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Ex-membre de Zap Mama, compositrice, chanteuse et joueuse de mvet, Sally Soleïnie Nyolo alias Sally Nyolo navigue entre fluidités jazz, polyphonies pygmées et scat façon bikutsi. Elle fait souffler sur ses compositions servie par divers instruments (sanza, mvet, balafon et guitares) l'esprit de la forêt. Ex-member of Zap Mama, composer, singer and mvet player , Sally Nyolo navigates between jazz, Pygmy polyphony and bikutsi . Accompanied by various instruments (( sanza, mvet, balafon and guitars) the spirit of the forest, she recreates in her compositions the spirit of the Cameroonian forest.”

Mémoire Du Monde

Mamterry

tribu.jpgOriginaire du village d’Eyeng Meyong, dans la région de la Lékié, Sally Nyolo, née en 1970, a été influencée par sa tante Mamterry, une grande chanteuse des Eton, diva du bikutsi, à qui elle rend hommage dans son album Tribu. “Elle a participé à ce qui constitue l’esprit de ma musique” dit Sally qui se rappelle avec émotion son héroïne lavant la douleur de la perte d’un être cher lors des funérailles grâce à la beauté de son chant. “On m’a raconté qu’elle venait souvent me voir alors que j’étais encore un bébé. Elle “scatait” et moi, je dansais”.

Higelin et Dave Bottril

A l’âge de treize ans, changement de décor : Sally Nyolo découvre les Yvelines puis enchaîne sur la fac de droit quelques années plus tard. Au cours des années d’adolescence où l’esprit et la vision se construisent, elle s’installe dans la musique, toutes les musiques, avide de sons et de sensations. Elle assure bientôt les chœurs de divers artistes (Nicole Croisille, Tony Child, Sixun, Touré Kunda, Higelin).

higelin.jpgCet artiste marque son destin : “J’étais un peu intimidée par la scène, il a été un déclic. Au Casino de Paris, chaque soir, le même public revenait, des gens en fauteuil roulant qui reprenait toutes ses chansons. Il les soignait !! C’est lui qui m’a appris à défendre l’esprit de ma musique. Il est venu lors d’un de mes concerts au New Morning, il est monté sur scène, a eu cette jolie phrase de poète “Sally a un petit sac à main sous le bras mais non c’est une percussion”, nous a accompagné le temps d’un morceau et nous a tous invités après le spectacle. C’est un grand monsieur”. Entre tournées et enregistrements, Sally nourrit pourtant sa future carrière solo, chante et compose pour un feuilleton de France Culture, travaille sur le film “Brooklyn Boogie” de Paul Auster et Wayne Wang et participe en 1994 à la compilation Around twenty tracks produite par Dave Bottril sur le label Real World de Peter Gabriel et rendu célèbre par le morceau « Djini Djome ».

L’aventure Zap Mama

Sollicité par Marie Daulne, elle intègre bientôt les Zap Mamma où elle tient le rôle de groover. “Je venais d’achever mon premier album solo quand Marie Daulne m’a appelé et m’a dit “Sally, tu es mes racines””. Chanteuse mais également compositrice (elle signe “La mama des mamas” dans l’album Sabsylma). L’ambition de Zap Mamma, c’est de chanter toutes les langues du monde, d’effacer cette tour de Babel que Dieu érigea pour diviser les hommes.

zapmama.jpg“Ces franco-congolo-belgo-camerounaises” vont ainsi puiser dans le vivier infini des “bruissements du monde”, et le réinventer dans leurs compositions. Polyphonies pygmées, éthiopiennes, chants Inuit, les Zap Mamma a capella chantent sur toute la planète et redonnent vie à des peuples oubliés, un rêve qui leur vaudra l’attention de chercheurs américains – “Ils écoutaient nos morceaux et pointaient sur une carte toutes les traditions vocales que nous avions utilisées” – ainsi que leur désir de transmission d’un collectage par l’animation de workshops. Cette ambition démesurée va nécessiter un travail herculéen. “Nous répétions 8 à 10 heures par jour toutes ensemble puis travaillions séparément nos parties. Chanter ensemble, c’est s’écouter sans s’écouter, avoir la liberté d’être ou de ne pas être, être ensemble et être soi, libre. Nos voix parfois devenaient instrument, batterie, guitare, percussion, et quand nous avions fini, pour nous détendre, nous chantions, l’une d’entre nous jetait une note puis l’autre lui répondait, naturellement. Marie Daulne a d’ailleurs enregistré tous ces moments d’improvisation dans les chambres d’hôtel, les couloirs!!!”.

Cette expérience qui dure quatre ans renforce cette technique vocale tour à tour fraîche, perlée, chuintante, forme de scat roots qui nourrit son style : un folk métisse et rythmique construit sur une rythmique bikutsi et nourri des bruits de la forêt, des polyphonies pygmées comme des langueurs mandingues. Dans ses textes en français ou eton ( la langue de l’ethnie beti), elle rend hommage aux femmes, contant avec humour ou mélancolie leur histoire.

