“Surnommé “Le Lion du Zimbabwe” ou “Mukanya” pour sa contribution à la lutte pour l'indépendance du Zimbabwe, Thomas Tafirenyika Mapfumo, né en 1945, est le représentant du chimurenga, une musique de résistance très populaire dans tout le pays. Opposant à Robert Mugabe, Thomas Mapfumo qui vit aujourd'hui aux Etats-Unis est le fondateur du groupe Black Unlimited en 1976...”

Une culture shona du Zimbabwe

Né en 1945 à Marondera, dans le Mashonaland, au sud-est de Harare (Zimbabwe), Thomas Mapfumo a vécu la vie classique d’un jeune rural shona jusqu’à l’âge de 10 ans lorsque sa famille émigre à Harare. A l’âge de 16 ans, il intègre son premier groupe, The Zutu Brothers (Les Cyclones) en qualité de chanteur. La scène musicale est alors influencée par le rock, la soul, et la jit music (musique urbaine de danse apparue dans les années 1950).

Le chimurenga

Le jeune talent enchaîne bientôt les apparitions au sein de divers groupes, rêve de devenir une « rock star » mais découvre sa propre voie musicale grâce à Charles Dee Ray Tiger, un comédien, qui lui fait écouter un chant shona qu’il a enregistré, « Shungu Dzinondibaya ». Ce titre est une véritable révélation pour Thomas Mapofumo qui s’efforcera plus tard de concilier guitare rock et culture shona. En 1972, il fonde le Run Hallelujah Chicken Band avec lequel il enregistre plusieurs 45 tours.

L’année 1976 le voit former, en compagnie de Leonard « Picket » Chiyangwa (guitare), Jonas Sithole (guitare, mbira), Charles
Makokova (basse) et Marshall Ticharwa Munhumumwe (chant), Black Unlimited, le groupe avec lequel il sillonnera le monde et réalisera de nombreux projets. Il adapte à cette période à la guitare rock les techniques de jeu du mbira (piano à pouce shona). Thomas Mapfumo choisit de chanter en shona ‘sa langue) des textes qui dénoncent la politique du gouvernement de Ian Smith. Son style, le chimurenga (« lutte de résistance » en shona) et son titre « Hokoyo! » (« Attention »), suivi de « Shumba » (un autre grand tube), interdit à la radio mais diffusé sur la radio mozambicaine en font un symbole de la révolution. En 1979, il est jeté en prison mais sous la pression des manifestations qui s’organisent pour sa libération, l’artiste est relâché au bout de trois mois.

Indépendance et désillusions

En 1980, le pays accède à l’indépendance et Thomas Mapfumo donne un concert en compagnie de Bob Marley venu célébrer le jeune état libre. Véritable icône du nouveau régime, Thomas Mapfumo va enchaîner les albums mais n’hésitera pas à critiquer le despotisme et exactions du régime de Robert Mugabe dans l’album « Corruption » sorti en 1989. Harcelé par le gouvernement , Thomas Mapfumo s’exile dans l’Oregon aux Etats-Unis, dans les années 1990 en compagnie de sa femme, avocate et de ses deux enfants. Son style musical a influencé de nombreux artistes du Zimbabwe comme Bhundu Boys, Kasongo Band, Robson Banda & The New Black Eagles, et bien d’autres…

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

Sylvie Clerfeuille