Auteure-compositrice et chanteuse d'origine peule, née à Kayes ( Mali), de parents intellectuels et fonctionnaires, Madina Ndiaye est la première femme malienne (l’unique) à jouer de la kora. Passionnée de musique mandingue, elle s’inscrit en 1982 aux cours de musique de l’Institut des Jeunes Aveugles (IJA), un établissement scolaire de premier et second cycle pour enfants et jeunes aveugles et mal-voyants basé à Bamako, au Mali. ”

Compositrice, chanteuse et joueuse de kora

Madina Ndiaye est Malienne de cœur, de foi et d’inspiration. Pourtant, les Maliens sont curieux d’elle comme d’une énigme. Renvoyant les uns à l’archaïsme de leurs craintes, elle encourage l’enthousiasme des autres pour une modernité synonyme d’éveil. Car elle se nourrit d’un élan que rien ne dément. Elle joue, compose et chante avec la force d’une évidence qui la porte à franchir tous les obstacles liés à sa condition de femme africaine. Son talent est indissociable de son audace. Elle n’est pas venue à la musique par héritage mais par ce profond amour qui brave les interdits.

C’est ainsi qu’elle a « embrassé », en 1990, la kora – instrument traditionnellement réservé aux djélis (griots) – et qu’elle monte inlassablement sur scène malgré sa récente cécité.

Le style Madina

Passionnée et militante, exigeante et généreuse, Madina Ndiaye trace un chemin inédit à travers la musique mandingue. Elle a su apprendre des détenteurs du patrimoine musical de l’Afrique de l’Ouest tel Toumani Diabaté, et a su tout aussi bien s’attacher la fidélité de jeunes musiciens issus de l’INA (Institut National des Arts) de Bamako.

Elle a le courage de tenir ensemble la tradition et sa dignité de femme indépendante, son ambition d’artiste atypique et l’hommage qu’elle rend à sa culture.

Ses compositions originales révèlent d’autres influences, dont Cesaria Evora, et ses arrangements dévoilent une instrumentaliste savante en quête d’ouverture. Quant à son interprétation, Madina fait preuve d’une maîtrise vocale où s’exprime une grande richesse d’émotion. De la fermeté de l’interpellation au lyrisme de la confession, tantôt grave, tantôt aérienne, Madina va de la fable universelle au monologue intérieur, habitée par ses colères, ses accès de mélancolie, ses peurs et ses espérances. Elle glorifie tour à tour l’engagement des femmes, l’éternelle Afrique et le pouvoir vivifiant de la musique. Pouvoir dont Madina Ndiaye s’est emparé en se saisissant de la kora et de sa captivante limpidité.

Toumani Diabaté, le mentor

De 1982 à 1988, Madina Ndiaye fait ses premières expériences de la scène au sein de l’IJA (Institut de Jeunes Aveugles) du Mali et rencontre avec Salif Keïta, Alpha Blondy. Mais c’est en 1990 qu’elle débute sa carrière professionnelle et rencontre le virtuose Toumani Diabaté, devenu son mentor. Il lui offre sa première kora et lui donne des cours de cet instrument mythique mandingue. Elle se formera également auprès de Djélimadi Cissoko et de Mamadou Diakité aka Djélikédjan…

Lo’Jo

En 1995, sans en intégrer officiellement le cursus, Madina est introduite à l’INA (Institut National des Arts) de Bamako, où le professeur Do Dembélé lui fait rencontrer Lo’Jo, une formation iconoclaste et communautaire française d’Angers fondée en 1982 par le poète Denis Péan et le violoniste Richard Bourreau, rejoints en 2004 par le batteur Franck Vailllant. Dès lors, elle collabore avec ce groupe comprenant piano, contrebasse, basse, percussions, violon, kora, imzad (vielle monocorde traditionnelle des Touaregs). C’est à cette période qu’elle commence son initiation au kamélé ngoni (harpe-luth mandingue jouant un rôle proche de la guitare basse ou de la contrebasse).

La cécité

Atteinte d’une grave infection du nerf optique, Madina Ndiaye perd la vue en 2002. Malgré l’adversité, elle poursuit son parti pris, armée de son instrument et du soutien de son groupe.

Bimogow, le premier album

Un an plus tard, Madina fait sa première tournée en France, l’occasion de rencontrer le public français, tombé sous le charme… En 2004, elle est au studio Bogolan, à Bamako, pour l’enregistrement, par Yves Wernert, des titres de son CD à venir. En novembre, elle tourne à nouveau en France. En 2005, elle se produit au Mali, en compagnie de Djélimady Tounkara, de Boubacar Traoré, et en Guinée, avec Ba Cissoko. Sort ensuite son premier album « Bimogow » (Sound of World / Harmonia Mundi), réalisé avec Aliou Traoré à la direction musicale (musicien et arrangeur d’Oumou Sangaré).

Les Ogres de Barback

Suite à la parution de l’opus « Bimogow », Madina Ndiaye est en tournée européenne en 2006, dont un passage en France. C’est à cette occasion qu’elle rencontre Les Ogres de Barback, un groupe français d’influence tzigane composé de quatre frères et sœurs, Fred, Sam, Alice et Mathilde, tous multi-instrumentistes (accordéon, guitare, violoncelle, piano, trompette, trombone à coulisse, tuba, violon, scie musicale, épinette des Vosges). Avec ces derniers, elle enregistre Destin artificiel, une chanson de l’album « Du simple au néant » (2007), puis tourne en France et Belgique.

L’expérience avec Les Ogres de Barback sera renouvelée en 2009, avec le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly, sur la chanson « Invitation » du CD « Pitt Ocha au Pays des Mille Collines » des Ogres de Barback, intégrant kora et balafon.

Ce beau tour du monde adressé aux enfants, est aussi réalisé avec les enfants mongols de l’orphelinat d’Oulan-Bator.

Mousso Akilimaou – « Esprits de Femmes »

En vue de l’ouverture du festival « D’un monde à l’autre » le 1er mars 2007 à Lyon (France), Madina Ndiaye crée le trio féminin Mousso Akilimaou – « Esprits de Femmes », avec Kady Diarra (danseuse, chanteuse, comédienne du Burkina Faso) et Marlène Ngaro (guitariste, chanteuse, conteuse Française de parents Centrafricain et Béninois). Ce spectacle à Lyon est l’occasion pour Madina de poser ses lignes de kora « en direct » sur les bandes-son des créations des Lyonnaises Nicolas Fafiotte (stylisme) et Christine Margossian (coiffure).

De son monde à l’autre

En 2008, Madina Ndiaye fait l’objet d’un documentaire, « De son monde à l’autre », réalisé par les Français Jérôme Biarrat (producteur et réalisateur) et Patrice Pegeault (metteur en scène et réalisateur).

Soutenu par le CNC (Centre national du cinéma), le DVD comprend le documentaire et la captation du concert de Madina Ndiaye au Ninkasi Kao à Lyon (1 h 02 min).

Dans ce documentaire, Madina Ndiaye brise les barrières culturelles et sociales de son pays, le Mali, et, tout en composant une musique ancrée dans les traditions, s’inscrit dans la mouvance des musiques du monde…

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Nago Seck

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