Carrière solo

perche.jpg Sally chante. Elle compose aussi, joue du mvet, du udu et des percussions, sort Tribu en 1996, chanté en eton, un hommage à Mamterry. Vendu à 300 000 exemplaires, il lui vaut l’année suivante le prix Découvertes RFI. Suivra deux ans plus tard, Multiculti (hommage au métissage), puis Beti, en 2000, où elle invite le joueur de mvet Andjeng Etaba Pantaléon. Dans Zaïone (du nom de son fils) sorti en 2002 elle s’offre sur une musique aux couleurs bikutsi des duos avec des artistes comme Nicoletta, Nina Moratto, Muriel Moreno ou Jean Jacques Milteau et penche plutôt reggae avec son amie Princess Erika dans « Jah Know ». Sa carrière solo prend bientôt une tournure internationale : Europe, Afrique, Japon: le monde lui ouvre ses portes et des artistes divers lui offrent des collaborations : Martinho da Vila la sollicite pour un duo sur l’album « Conexoes » en 2004, David Murray l’invite sur Pouchkine en 2005, , elle participe en 2006 à l’album Desert Rebel , un projet initié par Abdallah Oumbadougou et Farid Merabet (manager du groupe de rock Bérurier noir) en soutien à la cause touareg; En 2007, le groupe breton Dan Ar Braz enregistrent avec elle les Perles du Nil dont elle assure la avec Tryo la composition et les arrangements de plusieurs titres.

L’esprit de la forêt

cd_memoire_du_monde.jpgLe réalisateur François Bergeron lui consacre deux documentaires : Petits pas en 2001 où l’artiste part à la rencontre des Pygmées et A la Camerounaise en 2005 contant ses aventures de productrice au Mont Fébé, près de Yaoundé où elle a monté un studio d’enregistrement pour produire les artistes locaux. “C’est à l’occasion du tournage de Petits pas que j’ai compris que les Eton et les Pygmées étaient cousins. Ils avaient les mêmes polyphonies, les mêmes tonalités, les mêmes iodles”. Son expérience de productrice aboutit à la sortie en 2006 de l’album Studio Cameroon qui réunit des artistes comme Gisèle Mvo Anji et son frère Gervais Mango, les Didjoi Sisters, Mama Andela, Mandeng, Roger Ngono Ayissi, le joueur du mvet, Mr Eddy, Edmond Fils Nkoa, le maître balafoniste MBassi Emmanuel et La Voix du Cénacle, une chorale très populaire au Cameroun. Cinq ans plus tard,
Sally Nyolo signe avec Sony et sort La Nuit à Fébé, un album acoustique chanté en eton (sa langue), en français ou en anglais. Cet opus lui vaut le 1° Prix aux “USA Songwriting Competition 2012” dans la catégorie World, avec le morceau « Ombomo ». en mars de la même année, elle obtient le Prix spécial du jury de “Canal 2’Or” pour l’ensemble de sa carrière. En 2013, Sally Nyolo est à nouveau finaliste aux “USA Songwriting Competition”, avec le titre « Meso Wó Yen », extrait de son album Tiger Run (à paraître en 2014), et mai, elle est faite “Chevalier de l’Ordre de la Valeur” du Cameroun

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Riche de cette expérience nouvelle, Sally sort quelques mois plus tard un album personnel très abouti Mémoire du Monde (2007), auquel participent le bassiste Sylvin Marc et le producteur Marcel Aimé. Forte de son expérience bouleversante avec les pygmées, elle propose une musique ouverte, universelle et habitée par l’esprit de la forêt. Suivent La Nuit à Fébé (2011), puis Tiger Run (2014), musicalement le plus riche, poétiquement le plus épanoui, spirituellement le plus profond…

2015 : Mvetkora

En 2015, l’artiste camerounaise se lance dans une aventure inédite : un duo avec Djeli Moussa Diawara, rencontre unique entre mvet et kora, Sahel et forêt.

* Source : Interview de Sally Nyolo par Sylvie Clerfeuille pour Afrique Asie, « Sally, L’esprit de la forêt » – Décembre 2007. Mamterry

tribu.jpgSally Nyolo comes from the village of Eyeng Meyong in the Lékié district. She has been influenced by her aunt Mamterry, a great singer of Eton people, a diva of the bikutsi, to whom she paid tribute in her album Tribu. « She participated in what constitutes the spirit of my music », said Sally who remembers her heroin attending funerals and relieving people’s pain thanks to the beauty of her singing. « I was told that she often came to see me while I was still a baby. She used to scat to make me dance. »

