“En pleine période afro-cubaine, rhythm’n blues (RnB), Seydina Insa Wade, muni de sa voix et de sa guitare, a imposé un genre nouveau au Sénégal, le folk song africain (afro-folk tiré du sabar et du "ndëpp" des Lébous (sa communauté), et a émaillé ses textes de références "layène", une confrérie musulmane fondée par son homonyme Serigne Seydina Limamou Laye (1843/1909). Seydina Insa Wade disparaît le mercredi 09 mai 2012 à l’âge de 64 ans à Dakar au Sénégal, des suites d’un cancer de la prostate...”

Le folk

Seydina Insa Wade étudie très jeune le Coran et l’arabe à l’école de son père, un marabout saaba (serviteur du prophète Mohamed). Ebéniste de formation, il fabrique à 16 ans sa première guitare et, passant outre la réprobation paternelle, devient en 1964 le contrebassiste de Rio Sextet, une formation de quartier. l’année suivante, il est, avec Cheikh Tidiane Tall (arrangeur, guitare, claviers) et Idrissa Diop (percussions, voix), de l’aventure de Xalam 1, une formation fondée par Sakhir Thiam.
En 1966, il participe au festival des Arts de Dakar (Sénégal), imposant un style nouveau et controversé, le folk, chanté en wolof. Devenu guitariste du Negro Star de Pape Seck, il fait sa première tournée à travers le pays. En 1969, Seydina Wade intègre le Tropical Jazz, un groupe marqué par les musiques afro-cubaines et noires américaines (rumba, cha cha et R&B).

Le Sahel

En 1972, Seydina Insa Wade est membre du Sahel, un groupe fondé sous l’impulsion de Ndiouga Kébé, un riche homme d’affaires désireux d’ouvrir un night-club du même nom à Dakar. Il participe ainsi à l’enregistrement de l’unique opus de l’orchestre, « Bamba » (1975), interprétant avec brio “Khandiou”, une chanson sur les orphelins devenue un énorme tube au Sénégal.

Idy & Sidy

Quelques années après, Sidi (son surnom) décide alors d’entamer une carrière solo : équipé de sa guitare et de sa voix, il impose son genre dans les clubs des Dakar. En 1974, il s’embarque pour Paris et sort un 45 tours, « Tablo Ferraye », extrait de la musique du film « Xew Xew » de Cheikh Ngaïdo Bâ dans lequel il participe en qualité d’acteur. Dans « Gorgui » (1977), Seydina (Sidy) et le percussionniste Idrissa Diop (Idy) visitent des sonorités comme l’afro-folk (mbalax/folk) ou l’afro-cubain.

Autres projets

Un an plus tard, au festival Africa Fête, il fait entendre son folk aux parfums mbalax, s’appuyant sur des chants tirés de rites et des musiques populaires. Ses textes reflètent ses joies mais également ses douleurs : son titre « Afrik » évoque la mort mystérieuse dans la prison de Gorée du « contestataire » Omar Diop Blondin et la révolte des femmes lébou auxquelles la Seconde Guerre Mondiale est venue faucher les maris. L’année 1980 le voit poser sa voix sur le titre « Balba » de l’album « Orchestre Cheikh Tall et Idrissa Diope », dont certains morceaux sont enregistrés aux Etats Unis avec des musiciens cubains.

Tabala

De retour à Dakar, Sidi fonde avec Idrissa Diop et Oumar Sow le trio acoustique Tabala mais le public reste rétif à son style. En 1985, il réalise Yoff, un album associant la tradition très roots et la poésie aux sons des instruments modernes. Trois ans plus tard, il devient chanteur-guitariste de Xalam à Paris.

Folk et classique

Amateur de musique classique européenne, Seydina Wade contacte en 1990 la violoncelliste Hélène Billard. Lors d’un gala, elle attaque une fugue de Bach à laquelle Seydina mêle sa guitare folk. Naît alors une fusion totalement novatrice aux dimensions lyriques et mélodiques qui aboutit à l’enregistrement de Libaas (1994), Samme (2002) et Xalima (2004). Depuis, le duo a écumé plusieurs salles d’Europe et d’Afrique. Tout en travaillant avec Hélène Billard, Seydina Insa Wade collabore avec le groupe Xalam avec lequel il tourne en Europe et réalise l’album Wam Sabindam. En 2009, cet artiste attaché à son patrimoine culturel enregistre, toujours avec sa complice, Hélène Billard, Reënes (« Racines » en wolof).

Le classicisme à la sénégalaise

« Je suis un artiste classique dans mon pays, profondément poétique et lyrique. Lorsque j’étais enfant, j’allais écouter les classiques sénégalais. C’est rare qu’ils passent à la radio ou que des jeunes aillent les écouter. Quand j’ai chanté « Xandju » ou « Mag Du Caaxaan », on m’a lancé des tomates. Il était dur à l’époque de changer les choses. Chanter dans notre langue n’était admis que pour la musique traditionnelle. Au Sénégal, si tu faisais une musique sans percussion, tu étais peu considéré ».

La voix du père du folk sénégalais s’est éteinte

Erudit du coran – il était de la confrérie musulmane « Layenne » de la société Lébou de la presqu’Île du Cap-Vert (Yoff, Cambérène, Diamalaye) – mais éclectique, père de l’afro-folk ou du folk song sénégalais, Seydina Insa Wade disparaît le mercredi 09 mai 2012 à l’âge de 64 ans à Dakar au Sénégal, des suites d’un cancer de la prostate.

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Nago Seck

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