Titres :
A1. Penda Djiga
A2. Bombolo Liilo
A3. Dakamana
A5. Fari Intro
A6. Jaman Bisa
B1. Avion 
B2. Sambu Kamba
B3. Yer Gando
B4. Kakilena
B5. Djougal”
[fr]

Afel Bocum – Linde – L’appel à l’unité du messager du fleuve

 

« La culture malienne ne reconnaît pas les expressions de division comme « nordiste », « sudiste », « noir » et « blanc ». Disons simplement « malien », point finalLa cohésion sociale est notre sécurité sociale».  C’est ainsi que l’auteur, compositeur et guitariste songhai Afel Bocoum lance son appel à la paix et à l’unité dans son nouvel opus, « Linde », sorti le 4 Septembre 2020, en pleine tourmente nationale. Aujourd’hui exilé dans son propre pays (il a du se réfugier à Bamako à cause de la menace djihadiste qui plane sur sa région), le Messager du Grand Fleuve a choisi de confier la production de l’album  à Nick Gold et  Damon Albarn. Compositeur, pianiste et chanteur des groupes anglais Blur et Gorillaz, figure de la pop indé anglaise, Damon Albarn est un fin connaisseur du Mali qu’il a découvert en 1999 par le biais du boss de  World Circuit. Sa première rencontre musicale  avec Afel Bocoum date de 2002  à l’occasion de la réalisation de la compilation « Mali Music » où figuraient également quelques grandes pointures de la scène nationale comme Toumani Diabaté et Lobi Traoré. Cette œuvre de onze titres, à l’ atmosphère dépouillée et lancinante propre au blues songhaï plonge l’auditeur dans une bienfaisante sérénité installée par les instrumentistes virtuoses, fidèles compagnons de route de l’héritier d’Ali Farka Touré. On retrouve Garba Touré, guitariste dans l’album « Songhoy Blues », et la panoplie des instruments à cordes du mandingue (le kamale n’goni de Harouna Samaké, la kora de Madou Sidiki Diabaté, le n’goni ba de Yaya Dramé) sans oublier  la calebasse de « Hama » Alpha Ousmane Sankaré sur « Fari Intro » et « Fari Njungu ».  Afel Bocoum a pourtant choisi de donner des couleurs nouvelles à cette œuvre épurée et navigue dans des univers comme le reggae et le soukouss. Une originalité renforcée par la présence de musiciens issus de planètes très différentes. On découvre ainsi sur les titres « Bombolo Liilo » aux accents reggae le trombone du  vétéran jamaïcain Vin Gordon (Bob Marley,  Skalatites)  présent également sur le titre « Dakamana » (étrange en songhaï).  Les ponctuations amples et graves de son instrument forment un  contrepoint insolite et vivifiant à la guitare bluesy aux tournoiements  lancinants. Un dialogue instrumental  fort à propos pour un titre  qui exprime la situation insolite où se trouve le Mali, « Cette chanson parle de cette situation qu’on n’arrive pas à comprendre. Qui peut m’expliquer pourquoi je ne peux plus aller à Kidal, à Tombouctou ou à Gao, près de chez moi ? Pour nous Maliens, le pays est indivisible,  confiait-il à RFI le 9 Septembre 2020. Dans « Fari Njungu », vient s’insinuer, comme une caresse, le violon alto de la musicienne américaine de pop rock  Joan As Police Woman, répondant aux accents plaintifs du njarka, petit violon à la corde unique en crin de chameau popularisé sur la scène internationale par le regretté Ali Farka Touré. Enfin, dans « Djougal » s’impose  le « batteur araignée » Tony Allen, disparu le 30 Avril 2020. Ce compagnon de route de Fela Kuti structure rythmiquement ce titre résolument bluesy, lui offrant ainsi un punch vivifiant. Reste le single, « Avion », chanté en français, forme de pop songhai aux accents soukouss où se glisse par surprise la kora, une invitation à danser dans cette période sombre pour le Mali. Un vrai message d’espoir.

 

À propos de l'auteur

Sylvie Clerfeuille

Sylvie Clerfeuille