Higelin et Dave Bottril

At the age of thirteen, change of scenery: Sally Nyolo discovered the Yvelines (Paris suburb) and studied law at Paris University a few years later. When still a teenager, at a time the spirit and vision are built, she chose music, all music, hungry of sounds and sensations. She started singing in choirs from various artists (Nicole Croisille, Tony Child, Sixun, Toure Kunda, Higelin).
higelin.jpg This artist marked her destiny: « I was a little intimidated by the scene, he helped me a lot. At the Casino de Paris, each night, the same audience was back, people in wheelchairs who sang all his songs. He was healing them! He taught me to defend the spirit of my music ». Between touring and recording, Sally enriched then her future solo career, sang and composed for a series of France Culture, worked on Paul Auster and Wayne Wang’s film Brooklyn Boogie and participated in 1994 to Around twenty tracks , a compilation produced by Dave Bottril on the label Real World by Peter Gabriel and made famous by the song « Djini Djome. »

Zap Mama

Solicited by Marie Daulne, she joined Zap Mama where she played the role of groover. « I had just completed my first solo album when Marie Daulne called me and told me « Sally, you are my roots ». Singer and composer, she signed « La mama des mamas » on Sabsylma. Zap Mama ambition was to sing all the languages of the world, to erase the tower of Babel that God erected to divide people.
zapmama.jpg These « Franco-Belgian-Congolese-Cameroonian » tapped into the bottomless pool of « the rustlings of the World » and reinvented it into their compositions. Pygmy and Ethiopian Polyphonies , Inuit songs, « Zap Mama a capella » sang all over the world and resurrected forgotten people, a dream which had been worth the attention of American researchers – « They listened to our songs and pointed on a map all vocal traditions that we used » – and their desire for transmitting their experience by organizing workshops. This ambition required a Herculean task « We used to rehearse 8 to 10 hours a day all together and then to work our parts separately. Singing together means listening without listening, having the freedom to be or not to be, be together and be yourself, free. Our voices sometimes became instruments, drums, guitar, percussion, and when we finished, to relax, we sang, one of us started to sing, and then another one answered her, naturally. Marie Daulne has recorded all these moments of improvisation in hotel rooms, corridors! « .

Solo Career

perche.jpg This experience that lasted four years reinforced her vocal technique, her singing sounding alternately cool, round, murmuring, a form of rooted scat, a mestizo folk built on a bikutsi rhythmic and fed by sounds of the forest, Pygmy polyphony and Mandingo languor. In her lyrics in french or eton (the language of the Beti people ), she pays a tribute to women, singing their story in a melancholic mood . Sally is a singer, a composer, a percussionnist and a mvet and udu player. Sung in eton, Tribu released in 1996 was a tribute to Mamterry. Sold at 300 000 copies, it deserved her the following year the RFI Discoveries Prize. Two years later, she released Multiculti (a tribute to miscegenation), and in 2000 Beti where she invited the mvet player Andjeng Etaba Pantaleon. On Zaïone (her son’s first name), an album released in 2002 and mostly influenced by the bikutsi, she sang duets with Nicoletta, Nina Moratto, Muriel Moreno and Jean Jacques Milteau and with her friend Princess Erika on « Jah Know », a reggae track.

Her solo career soon took a turn for International: Europe, Africa, Japan, the world opened its doors and various artists offered her interesting collaborations: Martinho da Vila requested her for a duet on the album Conexoes in 2004, David Murray invited her on Pouchkine in 2005. In 2006, she participated at the Desert Rebel album, a project initiated by Abdallah Oumbadougou and Farid Merabet (manager of the rock band Bérurier Noir) to support the Tuareg cause. In 2007, Britton group Dan Ar Braz recorded Les perches du Nil with her, and she even achieved with Tryo the composition and the arrangements of several titles of the album.

The spirit of the forest

cd_memoire_du_monde.jpg Film director Francois Bergeron devoted her two documentaries: Petit Pas in 2001 filming her meeting with Pygmies and A la Camerounaise in 2005 telling her adventures as a producer at Mont Fébé near Yaounde, where she mounted a recording studio to produce local artists. »~ (During the filming of Petit Pas, I understood that the Eton and the Pygmies were cousins. They had the same polyphonies, the same tones, the same iodles) ~ « . Her experience as a producer led to the release in 2006 of Studio Cameroon, an album which brought together artists like Gisele Mvo Anji and her brother Gervais Mango, Didjoi Sisters, Mama Andela, Mandeng, Roger Ngono Ayissi, the mvet player, Mr Eddy, Edmond Son Nkoa, master balafoniste MBassi Emmanuel and La Voix du Cenacle, a choir very popular in Cameroon. With this new experience, Sally released a few months later Mémoire du monde, with bassist Sylvin Marc and producer Marcel Aimé. Based on her experience with Pygmies, she offered an open and universal music, marked by the spirit of the forest.

Source : interview of Sally Nyolo by Sylvie Clerfeuille for Afrique Asie monthly, « Sally, L’esprit de la forêt ». December 2007.

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Sylvie Clerfeuille

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