Nicky B a reçu en Mai 2020 l’Ordre de Princess Magogo pour sa contribution à la promotion de la culture sud-africaine après Sibongile Khumalo, Phillip Tabane et Joseph Shabalala. Cette pro de la radio a une connaissance large et variée des musiques et donc une capacité à amener des auditeurs de milieux et d’âges différents sur une même piste de danse, une attitude qui donne vie au  proverbe africain,  « quand la musique change, la danse aussi ». Interview ...”

 

 

Kayibiza.  Hello Nicky B. Merci de nous accorder cet entretien.  

 

Nicky B.  Merci de vous intéresser à mon histoire. J’en suis honorée.

 

Kayibiza. . Où avez-vous grandi ?

 

NB. A Durban. Je viens d’une famille de médecins passionnés de musique. Mon père était fan de musique classique et d’opéra. Ma mère m’a initié au latin jazz, à la musique cubaine, brésilienne et au jazz sud-africain. J’ai étudié aux Beaux Arts et j’ai fait quelques expositions. Puis j’ai voyagé et commencé à enseigner. J’ai vécu au Swaziland (actuel Eswatini) et j’ai dirigé le département d’arts plastiques du Waterford Kamhlaba United World College puis  de Michael Mount Waldorf School qui enseignait la philosophie de Rudolf Steiner. C’était très intéressant. J’ai beaucoup appris sur les formes et les couleurs.  

 

K. Comment votre famille a pris votre choix de carrière ?

 

NB. Ils ont compris que l’art faisait partie de ma vie, que j’étais une personne créative. Ca a pris un certain temps mais ils m’ont soutenue quand j’ai choisi de rentrer aux Beaux Arts. Avec le temps, je leur ai prouvé que je pouvais gagner ma vie en enseignant, en exposant et que j’étais capable de trouver des financements pour des projets.

K. Parlez-moi de l’atmosphère des années 1990, du mouvement artistique de cette période ? Vous faisiez des peintures murales.

 

NB. J’étais fortement inspirée par le mouvement muraliste au Mexique. Car ils considéraient que l’art devait être accessible au grand public. C’est pourquoi j’ai décidé de rentrer en Afrique du Sud, de m’installer à Johannesburg. A cette époque, les noirs ne rentraient pas dans la National Art Gallery à moins d’être accompagnés par un blanc. Je voulais briser ces stéréotypes, ce côté élitiste. J’ai commencé à peindre avec des enfants de la Croix Rouge puis avec Julia Mentjies fondatrice du festival Arts Alive. En sept ans, j’ai réalisé plus de 70 projets en Afrique du Sud et à l’étranger en embarquant avec moi des groupes d’artistes.

 

KVous avez participé à l’organisation du Paris New York Heritage. Pouvez-vous nous en parlez ?

NB. J’adore le concept du Paris New York Heritage. En 2018, j’étais à Paris et j’ai vu que Tony Allen jouait. Un de mes amis à Radio Nova m’a fourni des billets.J’ai rencontré le fondateur Benjamin Levy au concert de Tony Allen puis il m’a invité aux autres évènements du Paris / New York Heritage Festival. Je l’ai interviewé et il m’a dit : « Seriez-vous intéressée de vous associer à moi pour organiser le Paris/New York Heritage Festival en Afrique du Sud, à Johannesburg? » et c’est ce qui s’est passé. Nous l’avons fait, nous l’avons lancé au théâtre Soweto l’année dernière. C’était la première fois que ce festival international avait lieu en Afrique et c’était un bon début.

K. Votre émission, The World Show, est connue pour donner des informations sur une pléthore de musiques de tous les continents tout en restant largement panafricaine. En plus d’être africaine de naissance, d’où viennent ces influences panafricaines?

