“Auteur-compositeur, arrangeur, pianiste et claviériste expert, né le 22 mars 1955 à Paris (France), Wally Badarou, grand-frère du bassiste virtuose Idris Badarou excelle dans divers styles musicaux : afrobeats, (highlife), funk, disco, jazz, rock, pop; classique, reggae, électro... Il a collaboré, produit ou arrangé divers artistes : Grace Jones, Mick Jagger, Joe Cocker, Herbie Hancock, Jean-Paul Goude, Miriam Makeba, Hugh Masekela... Membre fondateur du fameux groupe Level 42, Wally Badarou a enregistré plusieurs albums et musiques de film dont "Kini et Adams" du réalisateur burkinabé Idrissa Ouédraogo... En 2012, cet excellent musicien et infatigable chercheur de sons visionnaire est élu au conseil d'administration de la SACEM.”

Une enfance entre classique, jazz et R&B

Fils d’un couple de médecins d’origine béninoise installés durant ses premières années à Paris, Wally Badarou est marqué à la fois par la musique classique et le jazz. A sept ans, il reçoit en cadeau un piano comme jouet puis suit sa famille au Bénin à l’âge de sept ans. L’heure est au R&B, au yéyé et à la musique afro-cubaine. Initié au piano, il s’intéresse à l’afro-cubain, au R&B, à la musique des Jackson Five et de James Brown puis de Stevie Wonder.

Les années lycée

De retour en France en 1971, il devient l’organiste d’un groupe de lycée dans lequel son frère Idris Badarou joue de la basse. Les deux frères montent leur premier groupe, Kumba, avec Alain Toko à la guitare, leur sœur Mouni aux voix et Jerôme Thirriot aux percussions, sans oublier Jean Favreau au sax ténor. Dans la cave du chanteur antillais Tony Léveillé, le groupe joue des reprises de Jimi Hendrix et quelques titres d’afro-beat, dont le highlife ghanéen.

« Thrust » de l’Américain Herbie Hancock, la révélation

Alain Toko et son frère Brice Wassy lui font bientôt découvrir l’album « Thrust » (1974) de l’auteur-compositeur, pianiste et claviériste américain Herbie Hancock. Une révélation. Le jeune homme s’offre alors son premier clavier, un Hohner Electra. Chargé de la programmation du Théâtre 71 de Malakoff, Jean Favreau leur offre bientôt leur premier vrai concert professionnel.

Wally & Shane

Aux groupes amateurs succèdent alors les expériences professionnelles. Au contact de Tony Léveillé, Wally Badarou, alors étudiant en droit plus préoccupé de musique que d’études, fréquente des ensembles antillais et rejoint bientôt Voodoo Family, un groupe combo afro-jazz/funk. Le jeune claviériste fait alors ses premières armes dans diverses formations funk, jazz et pop : Center, Tchango, Fireball… Nous sommes en 1976. De cette période nébuleuse naîtra une nouvelle expérience, celle des studios d’enregistrement et de l’univers technologique qu’il lui ouvre. Wally Badarou acquiert alors un synthé, un Korg 800-DV. Il enregistre bientôt son premier single, « Wally & Shane » en duo avec la chanteuse américaine Sher Komisar.

Les années Barclay

De retour du service militaire en France, Wally Badarou participe à des jams dans un club parisien, Le Gallion. En 1976, Wally Badarou enregistre avec Fireball « Drive me to Hell », un album enregistré avec une bande de copains amoureux de jazz, de soul, de funk et de disco.

Il est ensuite aux claviers et voix avec PI 3.14, une formation influencée par le groupe de rock progressif britannique Genesis, avec Philippe Hubrenne (voix), Stéphane Ianora (batterie), Patrick Dupont (guitare) et Philippe Missir (basse). Après la sortie chez Barclay de leur single, « Cigarillo/Folle de musique » (Barclay – 1978), le groupe se sépare.

Nous sommes en 1978 et deux membres seulement de la formation seront retenus par la maison de disques : Hubrenne et Wally Badarou qui signe son premier album solo, influencé par Stevie Wonder : « Back to Scales Tonight ». Le contrat chez Barclay lui permet de côtoyer et de travailler avec toute la scène française : de Daniel Balavoine à Richard Bohringer en passant par Raymond Lefevre et Jean Louis Trintignant pour qui il joue quelques notes pour la bande originale du film « Le Maître-nageur » (1979).

Collaborations

La même année, Wally Badarou, devenu une vraie bête de studio, se forge une solide réputation d’arrangeur, assurant les post-productions de nombreux albums. Il participe ainsi à l’album « Comme une symphonie d’amour » de Miriam Makeba (avec Hugh Masekela) sans jamais les avoir rencontrés! Il collabore également à des projets de Manu Dibango et travaille sur l’album de Jean-Paul Dréau, « Je veux de la tendresse ».

