2002/2003, Papa Wemba est interpellé en février 2003 pour « implication dans une filière d’immigration clandestine » et incarcéré en Belgique pendant trois mois et demi. A sa libération, il sort « Somo trop », une œuvre emprunte de spiritualité. Le 16 novembre 2004 le tribunal correctionnel de Bobigny (France) le condamnera à trente mois de prison, dont quatre fermes déjà purgés en 2003, et 10.000 euros d’amende pour « aide au séjour irrégulier de clandestins sous couvert de ses activités musicales ».

Autres projets

En 2005 sort « Bazonkion » suivi en 2006 de « Live in New Morning » où l’artiste privilégie la dimension intimiste de sa musique. En décembre de la même année, paraît « Nkunzi Nlele » réalisé avec l’orchestre Viva Tendances. Après son Retour à Kinshasa, Papa Wemba crée un nouveau groupe, Bana Malongi, sort le maxi single live « A Vous de juger », et tourne au Portugal et en France, participant notamment au festival Plein Sud de Cozes. « Kaka yo » sort en 2008, une année difficile pour le chanteur et compositeur congolais qui perd son amie Marie-Louise Likuse alias « Mère Malou » décédée le mercredi 19 mars, une ancienne danseuse de Tabu Ley devenue l’icône de la galaxie Molokaï. Deux ans après cette douloureuse perte, Papa Wemba enregistre un album de rumba spirituel, « Notre Père ». La même année, il pose sa voix sur le disque « 16e Arrondissement » de son compatriote Modogo Gian Franco…

Papa Wemba, le chef de la tribu rumba-rock n’est plus

Papa Wemba décède le dimanche 24 avril 2016 à l’aube, suite à un malaise survenu sur scène à Abidjan (Côte d’Ivoire) où il participait au Femua (Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo).

« Papa Wemba est sorti de scène, conscient, quoique très affecté. Il a été pris en charge par des équipes de secours », rapporte Olivier Rogez, « et transféré vers l’hôpital le plus proche, mais le musicien n’a pas survécu. » Ces dernières années, Papa Wemba a connu des ennuis de santé, frappé notamment par un AVC (Accident vasculaire cérébral).

L’arrivée de sa dépouille à l’aéroport de Kinshasa, le 28 avril, est accueillie par des milliers de Congolais.

Forever de Génération en Génération

En octobre 2016, la Fondation Mama Amazone Wemba sort « Forever de Génération en Génération », un album à titre posthume de la star de la rumba congolaise comprenant des titres inédits et des enregistrements en studio avec son groupe Moloakaî, dont « Chacun pour soi » (feat. Diamond Platnumz), « Ingratitude » (feat. Nathalie Makoma), « Rumba originale » (feat. MH30) ou encore Azanga (feat. Sékouba Bambino)…

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Sylvie Clerfeuille

Sylvie Clerfeuille

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