 

NBMa mère était une collectionneuse passionnée de  Dès mon plus jeune âge, elle m’a emmenée dans des clubs de jazz. Je devais avoir quatre ans quand nous sommes allées voir Winston Mankunku au Rainbow Club. J’ai appris à connaître des artistes comme Pops Mohamed, Abdullah Ibrahim et beaucoup de jazz africain. En tant que sud-africaine blanche, j’ai grandi avec une nounou noire du nom de Mavis. Elle  écoutait tout le temps Radio Bantu et ça a beaucoup contribué à développer mon amour de la musique africaine. J’ai toujours eu une passion pour les musiques africaines. J’aime les musiques du monde entier mais j’ai une passion particulière pour les musiques africaines. Je me suis rendu compte que les gens ne les prenaient pas au sérieux. Ils avaient des  idées fausses, considéraient qu’elles n’étaient pas belles, appelaient ça kwasa-kwasa ou musique autochtone. Pour moi,  les musiques d’Afrique sont d’une incroyable puissance. Elles me fascinent toujours autant et c’est pour ça que j’ai décidé de les promouvoir et de les diffuser.

 

K. Vous avez animé et produit le World Show depuis Paris. Pourriez-vous nous parler de cette expérience ?

 

NB. En 2018, j’ai obtenu une résidence de l’Institut français d’Afrique du Sud pour aller vivre à Paris pendant trois mois. Elle a finalement duré six mois.Aller à Paris qui est le centre de la musique africaine et mondiale m’a donné accès à des artistes remarquables. C’était  l’occasion de rencontrer et d’interviewer des gens que j’avais admirés pendant des années. Juste avant de revenir de mon récent voyage, je suis allé en Belgique et j’ai fait une émission dans un restaurant africain, un lieu de musique emblématique de Bruxelles. Ce voyage m’a permis d’interviewer des artistes africains vivant à Bruxelles.

 

K. Durant ce voyage de 23 ans au sein de  Kaya FM « l’Afropolitaine », quels sont certains les souvenirs les plus marquants ?

 

NB. Je me sens bénie d’avoir rencontré et passé du temps avec des artistes. Je me suis liée d’amitié avec certains d’entre eux. Rendre visite à Miriam Makeba, qui me faisait la cuisine.  J’étais assise avec elle dans son jardin et je pleurais en l’écoutant raconter les drames de sa vie. J’ai rencontré  Bra Hugh, Hugh Masekela  dans une salle de concert où j’étais DJ. J’ai passé de longs moments avec  Ernest Ranglin qui fut l’un des fondateurs de la musique Ska et Reggae. J’ai eu l’occasion de   parler à l’un des plus importants producteurs de musique africaine, Wally Badarou. Je ne suis pas riche financièrement mais je pense que ma vie a été riche et continue de l’être. Je suis également touchée par les jeunes artistes. C’est un honneur pour moi de les inviter et de contribuer à lancer leur carrière alors que d’autres radios refusent de les accueillir en leur disant » nous ne vous connaissons pas ». Quand j’ai un coup de coeur je n’hésite pas et je suis souvent la première animatrice radio à passer un artiste.

 

K. Quels sont les changements que vous aimeriez voir dans la culture ?

 

NB : Dans ce pays en particulier, j’espère que je vivrai assez longtemps pour voir le jour où les artistes de tous les domaines seront considérés. C’est quelque chose de tellement évident en France, où l’on apprécie tant les arts et le rôle qu’ils jouent dans la société. Il nous faut remonter dans le temps pour nous rendre compte du rôle essentiel qu’ont joué les  artistes dans notre histoire. Je veux que notre pays reconnaisse la contribution exceptionnelle de ces derniers à l’Afrique du sud. Avec  la numérisation, le fait que nous pouvons télécharger de la musique gratuitement sur YouTube, j’ai peur que l’accès à l’art soit en danger.  Peut-être pourrions-nous envisager une sorte de taxe où les artistes recevraient un pourcentage chaque fois qu’une chanson est téléchargée.

 

Traduit de l’anglais par Sylvie Clerfeuille.
Suivez l’itw originale sur le blog de notre contributeur Kayibiza

Kayibiza LOunge® HeART-ART Conversations with: Nicky ‘NickyB’ Blumenfeld (Kaya FM)

 

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