Grande diva de la musique sénégalaise et danseuse, Soda Mama Fall, née dans une famille de griots, commence à l’âge de 7 ans à accompagner sa mère, originaire du Sine, dans des mariages, baptêmes et autres fêtes, s’initiant au “mbeufeur”, un style où deux voix identiques chantant ensemble (à l’unisson), l’une continue en solo lorsque l’autre gère son souffle (sa respiration). Malgré le désir de son père qui la destinait à des études, elle est beaucoup plus attirée par le dessin, la danse, le chant et la musique lyrique ou classique sénégalaise. Ses tubes comme “Thiawaane”, “Bamelou biir”, “Malèye wo”, “Santeu” ou “Drogue” sont enregistrés en 1991 par Syllart Production dans l’opus Les Lionnes, comprenant six autres de sa compatriote Kiné Lam…”

Les Lionnes

Très tôt, Soda Mama Fall est repérée par Ablaye Nar Samb qui la lance lors de son émission “Ndanan bi momé” à Radio Sénégal. Les auditeurs, marqués par sa voix sublime soutenue par des sabars (tambours), xalam (luth), tama (talking drum) et kora (harpe-lyre), découvrent ses chants sur l’histoire de la dynastie Guelwar du royaume du Sine fondé au milieu du XIVe siècle par Maysa Waly Mané, le premier bour Sine (roi du Sine), mais aussi celle du Sénégal en général. C’est la révélation. Par l’intermédiaire de Moussa Guèye, grand mélomane et technicien à la RTS (Radiotélévision Sénégalaise), Soda Mama Fall est ensuite l’hôte de Maguette Wade, animateur d’une émission musicale lancée en 1973, Télé Variétés, où elle interprète plusieurs chansons, dont le magnifique “Laxouna”. Le succès est immédiat auprès du grand public et surtout de Maurice Sonar Senghor, le directeur du Théâtre Daniel Sorano qui lui propose de postuler pour la compagnie. Après l’accord de son père et une audition réussie, Soda Mama devient membre de l’Ensemble lyrique traditionnel de Sorano, aux côtés de grands noms de la musique sénégalaise, comme Aminata Fall , Amadou Ndiaye Samb , Samba Diabaré Samb, Soundioulou Cissokho , Maa Hawa Kouyaté , Fa Mbaye Issa Diop, Ndiaga Mbaye, Fatou Samb, Ndèye Mbaye “Djinma Djinma”, Laye Mboup, Madiodio Gningue, Khady Diouf ou Diabou Seck “La Saint-Louisienne” ou Khar Mbaye Madiaga.

Non seulement l’Ensemble lyrique traditionnel lui permet de sillonner le monde, mais sera aussi un tremplin pour le 7ème Art. Lors d’un spectacle où elle a étalé ses talents de chanteuse-danseuse, Soda Mama Fall attire l’œil du réalisateur Mahama Johnson Traoré (1942-2010) qui lui propose, ainsi qu’à sa fille ainée Youma Mbaye, un rôle dans un de ses films.

Grande cantatrice ayant écrit l’une des plus belles pages de la musique sénégalaise, Soda Mama Fall rappelle sans cesse dans ses chansons le respect des valeurs, la préservation de la culture et des arts, l’entraide, la solidarité, les méfaits de la drogue ou relate le quotidien de ses compatriotes. Des sujets inspirés pour la plupart par la famille de Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), fondateur de la confrérie des Mourides et père du khalife Serigne Saliou Mbacké dont elle est disciple. En 1991, Ibrahima Sylla de Syllart Production sort Les Lionnes, un album réunissant six titres de chacune des grandes dames de la chanson sénégalaise, Kiné Lam et Soda Mama Fall.

En 2004, Soda Mama Fall et sa nièce Maty Thiam Dogo font un featuring, sur le titre “Ritmo de Negros” de l’album Costa Negra de la chanteuse péruvienne Tania Libertad. On y retrouve aussi Cesaria Evora (“Historia de un Amor”) et Ousmane Touré (“La Mulata”). Deux ans plus tard, celle qui est devenue directrice de l’Ensemble lyrique traditionnel après 37 ans de bons et loyaux services, est nommée chargée de mission au Conseil économique social et environnemental du Sénégal par Aminata Tall, présidente de cette institution.

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Nago Seck

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