Les années Compas Point

La rencontre des musiciens anglais Julian et Robin Scott aboutit à l’enregistrement de l’album Pop Musik. Wally tourne bientôt en Espagne et à Cuba avec le groupe « The Gibson Brothers » des frères Francfort, et participe à plusieurs de leurs albums produits par Daniel Vangarde qui lui présente le producteur anglais Chris Blackwell. Ce dernier l’invite à Nassau, aux Bahamas, puis l’engage comme arrangeur attitré des artistes de son studio, Compas Point : il y restera dix ans, collaborant avec Jimmy Cliff (« Give The People What They Want » – 1981), Grace Jones (« Living My Life » – 1982), Black Uhuru (« Chill Out » – 1982), Gregory Isaacs (« Night Nurse » – 1982), Marianne Faithfull (« A Child’s Adventure » -1983), Larry Levan feat. Sly Dunbar, Robbie Shakespeare, Gwen Guthrie & Wally Badarou (« Padlock (Special Mixes) » – 1985), Mick Jagger (« She’s The Boss » – 1985), Joe Cocker (« Greatest Love Songs » – 2003), et bien d’autres artistes… Plusieurs cinéastes font appel à ses qualités pour les bandes originales de leurs films.

Echoes » et « Words of a Mountain »

Surnommé « Prophet » pour son talent à manipuler le synthétiseur Prophet 5, Wally décide de créer son propre studio et y concocte deux albums personnels : « Echoes » (1983) et « Words of a Mountain » (1988).

Wally et les musiciens africains

Parallèlement, Wally Badarou travaille à Londres aux côtés de Mike Lindup, Boon & Phil Gould et Mark King avec qui il crée Level 42, un fameux groupe de jazzfunkrock (CD World Machine). Il travaille également à Paris avec Alain Chamfort (« Amour année zéro ») dont le parolier n’est autre Serge Gainsbourg. La musique africaine fait alors son apparition sur la scène française avec l’émergence d’artistes comme Touré Kunda, Manu Dibango, Salif Keïta, Mory Kanté ou Youssou Ndour. Wally Badarou se retrouve à produire l’album « Teacher don’t teach me nonsense » (1986) d’un de ses héros musicaux comme Fela Anikulapo Kuti.

Le Bicentenaire de la Révolution française 1989

En 1988, alors qu’il achève son album World of a Mountain, une oeuvre très classique, emprunte de sérénité, produit d’une digestion personnelle qui approfondit ses recherches en matière d’arrangement, il est contacté par Jean-Paul Goude qu’il a rencontré quelques années plus tôt à Nassau aux Bahamas. Ce sera l’aventure du Bicentenaire de la Révolution française 1989 dont il assure la direction musicale et les compositions. «~J’articule la musique du défilé sur deux idées: “La Marche des Mille”, exécutée par un millier de musiciens traditionnels accompagnés de 1600 tambours pendant la parade, et le “Prélude à la Marseillaise” interprété, avant l’hymne national, Place de la Concorde, par un choeur de 300 chanteuses et chanteurs, avec les solistes de l’Ensemble Inter-Contemporain de Pierre Boulez, le tout entouré des Mille traditionnels à l’arrêt. Les répétions donnent lieu à des moments inoubliables dans toute la France, à Parthenay et Marseille en particulier~». Participeront à cet évènement historique des artistes prestigieux dont le Tallahassee Marching Band, Doudou Ndiaye Rose et Jessie Norman qui devient la voix du monde en interprétant la Marseillaise.
Son frère Idris Badarou, habitué des studios d’enregistrements, met son talent de technicien au service de son aîné lors du défilé du Bicentenaire de la Révolution Française sur les Champs-Elysées à Paris, le 14 Juillet 1989, comme il l’avait fait dans au studio Compas Point aux Bahamas.

La difficulté d’être

Installé en Normandie où il crée un studio, Wally Badarou assure les productions des grandes pointures de la musique africaine (Salif Keïta, Wasis Diop, Youssou Ndour, Papa Wemba…) mais travaille aussi pour Carlinho Brown et Trilok Gurtu, le magicien des percussions. Partageant depuis 1998 auprès de Ernest Adjovi, l’aventure des Kora Awards (victoires de la musique continentales), Wally Badarou se tourne ensuite vers le cinéma prenant depuis 2002 des cours d’art dramatique. Il revient à sa passion en 2009 en réalisant deux opus « Fisherman » et « The Unnamed Trilogy ».

Sa définition de la musique

En effet la musique est bel et bien sa chair et sa raison de vivre comme il la définit si bien. « Il faut développer en Afrique le côté substantiel de la musique. Celle-ci n’est pas seulement un divertissement, c’est une nourriture, quelque chose dont on a besoin. La musique, c’est l’art de produire des sons agréables à l’oreille. C’est cette notion subjective qui dit tout. La musique est avant tout la recherche honnête du beau, un plaisir un peu violent qui met en émoi. J’exhorte aujourd’hui mes frères africains à ne pas avoir peur de se laisser influencer car quoi qu’il arrive, on garde sa personnalité. Les Américains réussissent ça, émerveillent et séduisent le monde entier ».

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

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Nago Seck

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